Troubles bipolaires, quelles psychothérapies sont recommandées ?

Troubles bipolaires, quelles psychothérapies sont recommandées ?

La psychothérapie occupe une place importante dans l’accompagnement du trouble bipolaire parce qu’elle permet de travailler sur des dimensions très concrètes de la vie avec la maladie. Repérer les variations de l’humeur, mieux gérer les périodes de vulnérabilité, stabiliser certains rythmes quotidiens ou améliorer les échanges avec les proches font partie des objectifs possibles.

Les recommandations cliniques privilégient des interventions structurées et adaptées à la bipolarité. NICE recommande notamment des approches développées spécifiquement pour le trouble bipolaire ainsi que, selon la situation, la thérapie cognitivo-comportementale, la thérapie interpersonnelle et certaines interventions familiales.

Une méta-analyse publiée en 2020 a rassemblé 39 essais randomisés représentant 3 863 participants. Les psychothérapies structurées étudiées étaient globalement associées à moins de récidives que les interventions de contrôle. Ces résultats soutiennent surtout l’intérêt d’adapter l’intervention à l’objectif thérapeutique recherché.

La psychoéducation aide à mieux suivre l’évolution du trouble bipolaire

La psychoéducation occupe une place particulière dans la bipolarité. Elle permet d’acquérir des connaissances précises sur le fonctionnement de la maladie et de transformer ces connaissances en repères utilisables dans la vie quotidienne. Le travail peut porter sur l’observation de l’humeur, l’identification des situations fragilisantes et la reconnaissance de changements qui annoncent parfois une nouvelle période d’instabilité.

Des outils de suivi peuvent aider à repérer plus tôt une évolution inhabituelle et à savoir comment réagir selon un plan établi avec les professionnels. Cette approche donne ainsi à la personne des moyens concrets pour suivre son état et participer plus activement à son accompagnement.

La méta-analyse de 2020 apporte un résultat intéressant sur ce point. Les programmes de psychoéducation associant apprentissage et mise en pratique de compétences, notamment en groupe ou avec la famille, étaient associés à une diminution des récidives par rapport à certaines formes plus individuelles. Les auteurs soulignent toutefois l’hétérogénéité des programmes et des populations étudiées.

La TCC dans le trouble bipolaire travaille sur les pensées et les comportements qui fragilisent l’équilibre

La thérapie cognitivo-comportementale peut être adaptée aux difficultés rencontrées par une personne vivant avec un trouble bipolaire. Le travail porte alors sur des situations précises dans lesquelles certaines pensées, réactions ou habitudes accentuent la détresse ou compliquent le maintien d’un fonctionnement stable.

Une TCC appliquée à la bipolarité peut notamment utiliser l’auto-observation de l’humeur et des comportements. Le thérapeute et la personne examinent ensemble certaines situations récurrentes, les interprétations qui les accompagnent et les réponses susceptibles de favoriser un meilleur ajustement.

Les données regroupées dans la méta-analyse de 2020 suggèrent que la TCC était associée à une meilleure stabilisation des symptômes dépressifs que les soins habituels dans les essais disponibles. L’effet observé restait modeste et ne permet pas d’attendre le même bénéfice pour chaque personne.

La TCC trouve ainsi une place particulière lorsque les difficultés concernent la manière de faire face au stress, certains schémas de pensée récurrents ou des comportements qui perturbent l’équilibre quotidien. Son contenu reste ajusté au parcours et à la période traversée.

La thérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux cible les routines quotidiennes

La thérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux, souvent désignée par l’acronyme IPSRT, a été développée autour des difficultés rencontrées dans le trouble bipolaire. Elle accorde une attention particulière à la régularité des rythmes de vie et aux événements relationnels susceptibles de désorganiser le quotidien.

Les horaires de lever et de coucher, les repas, les activités régulières et les interactions sociales constituent des repères importants dans cette approche. Le thérapeute aide la personne à observer la manière dont certaines ruptures de rythme apparaissent et à construire une organisation quotidienne plus régulière lorsque cela est possible.

La dimension interpersonnelle reste tout aussi importante. Un conflit, une séparation ou un changement de rôle professionnel ou familial peuvent modifier profondément les habitudes et le niveau de stress. L’IPSRT travaille donc sur la relation entre ces événements, les rythmes sociaux et la stabilité de l’humeur.

Elle devient particulièrement pertinente lorsque les changements de rythme et les transitions relationnelles occupent une place importante dans le parcours de la personne.

Les interventions familiales peuvent renforcer le soutien autour de la bipolarité

Le trouble bipolaire s’inscrit souvent dans un environnement relationnel où les proches cherchent eux aussi à comprendre les changements qu’ils observent. Une intervention familiale peut fournir un cadre commun pour parler de la maladie, des périodes de fragilité et des réactions de chacun.

Le travail peut porter sur la communication, la résolution de difficultés concrètes et la manière de réagir face à certains changements de fonctionnement. NICE recommande une intervention familiale aux personnes vivant avec un trouble bipolaire lorsqu’elles vivent avec leur famille ou entretiennent avec elle des contacts étroits.

La méta-analyse de 2020 retrouve également des résultats favorables pour certaines interventions familiales, notamment sur la continuité dans les programmes et sur la stabilisation des symptômes dépressifs, même si la précision statistique était plus limitée pour certains résultats.

Le cadre familial peut ainsi devenir un espace où les proches et la personne concernée disposent de repères partagés pour traverser les périodes difficiles et maintenir des échanges aussi constructifs que possible.

Le choix d’une psychothérapie dépend surtout de l’objectif à travailler

Les différentes interventions psychologiques utilisées dans le trouble bipolaire répondent à des besoins qui peuvent évoluer au cours du parcours. La psychoéducation met fortement l’accent sur les connaissances, l’auto-observation et la prévention. La TCC travaille davantage certaines pensées et certains comportements. L’IPSRT se concentre sur les relations et la régularité des rythmes sociaux, tandis que l’intervention familiale intègre directement les proches au travail thérapeutique.

Les recommandations NICE prévoient des interventions individuelles, de groupe ou familiales adaptées au trouble bipolaire. Elles insistent sur des programmes structurés, décrits dans des manuels fondés sur les données disponibles et ajustés à la situation de la personne.

Le choix peut dépendre des difficultés rencontrées, des objectifs prioritaires, de la période du trouble et des préférences de la personne. Une intervention peut également évoluer avec le temps si les besoins changent.

L’enjeu est de disposer d’un accompagnement suffisamment spécifique pour répondre aux difficultés réellement associées à la bipolarité et au parcours de la personne.

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