Valeurs héritées ou valeurs choisies, qu’est-ce qui guide réellement notre vie ?

Valeurs héritées ou valeurs choisies, qu’est-ce qui guide réellement notre vie ?

« Chez nous, on a toujours fait comme ça. » La phrase paraît banale, mais elle raconte une partie importante de notre histoire personnelle. Avant même d’être capables de définir la réussite, la loyauté, la famille, l’argent, le travail ou la liberté, nous grandissons dans un environnement qui leur attribue déjà une certaine importance.

Nos premières valeurs ne naissent donc pas dans le vide. Elles se construisent au contact de personnes qui récompensent certains comportements, en désapprouvent d’autres et donnent parfois sans le vouloir une véritable hiérarchie à ce qui mérite d’être poursuivi.

Devenir adulte ne consiste pourtant pas simplement à conserver ou à rejeter cet héritage. Une partie beaucoup plus discrète du développement personnel consiste à déterminer ce que l’on souhaite réellement garder parmi les valeurs que l’on a reçues.

La famille transmet bien plus que des règles explicites

Toutes les familles possèdent leurs propres messages sur ce qui compte. Dans certaines, la réussite scolaire occupe une place centrale. Dans d’autres, la fidélité familiale devient presque sacrée. Ailleurs, on insiste sur l’indépendance, le travail, la discrétion, l’entraide ou la sécurité matérielle.

La transmission ne passe pas seulement par des phrases prononcées directement aux enfants. Elle s’effectue également par les comportements observés.

Un parent peut expliquer que l’argent n’est pas essentiel tout en organisant une grande partie de sa vie autour de la réussite financière. Une famille peut défendre la liberté individuelle, mais sanctionner fortement les choix qui s’écartent de ses habitudes. À l’inverse, certains principes sont rarement formulés et pourtant très présents dans les actes.

L’enfant apprend ainsi ce qui est admiré, ce qui provoque de la fierté, ce qui fait honte et ce qui semble nécessaire pour être considéré comme quelqu’un de respectable.

Cette transmission n’est d’ailleurs pas nécessairement problématique. Elle offre les premiers repères permettant de se situer dans le monde. Sans elle, chacun devrait construire seul l’ensemble de ses critères moraux et sociaux.

La difficulté apparaît plutôt lorsque ces repères deviennent tellement évidents qu’ils ne sont plus perçus comme des valeurs parmi d’autres, mais comme la seule manière raisonnable de vivre.

Les valeurs héritées ne sont jamais simplement copiées

La transmission familiale pourrait laisser imaginer une reproduction relativement directe. Les parents valorisent certaines choses et leurs enfants les adoptent. Les travaux sur la transmission des valeurs montrent une réalité beaucoup moins mécanique.

Ariel Knafo et Shalom Schwartz ont étudié 267 adolescents ainsi que leurs parents afin d’examiner les relations entre formation de l’identité et proximité des valeurs entre générations. Leur étude, publiée dans le British Journal of Developmental Psychology, s’est notamment intéressée à la manière dont les adolescents percevaient les valeurs de leurs parents et à leur degré d’acceptation de celles-ci.

Les adolescents engagés dans une démarche d’exploration identitaire percevaient plus précisément les valeurs parentales. Ceux présentant un niveau élevé d’engagement identitaire avaient davantage tendance à accepter les valeurs qu’ils attribuaient à leurs parents. Fait particulièrement intéressant, les différents profils étudiés ne présentaient pourtant pas de différence nette dans leur degré global de ressemblance avec les valeurs parentales.

Autrement dit, deux personnes peuvent ressembler à leurs parents sans avoir emprunté le même chemin. L’une peut avoir consciemment examiné une valeur familiale avant de décider qu’elle lui correspond. Une autre peut l’avoir conservée sans jamais véritablement la questionner. Une troisième peut croire s’être fortement éloignée de son éducation tout en gardant certaines priorités beaucoup plus proches de celles de sa famille qu’elle ne l’imagine.

La valeur finale ne permet donc pas toujours de connaître le processus par lequel elle a été adoptée.

Le milieu social élargit progressivement le répertoire des valeurs possibles

La famille constitue un premier environnement, mais elle cesse rapidement d’être le seul. L’école, les amis, les relations amoureuses, les expériences professionnelles et les rencontres mettent une personne en contact avec d’autres manières de hiérarchiser l’existence. Des comportements considérés comme évidents dans l’enfance commencent alors à apparaître comme des choix culturels, familiaux ou générationnels.

Une personne élevée dans un environnement où la stabilité professionnelle représentait une priorité majeure peut découvrir des adultes qui privilégient davantage la mobilité ou l’autonomie. Quelqu’un ayant appris à placer systématiquement les besoins familiaux avant les siens peut rencontrer des personnes pour lesquelles poser des limites constitue au contraire une forme de responsabilité.

Ces confrontations ne font pas automatiquement changer de valeurs. Elles rendent surtout visibles des alternatives.

L’expérience personnelle intervient également. Devenir parent peut modifier la place accordée à la sécurité ou à la transmission. Une séparation peut transformer le rapport à l’indépendance. Une difficulté professionnelle peut faire reculer la recherche de statut au profit de l’équilibre de vie.

Les valeurs personnelles se construisent ainsi dans un dialogue permanent entre ce que nous avons reçu et ce que nous découvrons.

Cette évolution explique pourquoi deux enfants élevés dans la même famille ne deviennent pas nécessairement des adultes guidés par les mêmes priorités. Ils ont partagé une partie de leur environnement, mais pas exactement les mêmes relations, expériences ou interprétations.

Choisir ses valeurs ne demande pas de renier son éducation

L’idée de « choisir ses propres valeurs » peut donner l’impression qu’il faudrait se libérer de toute influence familiale pour devenir véritablement soi-même. Cette vision serait artificielle. Une valeur n’est pas moins personnelle simplement parce qu’elle a été transmise.

Une personne peut avoir appris très jeune l’importance de la solidarité et continuer à la considérer comme essentielle après l’avoir confrontée à d’autres façons de vivre. Une autre peut conserver une forte importance accordée à la famille tout en redéfinissant ce que signifie être disponible pour ses proches.

L’appropriation se situe précisément dans cette possibilité de réexaminer ce qui a été reçu. Certaines valeurs restent intactes. D’autres sont nuancées. Quelques-unes perdent progressivement leur importance. Il arrive également qu’un principe rejeté avec vigueur dans la jeunesse retrouve une place différente plusieurs années plus tard.

L’étude de Knafo et Schwartz illustre bien cette complexité. L’exploration et l’engagement identitaire ne produisent pas simplement davantage ou moins de ressemblance avec les parents. Ils semblent intervenir dans la façon dont leurs valeurs sont perçues puis éventuellement acceptées.

La frontière entre valeur héritée et valeur choisie est donc moins nette qu’elle n’en a l’air. Une valeur peut être les deux à la fois.

La véritable différence se trouve peut-être entre une conviction que l’on continue à suivre par automatisme et une conviction que l’on pourrait aujourd’hui expliquer, questionner et néanmoins décider de conserver.

L’équipe de rédaction de Mon-Psychotherapeute.Com regroupe des professionnels passionnés et expérimentés dans le domaine de la psychologie, de la psychothérapie et du développement personnel. Nos rédacteurs sont dédiés à fournir des articles informatifs et des ressources précieuses pour vous accompagner dans votre parcours émotionnel et mental.

Besoin d’aide ?

Trouvez un psy près de chez vous

Inscription newsletter

Vous avez aimé cet article ?

Avez-vous déjà découvert qu’une valeur que vous pensiez profondément personnelle venait en réalité de votre éducation familiale ?

Certaines valeurs transmises pendant l’enfance deviennent pleinement les nôtres, tandis que d’autres ne correspondent plus à la personne que nous sommes devenue. Parmi les principes qui ont guidé votre famille, lesquels avez-vous choisi de conserver et lesquels avez-vous progressivement remis en question ? N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Êtes-vous humain ? Veuillez résoudre ce problème :Captcha