Les filles sont-elles vraiment plus sages que les garçons à l’école ?

Les filles sont-elles vraiment plus sages que les garçons à l’école ?
Les filles sont-elles vraiment plus sages que les garçons à l’école ?

Dans les salles de classe, une idée revient avec une étonnante constance : les filles seraient plus sages que les garçons. Plus attentives, plus calmes, plus respectueuses des règles. Cette perception traverse les discours éducatifs, les échanges entre parents et enseignants et s’invite parfois jusque dans les bulletins scolaires, où le comportement est commenté presque autant que les résultats. Elle semble aller de soi, comme une évidence partagée, rarement questionnée. Pourtant, lorsqu’on s’y arrête, cette affirmation soulève de nombreuses interrogations.

Que désigne réellement cette fameuse sagesse scolaire ? S’agit-il d’un trait de caractère, d’une différence de maturité ou d’une simple adéquation aux attentes de l’institution ? Derrière cette idée apparemment anodine se cache en réalité une lecture très spécifique du comportement des enfants, façonnée par des normes éducatives, sociales et scolaires bien précises.

Pourquoi dit-on que les filles sont plus sages que les garçons à l’école ?

L’image de la fille sage et du garçon turbulent ne prend pas naissance dans la salle de classe. Elle s’y installe parce qu’elle existe déjà dans les représentations collectives qui entourent l’enfance. Dès les premières années de vie, les comportements ne sont pas interprétés de la même manière selon qu’ils émanent d’une fille ou d’un garçon. Le calme, la retenue et la capacité à rester concentré sont plus volontiers encouragés chez les filles, tandis que l’agitation, l’expressivité ou l’énergie débordante sont souvent perçues comme plus acceptables, voire attendues, chez les garçons.

L’école hérite de ces normes éducatives et les prolonge, parfois sans en avoir pleinement conscience. Les attentes comportementales ne sont pas toujours formulées explicitement, mais elles orientent le regard porté sur les élèves. Ce qui est jugé comme un comportement approprié ou problématique dépend alors moins de l’acte en lui-même que du cadre dans lequel il est interprété.

Les différences de comportement observées en classe par les enseignants

Dans la pratique quotidienne, de nombreux enseignants observent effectivement des différences de comportements visibles entre filles et garçons. En moyenne, les filles interrompent moins souvent la classe, respectent plus facilement les consignes collectives et s’insèrent davantage dans les règles implicites de l’échange scolaire. Elles semblent aussi, dans de nombreux cas, plus attentives aux attentes formulées par l’adulte et plus soucieuses d’y répondre.

Ces constats, bien réels, doivent toutefois être interprétés avec prudence. Ils ne traduisent pas une disposition innée à la sagesse, mais plutôt une capacité plus marquée à s’adapter aux codes scolaires dominants. L’école valorise un certain rapport au corps, au temps et à la parole, qui correspond davantage à certains apprentissages sociaux qu’à d’autres. Les élèves qui maîtrisent plus facilement ces codes apparaissent alors comme mieux adaptés au cadre scolaire.

Être sage à l’école signifie-t-il simplement être conforme aux règles ?

Être sage à l’école signifie avant tout rester assis, écouter sans interrompre, attendre son tour et maîtriser ses impulsions. Cette définition de la sagesse est étroitement liée à la conformité aux règles et à l’ordre collectif. Elle laisse peu de place à l’expression spontanée, au mouvement ou à l’expérimentation, pourtant inhérents à l’enfance.

Dans ce contexte, la sagesse devient rapidement synonyme de discrétion et d’effacement, plutôt que de maturité émotionnelle ou intellectuelle. Une élève qui parle peu, même lorsqu’elle rencontre des difficultés, sera perçue comme adaptée et peu problématique. À l’inverse, un élève plus expressif, qui manifeste son ennui, son agitation ou son besoin de bouger, sera plus rapidement identifié comme perturbateur, même si son engagement scolaire est réel et sincère.

Les garçons sont-ils vraiment plus turbulents ou simplement plus visibles ?

Les garçons ne sont pas nécessairement plus indisciplinés, mais leurs comportements sont souvent plus visibles dans un cadre scolaire très normé. Bouger, parler fort, tester les limites ou réagir de manière impulsive attire davantage l’attention de l’adulte et occupe plus d’espace dans la classe. Cette visibilité renforce l’idée d’un écart de sagesse, sans pour autant refléter une différence de gravité ou d’intention.

Cette exposition accrue des comportements masculins tient en grande partie au décalage entre certaines formes d’expression et les contraintes scolaires. Le comportement devient alors un critère central d’évaluation, parfois au détriment d’autres dimensions de l’apprentissage, comme la curiosité, la créativité ou la capacité à raisonner autrement.

Comment cette croyance influence le parcours scolaire des enfants ?

Considérer les filles comme naturellement sages peut avoir des effets ambivalents sur leur parcours scolaire. D’un côté, elles bénéficient d’une image positive et rassurante, qui facilite souvent leur intégration dans le cadre scolaire. De l’autre, leurs difficultés scolaires, émotionnelles ou relationnelles passent parfois inaperçues, précisément parce qu’elles ne perturbent pas l’ordre de la classe.

À l’inverse, les garçons peuvent être enfermés très tôt dans une image d’élèves difficiles ou peu scolaires. Cette étiquette influence les attentes des adultes, la manière dont leurs comportements sont interprétés et, à terme, leur rapport à l’école. Le regard porté sur l’élève contribue ainsi à façonner son expérience scolaire, parfois bien au-delà de ses compétences réelles ou de son potentiel.

Et si le problème venait surtout du modèle scolaire lui-même

Plutôt que d’opposer filles et garçons, cette croyance interroge avant tout le modèle scolaire dominant. L’école valorise certains comportements précis, liés au contrôle de soi, à l’attention soutenue et à la conformité aux règles collectives. Ces exigences correspondent davantage aux apprentissages sociaux proposés aux filles dans de nombreux contextes éducatifs.

La question centrale devient alors celle de l’adaptation du cadre scolaire à la diversité des manières d’apprendre, d’interagir et de se concentrer. Penser la sagesse autrement permettrait peut-être de mieux reconnaître les besoins, les ressources et les modes d’expression de chaque élève, indépendamment de son genre.

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Les filles sont-elles vraiment plus sages que les garçons à l’école, ou simplement mieux adaptées aux attentes scolaires ?

Cette question interroge moins une différence naturelle entre filles et garçons qu’un modèle éducatif précis, fondé sur des normes de comportement, de concentration et de conformité aux règles, qui valorise certains profils d’élèves plutôt que d’autres.

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