Il arrive parfois, au cours d’une thérapie, de ressentir un malaise émotionnel difficile à définir. On peut avoir l’impression d’être mal compris par son thérapeute, jugé ou perçu d’une manière qui ne correspond pas à ce que l’on vit réellement. Ces moments peuvent ébranler la relation thérapeutique et semer le doute sur la confiance envers son psychologue. Pourquoi un tel sentiment surgit-il, alors même que la psychothérapie repose sur l’écoute, la neutralité et la bienveillance ?
Comprendre le sentiment d’incompréhension et de jugement en thérapie
La relation entre un patient et son thérapeute est unique : elle repose sur la parole, l’écoute et la confiance. Pourtant, il n’est pas rare qu’un patient ressente à un moment donné une forme de distance, d’incompréhension ou de malaise pendant une séance. Ce sentiment peut avoir plusieurs origines.
Le transfert thérapeutique, par exemple, joue un rôle central dans la dynamique psychique. Il s’agit du déplacement inconscient d’émotions, de souvenirs ou de schémas relationnels vécus dans d’autres contextes vers la figure du thérapeute. Ce mécanisme naturel du travail psychique peut amener le patient à percevoir son thérapeute comme une figure d’autorité, voire de jugement. Ce n’est pas le professionnel lui-même qui provoque ce sentiment, mais bien l’histoire intérieure du patient qui s’exprime à travers cette relation.
Les projections personnelles interviennent également : on attribue parfois à l’autre des intentions, des pensées ou des émotions qui nous appartiennent. Une remarque neutre ou une question du thérapeute peut alors être vécue comme un reproche ou une critique. Cela renvoie souvent à des expériences passées où la parole ou la vulnérabilité ont été sanctionnées.
Enfin, il existe parfois une différence de langage émotionnel entre le patient et le thérapeute. Certains mots, formulations ou hypothèses, bien qu’énoncés avec bienveillance, peuvent être reçus comme un jugement. Le patient peut se sentir mis à distance, mal compris ou ramené à une interprétation qui ne correspond pas à son ressenti. Ces écarts, souvent subtils, sont au cœur du travail relationnel et permettent d’explorer ce que chaque mot fait résonner dans l’histoire du patient.
Pourquoi le sentiment d’être jugé ou incompris survient-il dans la relation thérapeutique ?
La psychothérapie n’est pas un parcours linéaire. C’est un processus vivant et évolutif, où la confiance et la vulnérabilité s’installent progressivement. Au fil des séances, certaines émotions enfouies refont surface. Il arrive que la peur d’être jugé par son thérapeute surgisse au moment même où un sujet sensible commence à être abordé. Ce ressenti traduit souvent une résistance psychique : il protège le patient d’un inconfort émotionnel, d’une honte, d’une culpabilité ou d’un souvenir douloureux.
Ce sentiment peut aussi refléter un décalage entre les attentes du patient et la posture du thérapeute. Le professionnel n’est pas là pour valider ou rassurer, mais pour accompagner un processus de compréhension. Certains silences, certaines interprétations ou reformulations peuvent sembler déroutants. Pourtant, ils constituent souvent des leviers de progression, car ils invitent à réfléchir autrement, à revisiter des émotions refoulées et à se confronter à soi-même.
Le rythme de la thérapie peut également créer des tensions. Un thérapeute qui avance trop vite ou, au contraire, semble distant, peut faire naître un sentiment d’abandon ou d’incompréhension. Ces perceptions ne traduisent pas nécessairement un dysfonctionnement, mais révèlent la complexité de la relation thérapeutique, faite de projections, d’attentes et de résonances profondes.
Enfin, la communication non verbale occupe une place essentielle. Un regard, un silence prolongé ou une posture peuvent être interprétés comme des signes d’approbation ou de désaccord. Dans le cadre thérapeutique, ces micro-signaux prennent une intensité particulière. Le patient, en état d’hypervigilance émotionnelle, peut les percevoir comme des indices d’évaluation. Ces interprétations sont précieuses, car elles donnent accès à des aspects de soi souvent inconscients.
Les conséquences d’un sentiment de jugement sur la relation thérapeutique
Lorsqu’un patient se sent jugé ou incompris, la relation thérapeutique peut être fragilisée. La parole devient plus prudente, moins spontanée. Le patient hésite à se livrer pleinement, craignant d’être mal interprété ou de décevoir. Ce retrait émotionnel peut ralentir la progression du travail et générer une forme de blocage. Les émotions circulent moins librement, la confiance se distend et la thérapie perd temporairement de sa fluidité.
Pourtant, ce type de situation ne signifie pas que la thérapie échoue. Elle indique souvent un moment de bascule où le travail devient plus profond. Le thérapeute, formé à la gestion du transfert et du contre-transfert, sait reconnaître ces tensions et les utiliser comme matière vivante de la relation. Le fait qu’un patient ose exprimer son malaise ou sa perception de jugement constitue déjà un acte thérapeutique en soi. Cela prouve que le lien est suffisamment solide pour accueillir la confrontation.
Cette mise en mots peut transformer la relation. En abordant ouvertement le sentiment d’incompréhension, le patient redonne du sens à ce qu’il vit et le thérapeute peut ajuster sa posture. Ce travail commun renforce la confiance et réaffirme la nature collaborative de la thérapie. En ce sens, les moments de désaccord ou d’inconfort sont aussi des occasions de croissance mutuelle.
Comment reconnaître et comprendre ce ressenti sans fuir la thérapie
Reconnaître que l’on se sent jugé ou mal compris n’est pas un signe de faiblesse, mais de lucidité. Ce ressenti mérite d’être observé, analysé et discuté. Il peut révéler une émotion plus profonde, un souvenir enfoui ou une peur du rejet. Identifier le contexte dans lequel ce sentiment émerge, que ce soit après une remarque, un silence ou un geste, aide à comprendre son origine.
Plutôt que de fuir la situation ou d’interrompre la thérapie, il est souvent plus bénéfique d’en parler directement avec le thérapeute. Cet échange permet d’éclairer le malentendu, de restaurer la confiance et d’approfondir la compréhension mutuelle. Le dialogue sincère transforme alors le jugement ressenti en point d’appui pour avancer.
Exprimer ce que l’on ressent, sans accusation ni repli, permet aussi d’expérimenter une nouvelle manière de communiquer, plus authentique, plus consciente et plus respectueuse de soi. Cette démarche participe pleinement au travail thérapeutique, car elle engage le patient dans une posture active et responsable face à ses émotions.
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Dépasser le sentiment d’être jugé pour renforcer la thérapie
Se sentir jugé ou incompris par son thérapeute est une expérience humaine, parfois douloureuse mais souvent transformatrice. Elle met en lumière la complexité des émotions et la profondeur du lien qui se tisse au fil des séances. En acceptant d’explorer ce malaise plutôt que de le fuir, le patient découvre souvent une meilleure compréhension de lui-même.
La psychothérapie n’est pas seulement un espace de paroles, mais un miroir de nos peurs, de nos besoins et de nos représentations du regard de l’autre. Ainsi, les moments d’incompréhension ne sont pas des obstacles mais des étapes nécessaires vers une plus grande authenticité.
Et si, au fond, ressentir un malaise ou une distance avec son thérapeute n’était pas le signe d’un échec, mais celui d’un véritable travail intérieur en cours ? Ces instants de trouble peuvent devenir des moments charnières, où l’on apprend à se confronter à soi avec plus de vérité et de maturité émotionnelle. Ils rappellent que la croissance personnelle passe souvent par l’inconfort, là où l’on ose regarder ce qui dérange pour enfin se comprendre autrement.
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