Vidéos, jeux, messages, télévision et appels vidéo occupent une place importante dans les loisirs des enfants. Cette présence numérique alimente régulièrement l’idée qu’un temps d’écran élevé pourrait favoriser la dépression. Les données disponibles montrent bien une association entre les deux, mais celle-ci reste beaucoup plus mesurée qu’une relation directe de cause à effet.
Un suivi réalisé auprès de plusieurs milliers de jeunes permet de préciser cette relation. Un temps d’écran plus important à 9 ou 10 ans était associé à davantage de symptômes dépressifs au cours des deux années suivantes. L’ampleur de cette association restait toutefois faible.
Un temps d’écran plus élevé est associé à davantage de symptômes dépressifs chez l’enfant
Jason Nagata et ses collègues ont analysé les données de 9 538 jeunes participant à la cohorte américaine ABCD. Ils avaient entre 9 et 10 ans au début du suivi. Leur temps consacré aux écrans pendant les loisirs a été recueilli puis comparé à l’évolution de plusieurs dimensions de leur santé mentale un et deux ans plus tard.
Les participants déclaraient en moyenne environ quatre heures quotidiennes d’écran au début de l’étude. Cette durée regroupait notamment les films et séries, les vidéos en ligne, les jeux vidéo, les messages, les appels vidéo et les réseaux sociaux.
Après prise en compte de plusieurs caractéristiques comme l’âge, le sexe, le revenu du foyer, le niveau d’études des parents et le lieu de recrutement, un temps d’écran plus élevé restait associé à davantage de symptômes dépressifs lors du suivi. Parmi les différentes difficultés psychologiques examinées, l’association avec les symptômes dépressifs figurait parmi les plus marquées.
Les chercheurs ont également tenu compte du niveau initial de santé mentale. Certains enfants pouvaient donc déjà présenter des difficultés au début du suivi. Malgré cet ajustement, une durée d’écran plus importante restait associée à une augmentation ultérieure des symptômes dépressifs.
Cette évolution décrit une tendance observée à l’échelle de plusieurs milliers d’enfants. Elle ne permet pas de prévoir qu’un enfant développera une dépression parce qu’il passe plusieurs heures par jour devant un écran.
Les usages numériques présentent des associations différentes avec les symptômes dépressifs
Le suivi permet également de distinguer plusieurs activités numériques. Les associations avec les symptômes dépressifs n’étaient pas exactement les mêmes selon l’usage étudié.
Les relations statistiques les plus importantes concernaient notamment les appels vidéo, les messages, le visionnage de vidéos et les jeux vidéo. Le temps d’écran total ne suffit donc pas à décrire entièrement les résultats observés chez les participants.
Les vidéos en ligne et les jeux occupaient déjà une place importante dans le quotidien numérique des enfants étudiés. Au début du suivi, les participants consacraient en moyenne environ 1,3 heure quotidienne aux vidéos en ligne et près de 1,2 heure aux jeux vidéo. Les films et séries représentaient eux aussi environ 1,3 heure par jour.
Ces différences ne permettent pas de conclure qu’un type précis d’activité numérique provoque une dépression infantile. Une association statistique plus élevée pour une pratique ne renseigne pas, à elle seule, sur la manière dont cette activité influence individuellement un enfant.
Les résultats montrent surtout que la relation entre écrans et symptômes dépressifs ne peut pas être réduite à un compteur unique. Selon l’activité numérique mesurée, l’association retrouvée dans la cohorte variait.
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L’association entre temps d’écran et dépression infantile reste faible
La taille de la cohorte permet de repérer des relations statistiques qui peuvent rester difficiles à identifier dans des groupes plus réduits. Malgré l’association retrouvée entre temps d’écran et symptômes dépressifs, les effets mesurés dans l’étude restent de faible ampleur.
Un temps d’écran important ne constitue donc pas un indicateur permettant de conclure qu’un enfant souffre de dépression. Il ne permet pas davantage de prévoir à lui seul l’apparition future d’un épisode dépressif.
L’étude reste observationnelle. Elle montre qu’une exposition numérique plus importante précède statistiquement davantage de symptômes dépressifs lors du suivi, mais elle ne démontre pas que les écrans sont directement responsables de cette évolution.
Plusieurs éléments de la vie d’un enfant peuvent intervenir simultanément dans sa santé mentale et dans ses habitudes numériques. Les auteurs eux-mêmes considèrent les écrans comme l’un des nombreux facteurs susceptibles d’être associés aux difficultés psychologiques plutôt que comme une explication unique.
La période étudiée mérite également d’être prise en compte. Les participants avaient 9 ou 10 ans entre 2016 et 2018. Les plateformes, les appareils et les habitudes numériques des enfants ont depuis évolué, ce qui limite la possibilité de transposer chaque résultat aux pratiques actuelles sans précaution.
Les données longitudinales apportent néanmoins un résultat clair. Chez les enfants suivis, davantage de temps consacré aux écrans était associé à davantage de symptômes dépressifs au cours des deux années suivantes. Cette relation restait modeste et variait selon les activités numériques, ce qui replace les écrans à leur juste place parmi les multiples éléments associés à la dépression infantile.
