Sourire au milieu d’une situation stressante peut sembler artificiel, voire déplacé. Une échéance approche, une difficulté monopolise l’attention ou une tâche exigeante met le corps sous tension. Dans ce contexte, modifier volontairement son expression faciale paraît bien dérisoire face à l’intensité de ce qui est ressenti.
Le sourire ne fait évidemment pas disparaître la cause du stress. Il ne supprime ni une pression professionnelle, ni une inquiétude, ni une difficulté réelle. Une expérience menée par Tara Kraft et Sarah Pressman a cependant montré qu’une expression souriante maintenue pendant une situation stressante pouvait être associée à une récupération cardiaque différente après l’effort. L’intérêt se situe précisément là, dans la manière dont le corps revient progressivement vers un état moins mobilisé.
Sourire pendant un stress aigu ne fait pas disparaître la tension
Le visage traduit généralement ce que nous ressentons. La crispation accompagne la contrariété, les sourcils se contractent face à une difficulté et le sourire apparaît plus volontiers lorsque la situation est agréable. Cette relation entre émotion et expression n’est pourtant pas entièrement à sens unique. Les chercheurs se sont aussi demandé si la position des muscles du visage pouvait modifier certains aspects de l’expérience vécue.
Une telle hypothèse ne signifie pas qu’il suffirait d’afficher un sourire pour transformer une situation pénible en expérience agréable. La personne reste confrontée au même événement et son organisme continue de réagir à l’effort demandé. L’expression faciale pourrait plutôt intervenir sur une partie beaucoup plus limitée de la réponse, notamment pendant la phase qui suit le moment de tension.
La distinction est importante pour éviter de transformer le sourire en conseil simpliste. Une personne stressée n’a pas besoin qu’on lui demande de paraître heureuse ou de nier ce qu’elle ressent. Le phénomène observé expérimentalement concerne une réaction corporelle mesurable dans des conditions particulières, et non une obligation à adopter une attitude positive face aux difficultés.
Le sourire prend ainsi un intérêt différent. Il n’est plus présenté comme le signe que tout va bien, mais comme une expression corporelle susceptible d’accompagner autrement un épisode de tension ponctuel.
Le sourire a été testé pendant deux situations volontairement stressantes
Tara Kraft et Sarah Pressman ont soumis 170 participants à deux tâches conçues pour provoquer une réaction de stress. Leur expérience, publiée en 2012 dans la revue Psychological Science, reposait sur une particularité inhabituelle. Les participants devaient maintenir des baguettes dans leur bouche selon différentes positions afin de faire travailler certains muscles du visage.
Trois types d’expressions étaient ainsi obtenus. Certains participants conservaient une expression neutre, d’autres adoptaient un sourire standard et un troisième groupe réalisait un sourire de Duchenne, qui sollicite davantage les muscles autour de la bouche et des yeux. Une partie des participants savait explicitement qu’elle devait sourire, tandis que d’autres réalisaient la position demandée sans recevoir cette consigne.
Les tâches stressantes étaient identiques quelle que soit l’expression faciale. Sourire ne rendait donc pas l’exercice plus facile et ne retirait pas la pression créée par le protocole. Les chercheurs pouvaient ainsi observer si la manière de tenir le visage pendant la situation s’accompagnait ensuite de différences dans les réponses mesurées.
Le dispositif présente un intérêt particulier parce qu’il distingue le fait de ressentir spontanément une émotion positive du simple maintien d’une expression souriante. Les participants n’avaient pas besoin d’être de bonne humeur pour appartenir aux groupes souriants. Le sourire faisait partie de la situation expérimentale elle-même.
La récupération cardiaque constitue le résultat le plus intéressant
La fréquence cardiaque a été suivie afin d’observer la réponse des participants pendant et après les tâches. Les personnes des groupes souriants présentaient une fréquence cardiaque plus basse durant la période de récupération que celles du groupe ayant conservé une expression neutre. Un léger avantage apparaissait chez les participants produisant un sourire de Duchenne.
Le résultat ne signifie pas que leur stress avait disparu. Il indique qu’après la situation éprouvante, leur réponse cardiaque évoluait différemment. La distinction entre diminution du stress et récupération après le stress est essentielle. Les chercheurs ont observé un phénomène intervenant autour d’un épisode aigu et limité dans le temps.
L’effet apparaissait également chez des participants qui n’avaient pas reçu pour instruction explicite de sourire. Le simple positionnement du visage utilisé dans l’expérience était donc associé à cette différence de récupération. Parmi ces participants, ceux appartenant aux groupes souriants rapportaient aussi une diminution moins importante de leur affect positif pendant l’une des situations stressantes que le groupe neutre.
Ces résultats restent ceux d’une expérience précise menée dans un cadre contrôlé. Ils ne permettent pas d’affirmer qu’un sourire produit le même effet dans toutes les situations de la vie quotidienne. Ils montrent toutefois qu’une expression faciale maintenue pendant un stress bref peut être associée à la manière dont certaines réactions évoluent une fois le moment de tension passé.
Un sourire volontaire peut avoir un effet ponctuel sans devenir une méthode miracle
L’idée de sourire volontairement pose inévitablement la question de l’authenticité. Un sourire produit intentionnellement n’exprime pas forcément de la joie. Il peut simplement correspondre à une modification temporaire de l’expression du visage. L’expérience de Kraft et Pressman est intéressante précisément parce qu’elle n’exigeait pas que les participants éprouvent d’abord une émotion heureuse.
Cela ne justifie pas pour autant de conseiller à une personne de sourire continuellement pour lutter contre son stress. Un stress important peut être lié au travail, aux relations, à la santé, aux difficultés financières ou à de nombreuses autres contraintes qui nécessitent des réponses adaptées à leur origine. Une expression faciale ne règle aucune de ces causes.
Le résultat observé concerne surtout un épisode bref au cours duquel une personne est temporairement mise sous pression. Dans ce cadre, sourire pourrait accompagner la phase de récupération sans constituer un traitement du stress. La différence est considérable entre un petit effet physiologique ponctuel et une stratégie capable de répondre à un stress durable ou envahissant.
Le sourire conserve néanmoins une particularité intéressante. Il s’agit d’un geste minime, disponible immédiatement et qui ne nécessite aucun équipement particulier dans la vie quotidienne. L’expérience scientifique ne permet pas d’en faire une solution universelle, mais elle montre qu’un comportement aussi banal qu’une expression du visage peut être associé à la façon dont le corps récupère après une tension passagère.
