Dyslexie, dyscalculie, dyspraxie, dysorthographie ou dysphasie sont souvent réunies sous l’expression « troubles DYS ». Cette appellation facilite les échanges entre familles, enseignants et professionnels, mais elle peut donner l’impression qu’il s’agit de différentes formes d’un même trouble. En réalité, les difficultés concernées ne portent pas sur les mêmes capacités.
Lire, orthographier, manipuler les nombres, organiser un geste ou utiliser le langage oral mobilisent des compétences différentes. Une personne peut donc rencontrer une difficulté durable dans l’un de ces domaines tout en étant parfaitement à l’aise dans les autres. Plusieurs troubles peuvent également être associés, ce qui explique la grande diversité des situations regroupées derrière le mot DYS.
L’appellation troubles DYS désigne-t-elle un diagnostic unique ?
Le terme DYS ne correspond pas à un diagnostic médical unique. Il constitue surtout une appellation pratique utilisée pour réunir plusieurs troubles neurodéveloppementaux affectant certains apprentissages, le langage ou la coordination. Les classifications actuelles distinguent davantage les fonctions concernées.
La dyslexie et la dyscalculie appartiennent au champ des troubles spécifiques des apprentissages. La dysorthographie renvoie aux difficultés persistantes concernant l’orthographe et certaines dimensions de l’expression écrite. La dyspraxie est aujourd’hui généralement rapprochée du trouble développemental de la coordination, tandis que l’ancienne appellation dysphasie est progressivement remplacée par celle de trouble développemental du langage.
Ces changements de vocabulaire ne rendent pas les termes DYS inutiles. Ils restent largement employés par le public et permettent d’identifier rapidement une famille de difficultés. Il est cependant préférable de savoir précisément quelle fonction est concernée plutôt que de parler d’un enfant ou d’un adulte « DYS » comme si cette expression suffisait à décrire son fonctionnement.
Dyslexie et dysorthographie concernent-elles les mêmes difficultés ?
La dyslexie concerne principalement l’apprentissage et l’automatisation de la lecture. La reconnaissance des mots peut rester lente ou demander un effort important alors que la personne possède les connaissances et les capacités intellectuelles nécessaires pour comprendre le texte.
La dysorthographie concerne davantage l’orthographe et la production écrite. La personne peut éprouver des difficultés persistantes pour transcrire correctement les sons, mémoriser certaines formes orthographiques ou appliquer les conventions de l’écrit. Ces difficultés ne correspondent pas simplement à quelques fautes occasionnelles.
Les deux troubles sont fréquemment associés, ce qui explique qu’ils soient parfois confondus. Une personne peut présenter simultanément des difficultés importantes en lecture et en orthographe, mais ces deux dimensions restent distinctes. Les séparer permet de mieux comprendre pourquoi certaines personnes lisent avec davantage d’aisance qu’elles n’écrivent, ou rencontrent au contraire des obstacles spécifiques selon la tâche demandée.
Dyscalculie, quelles capacités liées aux nombres sont concernées ?
La dyscalculie concerne spécifiquement les apprentissages mathématiques. Les difficultés peuvent toucher le sens des nombres, la compréhension des quantités, certains calculs ou l’acquisition de procédures mathématiques qui deviennent habituellement plus automatiques avec l’apprentissage.
Un enfant dyscalculique peut, par exemple, comprendre correctement une consigne écrite tout en ayant du mal à estimer une quantité ou à manipuler certains rapports numériques. Ces difficultés ne permettent pas de conclure à un manque d’intelligence ni à une incapacité générale à raisonner.
La dyscalculie doit également être distinguée d’une difficulté scolaire ponctuelle en mathématiques. Un élève peut rencontrer des problèmes parce qu’une notion n’a pas été comprise, parce qu’il manque d’entraînement ou parce qu’une situation émotionnelle perturbe ses apprentissages. Le trouble spécifique se caractérise par des difficultés persistantes qui nécessitent une évaluation adaptée.
Dyspraxie et dysphasie touchent-elles les mêmes fonctions ?
La dyspraxie concerne principalement l’organisation et la coordination des gestes. Des actions qui semblent simples peuvent demander un effort important parce qu’elles nécessitent d’anticiper plusieurs mouvements et de les enchaîner efficacement. L’écriture manuscrite, l’utilisation de certains outils ou des gestes de la vie quotidienne peuvent ainsi devenir particulièrement coûteux.
Le terme clinique actuellement utilisé est souvent celui de trouble développemental de la coordination. La difficulté ne signifie pas que la personne ne sait pas ce qu’elle souhaite faire. Elle peut parfaitement comprendre la tâche mais rencontrer davantage de difficultés pour organiser et automatiser son exécution motrice.
La dysphasie appartient à un autre registre. Le terme est encore très connu du public, mais les professionnels parlent davantage aujourd’hui de trouble développemental du langage. Les difficultés concernent alors l’acquisition et l’utilisation du langage oral, par exemple la construction des phrases, le vocabulaire, la compréhension ou l’expression selon le profil de la personne.
Dyspraxie et dysphasie ne sont donc pas deux degrés d’une même difficulté. L’une concerne principalement la coordination et l’organisation du geste, tandis que l’autre touche le développement du langage oral.
Plusieurs troubles DYS peuvent-ils être associés chez une même personne ?
Les frontières entre ces troubles ne signifient pas qu’ils apparaissent toujours isolément. Une personne peut présenter une dyslexie accompagnée d’une dysorthographie, mais également rencontrer simultanément des difficultés relevant d’autres domaines.
Le TDAH peut lui aussi être présent chez une personne ayant un trouble spécifique des apprentissages, sans pour autant être lui-même un trouble DYS équivalent à la dyslexie ou à la dyscalculie. Cette coexistence peut rendre la situation plus complexe, car une difficulté d’attention peut accentuer les obstacles rencontrés pendant les apprentissages.
Les manifestations observées au quotidien ne suffisent donc pas toujours à identifier la fonction principalement concernée. Une écriture difficile peut être liée à différents mécanismes, tout comme un enfant qui progresse lentement en lecture ne présente pas automatiquement une dyslexie. Le repérage et l’accompagnement des troubles de l’apprentissage nécessitent de considérer la persistance des difficultés et leur contexte.
Parler des troubles DYS prend finalement tout son sens lorsqu’on cesse de les considérer comme une seule difficulté. Une personne peut être en difficulté pour lire sans l’être pour calculer, rencontrer des obstacles dans la coordination sans présenter de trouble du langage, ou cumuler plusieurs profils différents. Identifier ces distinctions permet avant tout de mieux comprendre la nature précise des difficultés rencontrées.
