Comparaison sociale à l’école, être entouré de très bons élèves peut-il faire douter de soi ?

Comparaison sociale à l’école, être entouré de très bons élèves peut-il faire douter de soi ?

Un élève peut obtenir de bonnes notes et pourtant avoir l’impression d’être médiocre. Il suffit parfois que ses camarades réussissent encore mieux.

Dans une autre classe, le même niveau scolaire lui donnerait peut-être le sentiment d’être particulièrement compétent. Ses connaissances n’auraient pas changé. Son point de comparaison, lui, serait différent.

L’école fournit en permanence ce type de repères. Les notes circulent, les réponses sont entendues à voix haute, certains terminent les exercices rapidement et d’autres semblent comprendre avant même que l’explication soit terminée. Sans classement officiel, chaque élève peut donc construire son propre classement mental.

La comparaison sociale à l’école n’est pas forcément négative. Observer un camarade peut donner envie de progresser ou montrer qu’un objectif est accessible. Elle devient plus délicate lorsque l’élève cesse d’évaluer ses progrès pour mesurer presque exclusivement sa valeur scolaire à celle des autres.

Les camarades deviennent rapidement une référence pour juger son niveau scolaire

Une note ne possède jamais une signification totalement isolée. Obtenir 15 sur 20 peut sembler excellent à un élève jusqu’au moment où il découvre que la majorité de la classe a obtenu 17. À l’inverse, un 12 peut être vécu comme une réussite importante lorsque l’évaluation a été difficile pour tout le monde.

Cette réaction montre que les élèves ne se demandent pas seulement « qu’est-ce que je sais faire ? ». Ils cherchent aussi à savoir où ils se situent par rapport au groupe.

La comparaison est particulièrement facile à l’école parce que les performances des autres sont souvent visibles. Un élève entend les bonnes réponses, constate qui lève régulièrement la main et repère rapidement ceux que la classe considère comme les meilleurs.

Ces informations finissent par participer à la construction de son concept de soi scolaire, autrement dit à la représentation qu’il se fait de ses compétences dans une matière.

Lindie van der Westhuizen et ses collègues ont étudié ce mécanisme auprès de 5 057 élèves de première année et 4 925 élèves de troisième année au Luxembourg. Leurs résultats montrent que le niveau moyen de la classe était associé négativement au concept de soi des élèves en mathématiques, une fois leur propre niveau pris en compte.

Un bon élève peut se sentir moins capable dans une classe très performante

Ce résultat peut sembler paradoxal. Être entouré d’élèves performants paraît intuitivement avantageux. Le niveau des échanges peut être élevé, les attentes ambitieuses et les occasions d’apprendre nombreuses. Pourtant, cet environnement offre aussi des références particulièrement exigeantes pour s’évaluer.

La psychologie de l’éducation décrit ce phénomène sous le nom d’effet du gros poisson dans un petit bassin.

À niveau individuel comparable, un élève placé dans un groupe où les performances moyennes sont élevées peut développer une perception plus faible de ses propres compétences qu’un élève semblable évoluant dans un groupe moins performant. Cela ne signifie pas que les bonnes classes rendent les élèves moins compétents.

Le mécanisme porte avant tout sur la perception de soi. Un enfant qui aurait l’habitude d’être parmi les premiers peut rejoindre un groupe très performant et se retrouver soudain dans la moyenne. Son niveau réel n’a pas chuté, mais son statut relatif a changé. Il peut alors interpréter cette nouvelle position comme la preuve qu’il est devenu moins bon.

L’étude de van der Westhuizen et de ses collègues retrouve cet effet sur le concept de soi mathématique dès la première année du primaire. Les enfants semblent donc utiliser très tôt les performances des autres comme informations pour évaluer leurs propres capacités.

Se comparer aux meilleurs peut transformer une réussite en résultat insuffisant

La comparaison ascendante consiste à regarder ceux qui réussissent davantage. Elle peut être stimulante si l’écart paraît accessible. Un camarade légèrement meilleur peut montrer une stratégie intéressante ou donner envie de fournir un effort supplémentaire.

La situation change lorsque la comparaison devient systématique. L’élève ne voit plus les cinq exercices qu’il maîtrise. Il remarque surtout celui que son voisin a terminé avant lui. Une note élevée apporte peu de satisfaction si quelqu’un a obtenu davantage. Une progression personnelle paraît insignifiante tant qu’elle ne modifie pas sa position dans le groupe.

Le risque n’est donc pas simplement de ressentir de la jalousie. La comparaison peut modifier l’information que l’élève tire de ses propres résultats.

Une réussite qui devrait confirmer une compétence devient une preuve insuffisante parce qu’une autre personne a fait mieux.

Les chercheurs ont également étudié l’intérêt pour les mathématiques. L’effet du niveau moyen de la classe apparaissait pour l’intérêt chez les élèves de troisième année, mais pas chez ceux de première année. Les auteurs restent prudents et suggèrent que la comparaison sociale pourrait intervenir plus tardivement dans la construction de l’intérêt que dans celle du concept de soi.

Les notes ne sont pas les seules à alimenter la comparaison sociale en classe

Supprimer un classement explicite ne fait pas disparaître la comparaison. Les élèves disposent de nombreux indices. La vitesse d’exécution en est un. Celui qui termine régulièrement après les autres peut conclure qu’il est moins compétent alors qu’il travaille simplement avec davantage de prudence.

La participation orale fournit également une référence visible. Les mêmes élèves répondent parfois rapidement et donnent l’impression de maîtriser immédiatement le cours. Ceux qui ont besoin de temps pour organiser leur raisonnement peuvent interpréter leur hésitation comme un déficit de capacité.

Les groupes de niveau, les félicitations publiques ou certaines remarques apparemment anodines peuvent encore rendre les positions scolaires plus visibles.

Le problème n’est pas de cacher toutes les différences. Elles existent et font partie de la vie scolaire.

L’enjeu consiste plutôt à éviter que la position relative devienne l’unique mesure du progrès. Un élève peut être moins rapide qu’un camarade tout en ayant énormément progressé. Il peut se situer au milieu d’une classe excellente et posséder malgré tout un très bon niveau. Ces deux réalités deviennent difficiles à percevoir si toute l’attention est dirigée vers la hiérarchie du groupe.

Le référentiel modifie le sens d’une même performance scolaire

La comparaison sociale est difficile à supprimer dans une classe parce que les élèves disposent en permanence d’informations sur les performances des autres. L’enjeu psychologique se situe donc moins dans le fait de se comparer que dans la signification attribuée à cette comparaison.

Un résultat identique peut produire deux perceptions de soi différentes selon le groupe dans lequel il est obtenu. Le niveau scolaire réel de l’élève n’a pas nécessairement changé, mais sa position relative devient une information supplémentaire qu’il utilise pour juger ses capacités.

Le phénomène ne décrit donc pas une baisse objective des compétences. Il montre comment le référentiel collectif peut transformer la manière dont un élève interprète une performance pourtant inchangée.

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Peut-on se croire mauvais élève simplement parce que l’on est entouré d’élèves encore meilleurs ?

Oui, cette possibilité existe. La comparaison sociale rappelle ainsi qu’une baisse de confiance scolaire ne signifie pas toujours une baisse réelle des compétences. Parfois, c’est surtout le point de référence qui a changé.

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