Trouble bipolaire, une maladie de l’humeur bien différente des simples sautes d’humeur

Trouble bipolaire, une maladie de l’humeur bien différente des simples sautes d’humeur

Le mot bipolaire est entré dans le langage courant au point d’être parfois utilisé pour qualifier une personne qui change rapidement d’avis, passe de la joie à l’agacement ou paraît émotionnellement imprévisible. Cette utilisation banalise pourtant une réalité psychiatrique beaucoup plus complexe. Le trouble bipolaire ne correspond pas à une succession de bonnes et de mauvaises humeurs au cours d’une même journée.

La bipolarité est un trouble de l’humeur qui évolue par épisodes. Certaines périodes sont marquées par une élévation ou une activation inhabituelle de l’humeur, tandis que d’autres peuvent prendre une tonalité dépressive. Entre ces épisodes, le fonctionnement peut aussi redevenir beaucoup plus stable.

L’Organisation mondiale de la santé rappelle que le trouble bipolaire affecte non seulement l’humeur, mais également l’énergie, l’activité et les pensées. C’est cette modification globale du fonctionnement qui distingue la maladie des fluctuations émotionnelles ordinaires que chacun peut connaître.

Le trouble bipolaire ne signifie pas changer constamment d’humeur

Une contrariété peut rendre irritable le matin, une bonne nouvelle améliorer l’humeur quelques heures plus tard et une journée fatigante entraîner un découragement le soir. Ces variations sont liées aux événements et font partie de la vie émotionnelle normale. Elles ne suffisent pas à caractériser un trouble bipolaire.

Dans la bipolarité, les changements s’inscrivent dans de véritables épisodes qui représentent une rupture avec le fonctionnement habituel de la personne. L’humeur n’est pas le seul élément concerné. La manière de penser, le niveau d’activité, le rapport au sommeil, l’engagement dans les projets ou encore le comportement peuvent évoluer simultanément.

La durée constitue également un élément essentiel. Les épisodes bipolaires s’installent dans le temps et ne correspondent généralement pas à quelques minutes d’enthousiasme suivies d’un moment de tristesse. Cette dimension temporelle explique pourquoi l’expression familière « il est bipolaire aujourd’hui » ne correspond pas à la réalité clinique.

La maladie doit ainsi être envisagée comme une modification durable d’un état psychique et comportemental, et non comme une succession rapide d’émotions contradictoires. Une personne peut parfaitement être sensible, changeante ou impulsive sans souffrir de bipolarité.

La bipolarité concerne bien davantage que l’humeur

L’image des deux pôles opposés donne parfois l’impression que la maladie se résume à passer de l’euphorie à la tristesse. Cette représentation est trop simple. Les épisodes modifient plus largement la manière dont la personne fonctionne et interagit avec son environnement.

L’énergie peut notamment évoluer de façon importante. Certaines périodes s’accompagnent d’une activation très différente du niveau habituel, tandis que d’autres rendent les activités ordinaires beaucoup plus difficiles à maintenir. Le rapport aux projets, aux décisions et aux relations peut alors changer en même temps que l’état émotionnel.

Les pensées participent également à cette transformation. Leur rythme, la manière d’évaluer une situation et la perception de ses propres capacités peuvent différer de ce que la personne connaît habituellement. L’enjeu n’est donc pas uniquement de savoir si elle paraît heureuse ou triste, mais d’observer un changement plus général de son fonctionnement.

Cette dimension permet de comprendre pourquoi les conséquences peuvent dépasser largement le ressenti intérieur. Une période d’instabilité peut interrompre un projet professionnel, perturber une relation, modifier des décisions importantes ou rendre certaines responsabilités difficiles à assumer. La bipolarité est ainsi un trouble qui peut toucher plusieurs dimensions de la vie simultanément.

Des périodes de stabilité peuvent exister entre les épisodes bipolaires

Une autre idée reçue consiste à imaginer qu’une personne vivant avec un trouble bipolaire serait constamment en phase dépressive ou dans un état d’exaltation. La réalité peut être très différente. Certaines personnes connaissent des périodes prolongées durant lesquelles leur humeur et leur niveau d’activité sont relativement stables.

Ces intervalles participent à la complexité de la maladie. Une personne peut travailler, entretenir ses relations et mener ses activités habituelles sans présenter en permanence une modification spectaculaire de son comportement. La bipolarité ne définit donc pas chaque instant de sa vie.

Le parcours varie également considérablement d’un individu à l’autre. La fréquence des épisodes, leur intensité et leur retentissement ne sont pas identiques chez toutes les personnes concernées. Certaines connaissent de longues périodes de stabilité tandis que d’autres rencontrent une évolution plus irrégulière.

Cette diversité rend les représentations caricaturales particulièrement trompeuses. Il n’existe pas une seule manière d’être atteint d’un trouble bipolaire. Deux personnes ayant reçu ce diagnostic peuvent avoir des histoires très différentes et ne pas vivre leurs périodes de fragilité de la même façon.

Les idées reçues entretiennent une vision déformée de la bipolarité

La médiatisation de la bipolarité a contribué à mieux faire connaître son nom, sans toujours améliorer sa compréhension. Le terme est fréquemment employé pour parler d’instabilité, de caractère imprévisible ou d’une personne jugée difficile. Cette association crée une confusion entre maladie psychiatrique et jugement porté sur la personnalité.

Elle peut également renforcer la stigmatisation. Présenter systématiquement une personne atteinte de trouble bipolaire comme incontrôlable ou imprévisible réduit son identité à sa maladie et laisse penser que son comportement serait en permanence déterminé par celle-ci. Or la présence de périodes de stabilité contredit cette représentation.

La complexité du trouble vient justement de son évolution dans le temps. Un épisode ne résume pas l’ensemble du parcours et la maladie ne se manifeste pas continuellement avec la même intensité. Cette temporalité explique aussi pourquoi l’entourage peut parfois avoir du mal à concilier des périodes de fonctionnement très différentes chez une même personne.

Employer le mot bipolarité avec davantage de précision permet finalement de distinguer un diagnostic psychiatrique d’une simple façon de décrire un tempérament. Le trouble bipolaire est une maladie de l’humeur reconnue, caractérisée par des épisodes qui modifient plusieurs dimensions du fonctionnement. Il ne constitue ni un trait de caractère ni un synonyme d’instabilité émotionnelle ordinaire.

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