Manger régulièrement des fruits autour de la cinquantaine pourrait-il être associé à moins de symptômes dépressifs plusieurs décennies plus tard ? Une vaste cohorte menée à Singapour apporte un élément intéressant à cette question. Les chercheurs ont observé qu’une consommation plus élevée de fruits à l’âge moyen était associée à une fréquence plus faible de symptômes dépressifs chez les mêmes participants près de vingt ans plus tard.
Cette observation apporte un éclairage particulier sur la dépression chez les personnes âgées. Elle ne montre pas que les fruits empêchent une dépression d’apparaître, mais elle permet d’examiner la relation entre une habitude alimentaire mesurée longtemps auparavant et des symptômes dépressifs observés à un âge plus avancé.
La consommation de fruits à l’âge moyen a été comparée aux symptômes dépressifs vingt ans plus tard
Huiqi Li et ses collègues ont utilisé les données de la Singapore Chinese Health Study, une vaste cohorte d’adultes chinois vivant à Singapour. Pour cette analyse, 13 738 participants ont été retenus.
Au début du suivi, entre 1993 et 1998, leur âge moyen était de 52,4 ans. Leur alimentation a été étudiée à l’aide d’un questionnaire détaillé portant notamment sur la consommation de 14 types de fruits et de 25 types de légumes.
Les symptômes dépressifs ont été évalués entre 2014 et 2016, soit environ 19,6 ans plus tard. Les participants avaient alors en moyenne 72,5 ans. L’évaluation reposait sur une version courte de la Geriatric Depression Scale et 3 180 personnes atteignaient le seuil retenu par les chercheurs pour présenter des symptômes dépressifs.
L’intérêt de ce suivi réside précisément dans cette longue période. L’alimentation n’a pas été mesurée au moment où les symptômes étaient recherchés, mais plusieurs années auparavant, à une période où la majorité des participants se trouvait encore dans l’âge moyen.
Une consommation plus élevée de fruits était associée à moins de symptômes dépressifs avec l’âge
Les participants qui consommaient le plus de fruits présentaient moins souvent des symptômes dépressifs lors du suivi réalisé à un âge avancé. Cette association persistait après plusieurs ajustements statistiques tenant compte notamment de caractéristiques démographiques, du mode de vie et de différents éléments de santé.
Dans l’analyse la plus ajustée, le quart des participants consommant le plus de fruits présentait des odds de symptômes dépressifs inférieures à celles du quart qui en consommait le moins. L’odds ratio était de 0,71.
Ce chiffre ne signifie pas que manger davantage de fruits réduit de 29 % le risque individuel de développer une dépression. Il décrit une différence statistique entre des groupes observés dans une cohorte. Les chercheurs n’ont pas demandé à certains participants de consommer davantage de fruits pour comparer ensuite leur santé mentale à celle d’un groupe témoin.
La tendance observée était néanmoins progressive. À mesure que la consommation de fruits augmentait, les odds de symptômes dépressifs diminuaient dans les analyses réalisées par les chercheurs.
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Plusieurs fruits étaient associés à moins de symptômes dépressifs à un âge avancé
L’équipe a également examiné séparément différents fruits. Des associations apparaissaient notamment pour l’orange, la mandarine, la banane, la papaye et la pastèque.
Ces observations ne permettent pas d’établir un classement des meilleurs fruits contre la dépression. Elles montrent surtout que l’association générale observée dans la cohorte ne semblait pas reposer sur un seul aliment.
Les chercheurs ont également étudié les fruits en fonction de leur index glycémique. L’association avec les symptômes dépressifs restait observable dans différentes catégories. Les résultats décrivent donc davantage une habitude alimentaire globale qu’un effet attribuable à un fruit particulier.
Cette nuance est importante chez une personne qui chercherait à modifier son alimentation dans l’espoir d’agir directement sur son humeur. Les données ne permettent pas de transformer un aliment isolé en moyen de prévention ou de traitement de la dépression.
Les légumes n’étaient pas associés aux symptômes dépressifs de la même manière que les fruits
L’analyse des légumes aboutit à un résultat différent. Après les principaux ajustements statistiques, leur consommation n’était pas significativement associée aux symptômes dépressifs observés plusieurs années plus tard.
Les chercheurs avaient pourtant étudié 25 catégories de légumes. Les résultats ne permettent donc pas de résumer l’étude en affirmant qu’une consommation élevée de produits végétaux serait globalement liée à moins de symptômes dépressifs.
Les auteurs évoquent plusieurs hypothèses pour expliquer la différence observée entre fruits et légumes. La composition nutritionnelle peut varier et les légumes sont également davantage susceptibles d’être consommés après cuisson ou préparation. Ces possibilités restent toutefois des hypothèses puisque l’étude n’a pas démontré le mécanisme biologique responsable de l’association.
Les antioxydants, la vitamine C, les caroténoïdes ou certains composés végétaux sont notamment évoqués dans les recherches consacrées aux relations entre alimentation et humeur. Leur présence dans les fruits ne permet cependant pas, à partir de cette cohorte, d’expliquer directement les résultats obtenus.
Fruits et symptômes dépressifs avec l’âge restent liés par une association statistique
La durée du suivi rend les résultats particulièrement intéressants, mais elle ne transforme pas cette étude observationnelle en démonstration de causalité. Les habitudes alimentaires ont été déclarées par les participants à partir d’un questionnaire et ont pu évoluer au cours des deux décennies suivantes.
La population étudiée était par ailleurs constituée d’adultes chinois vivant à Singapour. Le contexte alimentaire, social et sanitaire peut différer de celui observé dans d’autres pays ou populations.
Les chercheurs ont également mesuré des symptômes dépressifs à l’aide d’une échelle et non l’apparition d’un diagnostic clinique de dépression chez chacun des participants. Atteindre le seuil défini dans le questionnaire ne signifie donc pas automatiquement avoir reçu un diagnostic de trouble dépressif.
Même après de nombreux ajustements, d’autres caractéristiques peuvent enfin contribuer à l’association observée. Les personnes consommant davantage de fruits peuvent différer des autres participants sur des aspects du mode de vie difficiles à mesurer entièrement.
L’étude apporte malgré tout une observation notable. Des habitudes de consommation de fruits enregistrées autour de la cinquantaine restent associées à la présence de symptômes dépressifs près de vingt ans plus tard. Cette relation mérite d’être étudiée davantage, mais elle ne permet pas encore d’affirmer qu’augmenter sa consommation de fruits constitue à elle seule une stratégie de prévention de la dépression liée à l’âge.
