La thérapie de groupe est-elle efficace pour les survivants de traumatismes ?

La thérapie de groupe est-elle efficace pour les survivants de traumatismes ?
La thérapie de groupe est-elle efficace pour les survivants de traumatismes ?

Parler d’un traumatisme en face-à-face avec un psychothérapeute constitue une démarche exigeante. Le faire en présence d’autres personnes ayant elles aussi vécu des expériences difficiles peut sembler encore plus intimidant. Pourtant, pour certains survivants de traumatismes, la thérapie de groupe représente un espace particulièrement structurant, capable de restaurer un sentiment d’appartenance et de sécurité relationnelle.

La question mérite d’être posée clairement : la thérapie de groupe est-elle réellement efficace dans le traitement des traumatismes, ou s’agit-il simplement d’un cadre de soutien émotionnel ? Derrière cette interrogation se joue une dimension essentielle du traumatisme lui-même : sa capacité à fragiliser le lien aux autres.

Pourquoi le traumatisme isole-t-il autant ?

Le traumatisme produit souvent une rupture invisible avec les autres. Honte, incompréhension, peur d’être jugé ou impression d’être différent peuvent conduire à un retrait progressif. Beaucoup de survivants décrivent un sentiment d’isolement profond, même lorsqu’ils sont entourés.

Cette mise à distance n’est pas un simple choix social. Elle résulte fréquemment d’une perte de confiance dans le lien. Lorsque la blessure a été causée par autrui, ou lorsqu’elle a altéré la perception de sécurité, la relation devient un terrain fragile. Le monde social peut apparaître imprévisible, voire menaçant.

À long terme, cet isolement peut renforcer les symptômes, plus la personne se replie, moins elle bénéficie d’expériences correctrices. Restaurer une expérience relationnelle sécurisée constitue donc un enjeu central du travail psychothérapeutique.

En quoi la thérapie de groupe répond-elle à cette dimension relationnelle ?

La thérapie de groupe offre un cadre structuré dans lequel plusieurs personnes partagent un espace thérapeutique animé par un ou plusieurs professionnels formés. Ce dispositif permet de travailler non seulement sur le vécu individuel, mais aussi sur la manière dont celui-ci s’inscrit dans le lien aux autres.

Le groupe devient alors un laboratoire relationnel. Les interactions, les résonances émotionnelles et les prises de parole permettent d’expérimenter d’autres formes de contact que celles associées au traumatisme. Ce qui a été vécu dans l’isolement peut progressivement être mis en mots devant des personnes capables d’entendre sans juger.

Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’exposer publiquement son histoire sans filtre. Le cadre est régulé, progressif et respectueux du rythme de chacun. La confidentialité, les règles de fonctionnement et la présence du psychothérapeute garantissent un espace sécurisé.

L’effet de normalisation : pourquoi se sentir moins seul change-t-il la donne ?

Entendre d’autres personnes exprimer des ressentis similaires peut produire un effet de normalisation puissant. La honte diminue lorsque l’on réalise que certaines réactions sont partagées. Ce sentiment d’universalité, décrit dans la littérature sur la psychothérapie de groupe, constitue souvent un premier soulagement.

Ce mécanisme n’est pas anodin. Il agit directement sur l’estime de soi et sur la perception d’être « anormal » ou « défaillant ». Le groupe permet de sortir d’une interprétation exclusivement individuelle du traumatisme. Il rappelle que certaines réactions sont des réponses humaines à des situations extrêmes.

Dans le champ de la psychotraumatologie, cette dimension collective est souvent décrite comme un levier majeur de réhabilitation du lien social.

Que disent les recherches sur l’efficacité des thérapies de groupe pour le TSPT ?

Les données scientifiques montrent que certaines formes de thérapies de groupe, notamment celles intégrant des approches cognitivo-comportementales structurées, peuvent réduire significativement les symptômes du trouble de stress post-traumatique.

Une méta-analyse publiée dans la Cochrane Database of Systematic Reviews par Jonathan I. Bisson et ses collègues (2013) indique que les interventions psychothérapeutiques centrées sur le traumatisme, y compris en format groupal, sont associées à une amélioration notable des symptômes du TSPT comparativement à l’absence de traitement.

Plus récemment, d’autres travaux ont souligné que les groupes thérapeutiques favorisent également une amélioration du fonctionnement social et une diminution du sentiment d’isolement, dimensions particulièrement pertinentes dans le cadre des traumatismes interpersonnels.

Ces résultats ne signifient pas que la thérapie de groupe convient à tous, mais ils confirment qu’elle peut constituer une option thérapeutique sérieuse, lorsqu’elle est structurée et encadrée par des professionnels formés.

La dynamique de groupe peut-elle réactiver le traumatisme ?

La crainte d’une réactivation émotionnelle excessive est légitime. Partager un espace avec d’autres survivants peut faire émerger des résonances intenses. Certains témoignages peuvent rappeler des éléments personnels et raviver des émotions.

C’est précisément pour cette raison que le cadre thérapeutique est essentiel. Le psychothérapeute veille à la régulation des échanges, à la sécurisation des interventions et à la prévention des débordements. Le groupe ne repose pas sur la confrontation brutale des récits, mais sur une progression maîtrisée et adaptée aux capacités du moment.

Lorsqu’il est bien conduit, le groupe peut au contraire renforcer le sentiment de sécurité en montrant que l’expression de la vulnérabilité n’entraîne ni rejet ni jugement.

Thérapie individuelle ou thérapie de groupe : faut-il choisir ?

Opposer les deux formats serait réducteur. Dans de nombreux parcours, la thérapie de groupe complète un travail individuel. L’une offre un espace intime d’exploration approfondie, l’autre permet de tester et d’intégrer les changements dans un cadre relationnel.

Le choix dépend de la nature du traumatisme, du moment du parcours et des ressources personnelles disponibles. Certains survivants trouvent dans le groupe une force qu’ils ne parviennent pas à mobiliser seuls. D’autres ont besoin d’un travail individuel préalable avant de rejoindre un collectif.

La décision se construit souvent avec le psychothérapeute, en fonction des besoins et de la stabilité émotionnelle de la personne.

Pour quels profils la thérapie de groupe est-elle particulièrement pertinente ?

La thérapie de groupe peut être pertinente lorsque l’isolement constitue une composante majeure de la souffrance. Elle peut également être indiquée lorsque la confiance relationnelle doit être reconstruite progressivement, notamment après des traumatismes interpersonnels.

Elle s’adresse souvent à des personnes qui souhaitent travailler sur la dimension sociale du traumatisme, lorsque celui-ci a affecté leur capacité à se sentir en sécurité dans le lien. Le groupe offre alors un espace d’expérimentation relationnelle progressive.

L’équipe de rédaction de Mon-Psychotherapeute.Com regroupe des professionnels passionnés et expérimentés dans le domaine de la psychologie, de la psychothérapie et du développement personnel. Nos rédacteurs sont dédiés à fournir des articles informatifs et des ressources précieuses pour vous accompagner dans votre parcours émotionnel et mental.

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Comment percevez-vous l’idée de partager votre expérience dans un cadre collectif sécurisé ?

Se poser cette question permet d’explorer son rapport au lien et à la confiance. Pour certains, l’idée d’un groupe suscite une appréhension. Pour d’autres, elle ouvre la possibilité de ne plus porter seul le poids de l’expérience.

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