Après un événement traumatique, certaines personnes ont le sentiment que leur histoire s’est brisée. Les mots manquent, le récit devient confus, parfois figé autour de l’événement. Ce qui faisait cohérence auparavant semble se fragmenter. La thérapie narrative s’inscrit précisément dans cette expérience particulière. Elle propose un travail centré sur la manière dont une personne se raconte ce qu’elle a vécu, et sur la place que le traumatisme occupe dans son histoire de vie.
Lorsque le traumatisme survient, il ne bouleverse pas seulement l’équilibre émotionnel. Il peut altérer en profondeur le sentiment de continuité personnelle. Certaines personnes décrivent l’impression d’un avant et d’un après radicalement séparés, comme si leur identité s’était réorganisée autour du choc. La thérapie narrative s’intéresse à cette rupture invisible, souvent difficile à formuler.
Quand un choc émotionnel bouleverse-t-il le récit de soi ?
Un traumatisme ne modifie pas uniquement les émotions ou les réactions corporelles. Il peut profondément affecter la façon dont une personne se perçoit, interprète son passé et envisage son avenir. L’événement devient alors un point de rupture qui semble redéfinir l’ensemble de l’histoire personnelle.
Dans ce contexte, le récit peut se réduire au traumatisme lui-même. Tout ce qui précède ou suit paraît secondaire, voire inaccessible. Les réussites, les relations ou les ressources personnelles passent au second plan. Cette focalisation empêche parfois de se représenter comme autre chose qu’une personne marquée par ce qui est arrivé.
Avec le temps, cette réduction du récit peut renforcer le sentiment d’impuissance ou de perte de contrôle. La personne ne se reconnaît plus dans son propre parcours.
En quoi consiste la thérapie narrative dans le travail du traumatisme ?
La thérapie narrative repose sur l’idée que l’identité n’est pas figée, mais construite à travers les histoires que l’on se raconte sur soi-même. Après un choc émotionnel, ces histoires peuvent devenir rigides, dominées par la peur, la honte ou le sentiment d’impuissance.
L’approche narrative vise à redonner de la souplesse au récit. Elle aide la personne à distinguer ce qu’elle a vécu de ce qu’elle est, et à explorer d’autres dimensions de son histoire qui ont été mises de côté par le traumatisme.
Ce travail ne consiste pas à nier l’événement, mais à l’inscrire dans une histoire plus large, où il n’est plus l’unique élément définissant l’identité.
Pourquoi le traumatisme tend-il à enfermer dans un récit unique ?
Le traumatisme impose souvent un récit dominant. Celui-ci s’organise autour de l’événement, de ses conséquences et des pertes associées. Cette narration, bien que compréhensible, peut devenir envahissante.
À force d’être répétée intérieurement, elle finit par exclure d’autres récits possibles. La personne se définit alors principalement à travers ce qu’elle a subi. Cette réduction du champ narratif peut freiner toute projection vers l’avenir et renforcer un sentiment de fatalité.
Le récit traumatique devient alors une grille de lecture unique du monde et de soi.
Comment la thérapie narrative aide-t-elle à reconstruire une continuité ?
La thérapie narrative propose de revisiter l’histoire de manière progressive et sécurisée. Il ne s’agit pas d’effacer le traumatisme, mais de le replacer dans un ensemble plus vaste.
En explorant d’autres épisodes de vie, des ressources personnelles, des valeurs, des engagements ou des relations significatives, la personne peut reconstruire une continuité entre le passé, le présent et l’avenir. Le traumatisme cesse peu à peu d’être le seul point de référence.
Ce travail permet de redonner une épaisseur au récit de soi et d’ouvrir de nouvelles perspectives.
Quel rôle jouent les mots et le langage dans ce processus ?
Les mots utilisés pour décrire une expérience influencent profondément la manière dont elle est vécue intérieurement. La thérapie narrative accorde une attention particulière au langage, aux formulations et aux récits dominants.
Changer la manière de nommer ce qui a été vécu peut transformer le rapport à l’événement. Le récit devient moins écrasant, plus nuancé, laissant place à des zones de complexité, de résistance et de transformation.
Le langage devient alors un outil de réappropriation de l’histoire personnelle.
En quoi cette approche se distingue-t-elle des autres formes de psychothérapie ?
Contrairement aux approches centrées sur les réactions corporelles ou le retraitement direct des souvenirs, la thérapie narrative s’intéresse prioritairement au sens donné à l’expérience.
Elle ne vise pas directement la diminution des symptômes, mais la transformation du rapport à l’histoire personnelle et à l’identité. Cette orientation en fait une approche complémentaire, particulièrement pertinente lorsque la souffrance est liée à la perte de sens ou à une image de soi fragilisée.
Pour quelles situations la thérapie narrative peut-elle être pertinente ?
La thérapie narrative peut être envisagée lorsque le traumatisme a profondément affecté l’image de soi ou la manière de se projeter dans l’avenir. Elle peut également être utile lorsque la personne se sent enfermée dans un récit figé, sans parvenir à envisager d’autres perspectives.
Elle s’adresse souvent à des personnes qui expriment une souffrance liée à l’identité, au sentiment d’être réduit à ce qu’elles ont vécu.
Chaque indication dépend du contexte, de l’histoire personnelle et du moment du parcours thérapeutique. L’approche narrative s’inscrit dans une démarche ajustée, respectueuse du rythme de chacun.
Ce que montrent les observations cliniques sur la thérapie narrative
Les observations cliniques issues de la pratique psychothérapeutique mettent en évidence que le travail sur le récit peut favoriser une reprise de pouvoir sur son histoire. Les personnes accompagnées décrivent souvent une perception plus nuancée de leur parcours et une diminution du sentiment d’être définies uniquement par le traumatisme.
Ces constats suggèrent que la possibilité de raconter autrement son histoire participe à une reconstruction identitaire progressive.
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