Un enfant dépressif ne coupe pas nécessairement toutes ses relations. Il peut continuer à voir ses amis, partager les repas familiaux ou participer à certaines activités tout en devenant progressivement moins présent dans les échanges. Il propose moins souvent de jouer, prend moins d’initiatives et laisse davantage les autres venir vers lui.
Ce repli social peut s’installer discrètement. Le nombre de personnes autour de l’enfant ne change pas toujours immédiatement, mais sa manière d’investir les relations se transforme. Les moments partagés demandent davantage d’effort et prennent progressivement moins de place dans son quotidien.
Le repli social réduit les initiatives relationnelles pendant la dépression infantile
Une relation demande de proposer, répondre, s’intéresser à ce que fait l’autre et participer à ce qui se passe. Pendant une dépression infantile, cet engagement relationnel peut devenir plus difficile à maintenir.
L’enfant attend davantage que les autres viennent vers lui. Il accepte une activité sans montrer l’enthousiasme habituel ou suit une proposition sans en faire lui-même. Dans un groupe, il peut rester présent tout en prenant moins souvent part à ce qui se décide.
Ce changement apparaît surtout par comparaison avec son fonctionnement antérieur. Un enfant qui recherchait régulièrement la compagnie de ses camarades peut commencer à préférer rester seul. Celui qui proposait des jeux devient davantage spectateur. Un autre continue à rejoindre le groupe mais s’en retire plus rapidement.
Une étude publiée en 1985 par Joaquim Puig-Antich et ses collègues a examiné les relations sociales de 115 enfants prépubères. Parmi eux, 52 présentaient un trouble dépressif majeur, 23 un autre trouble psychiatrique et 40 appartenaient au groupe témoin. Les relations avec les parents, les frères et sœurs et les autres enfants étaient évaluées sur les trois mois précédant l’évaluation.
Les chercheurs ont observé davantage de difficultés relationnelles dans les groupes présentant un trouble psychiatrique, avec des perturbations généralement plus importantes chez les enfants dépressifs. La dépression infantile peut donc modifier directement la manière dont l’enfant investit ses relations quotidiennes.
Les amitiés peuvent devenir moins investies chez l’enfant dépressif
Le repli social ne fait pas forcément disparaître les amis. Un enfant peut conserver les mêmes camarades tout en partageant moins de moments avec eux ou en participant plus passivement aux activités communes.
Une invitation peut encore être acceptée, mais l’enfant reste davantage en retrait une fois sur place. Dans un jeu collectif, il suit ce que proposent les autres sans prendre autant d’initiatives. Une sortie qui était auparavant attendue avec impatience peut désormais paraître plus difficile à investir.
Le mouvement peut être progressif. L’enfant commence par proposer moins souvent de retrouver ses camarades. Il accepte ensuite moins facilement certaines activités puis choisit plus régulièrement de rester seul. Les liens existent toujours, mais ils sont moins sollicités et prennent moins de place dans son quotidien.
Cette évolution peut être difficile à remarquer lorsqu’un enfant reste intégré à un groupe. Il continue à être invité et conserve parfois plusieurs amis. La transformation se situe surtout dans sa participation. Il contribue moins aux activités, initie moins souvent les échanges et semble davantage dépendre des autres pour maintenir la relation.
L’étude de Puig-Antich montre que les difficultés des enfants dépressifs concernaient également les relations avec leurs pairs. Le repli social peut donc toucher la manière dont l’enfant participe aux amitiés sans conduire immédiatement à un isolement complet.
Le repli social peut réduire la participation à la vie familiale
Le retrait relationnel peut aussi devenir visible à la maison. Un enfant continue à vivre au milieu de sa famille tout en s’impliquant moins dans les moments partagés.
Il rejoint le repas mais participe moins à l’ambiance générale. Une activité familiale qu’il appréciait auparavant ne suscite plus la même envie. Il accompagne ses proches sans véritablement prendre part à ce qui se déroule ou reste plus facilement seul lorsqu’aucune activité ne lui est proposée.
Les relations avec les frères et sœurs peuvent elles aussi devenir moins investies. Un enfant qui recherchait régulièrement leur compagnie peut passer davantage de temps de son côté. Il accepte encore leur présence mais initie moins souvent un jeu ou une activité commune.
Les travaux de Puig-Antich retrouvaient également des difficultés dans les relations avec les parents et la fratrie chez les enfants souffrant de dépression majeure. Cette atteinte de plusieurs espaces relationnels montre que le repli social peut concerner à la fois les amitiés et la vie familiale.
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Le repli social dans la dépression infantile peut ainsi s’installer sans rupture spectaculaire avec l’entourage. L’enfant reste entouré mais prend moins souvent l’initiative, participe moins activement et investit progressivement moins les moments partagés. Cette diminution durable de l’engagement relationnel caractérise le mieux le retrait social associé à l’épisode dépressif.
