Le rôle du corps dans la thérapie des traumatismes : la psychothérapie corporelle est-elle efficace ?

Le rôle du corps dans la thérapie des traumatismes : la psychothérapie corporelle est-elle efficace ?
Le rôle du corps dans la thérapie des traumatismes : la psychothérapie corporelle est-elle efficace ?

Après un traumatisme, certaines personnes parviennent à comprendre intellectuellement ce qu’elles ont vécu, à en parler, à en analyser les circonstances, sans pour autant ressentir un apaisement durable. Le corps, lui, continue de réagir, parfois de manière disproportionnée ou inattendue, bien avant que la pensée n’intervienne. Tensions diffuses, réactions de sursaut, fatigue persistante, troubles du sommeil ou sensation d’alerte constante témoignent d’une mémoire traumatique qui s’exprime autrement que par les mots. C’est précisément dans cet espace, souvent déroutant, que les approches corporelles trouvent leur place, en proposant un travail centré sur les sensations, le ressenti et la régulation physiologique.

Ce décalage entre ce que l’on sait et ce que l’on ressent corporellement peut être source d’incompréhension et de découragement. Beaucoup s’interrogent sur la persistance de réactions physiques alors même que l’événement appartient au passé. La psychothérapie corporelle s’inscrit dans cette interrogation, en partant du principe que le corps conserve une trace spécifique de l’expérience traumatique.

Pourquoi le corps reste-t-il en alerte après un traumatisme ?

Lors d’un choc, le système nerveux s’organise autour de la survie. Le corps mobilise des réponses rapides et automatiques pour faire face au danger. Cette activation intense, indispensable sur le moment, laisse cependant des traces qui peuvent persister bien après la disparition de la menace.

Lorsque cette activation ne redescend pas naturellement, certaines réactions deviennent chroniques. Le corps continue d’agir comme si le danger était toujours présent, même lorsque la personne se sait en sécurité. Cette hyperactivation peut se traduire par une vigilance permanente, des tensions musculaires ou une difficulté à se détendre.

Cette dissociation entre compréhension cognitive et réponse corporelle explique pourquoi le travail thérapeutique peut difficilement se limiter à la parole. Le corps ne répond pas toujours aux raisonnements ou aux explications rationnelles.

En quoi la mémoire traumatique s’inscrit-elle dans le corps ?

Le traumatisme ne se loge pas uniquement dans le souvenir conscient de l’événement. Il s’inscrit aussi dans des sensations, des réflexes, des postures et des schémas corporels. Certaines émotions surgissent sans récit associé, portées par le corps plutôt que par des images ou des mots.

Cette mémoire sensorielle se manifeste par des réactions automatiques. Une odeur, un son, un contact ou une posture peuvent suffire à déclencher une réponse de stress, sans que la personne n’en identifie immédiatement l’origine. Ces manifestations illustrent la manière dont le corps conserve la trace de l’expérience, indépendamment du souvenir narratif.

Avec le temps, ces réactions peuvent s’installer comme des habitudes corporelles, donnant l’impression que le corps agit contre la volonté consciente.

Qu’appelle-t-on psychothérapie corporelle dans le traitement des traumatismes ?

La psychothérapie corporelle regroupe des approches qui intègrent le corps comme voie d’accès au vécu traumatique. L’objectif n’est pas de provoquer une décharge émotionnelle ni de forcer l’expression, mais d’aider la personne à renouer progressivement avec ses sensations, dans un cadre sécurisé et structurant.

Le travail s’appuie sur l’observation fine des signaux corporels, la prise de conscience des tensions, des micro-mouvements et des variations internes. Il vise à développer une relation plus stable et plus nuancée au ressenti corporel.

Cette orientation permet d’aborder le traumatisme là où il s’exprime, sans exiger une verbalisation immédiate ni un récit détaillé de l’événement.

En quoi ces approches se distinguent-elles des thérapies centrées sur la parole ?

Contrairement aux approches exclusivement verbales, la psychothérapie corporelle accorde une place centrale aux sensations et aux réactions physiologiques. Elle s’intéresse à ce qui se passe dans l’instant, dans le corps, plutôt qu’à la seule élaboration du récit.

Cette différence ne signifie pas une opposition entre corps et parole. Les deux dimensions peuvent se compléter. Le travail corporel peut préparer ou soutenir l’élaboration verbale, en rendant les sensations plus tolérables et plus compréhensibles.

L’approche corporelle devient particulièrement pertinente lorsque le discours ne suffit plus à apaiser les réactions automatiques liées au traumatisme.

Quels effets observe-t-on au fil d’un travail corporel ?

Au fil de l’accompagnement, certaines personnes constatent une diminution progressive des tensions physiques et une meilleure capacité à identifier leurs états internes. La respiration devient plus ample, les réactions de sursaut s’atténuent et le sentiment de contrôle corporel se renforce.

Ces évolutions traduisent une régulation plus stable du système nerveux. Le corps cesse peu à peu de fonctionner en mode alerte permanent, ce qui favorise un apaisement plus global.

Certaines personnes décrivent également une amélioration de leur sommeil, une réduction de la fatigue chronique ou une sensation de présence plus ancrée dans le quotidien.

Pour quels profils la psychothérapie corporelle peut-elle être pertinente ?

La psychothérapie corporelle peut s’avérer pertinente lorsque les manifestations du traumatisme sont majoritairement somatiques. Elle peut également être envisagée lorsque la verbalisation est difficile, trop chargée émotionnellement ou insuffisante pour produire un changement durable.

Elle peut concerner des personnes qui se sentent déconnectées de leurs sensations, ou au contraire envahies par des réactions corporelles qu’elles ne parviennent pas à apaiser.

Chaque indication repose sur une évaluation clinique attentive. Le choix de cette approche dépend de l’histoire de la personne, de la nature du traumatisme et de ses ressources actuelles.

Que montrent les observations cliniques sur les approches corporelles ?

Les observations cliniques rapportées dans le champ de la psychotraumatologie soulignent l’intérêt d’un travail intégrant le corps dans la prise en charge des traumatismes. Elles mettent en évidence une amélioration de la régulation émotionnelle et une diminution des réactions physiologiques excessives chez certaines personnes.

Ces constats suggèrent que le travail corporel peut faciliter une réorganisation progressive du vécu traumatique, en complément d’autres approches psychothérapeutiques.

Pourquoi un cadre psychothérapeutique sécurisé reste indispensable

Travailler avec le corps implique d’entrer en contact avec des sensations parfois intenses. Sans cadre sécurisant, ce travail pourrait devenir déstabilisant.

Le cadre psychothérapeutique garantit que l’exploration corporelle se déroule sans débordement émotionnel ni exposition excessive. Le psychothérapeute ajuste le rythme, soutient la régulation et veille à ce que la personne dispose de repères suffisants pour rester ancrée dans le présent.

L’équipe de rédaction de Mon-Psychotherapeute.Com regroupe des professionnels passionnés et expérimentés dans le domaine de la psychologie, de la psychothérapie et du développement personnel. Nos rédacteurs sont dédiés à fournir des articles informatifs et des ressources précieuses pour vous accompagner dans votre parcours émotionnel et mental.

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Comment savoir si votre corps porte encore les traces d’un traumatisme ?

Se poser cette question permet souvent de mieux comprendre certaines réactions inexpliquées ou persistantes. Observer le rôle du corps dans son vécu peut ouvrir une réflexion sur les formes d’accompagnement les plus adaptées, en cohérence avec son histoire, son rythme et ses besoins.

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