Climat émotionnel en classe, apprendre demande aussi de se sentir en sécurité

Climat émotionnel en classe, apprendre demande aussi de se sentir en sécurité

Deux classes peuvent suivre le même programme, utiliser des exercices comparables et disposer du même nombre d’heures de cours sans offrir aux élèves la même expérience d’apprentissage. Dans l’une, une mauvaise réponse déclenche quelques sourires et l’élève hésite avant de reprendre la parole. Dans l’autre, l’erreur est accueillie comme une étape normale du travail et la discussion continue.

Cette différence paraît secondaire face aux méthodes pédagogiques ou au niveau scolaire. Elle touche pourtant à une condition essentielle de l’apprentissage. Pour participer, poser une question, reconnaître qu’il n’a pas compris ou essayer une réponse incertaine, un élève doit pouvoir prendre un petit risque devant les autres.

Le climat émotionnel de la classe détermine en partie le coût de ce risque. Une classe peut être calme sans être rassurante. Elle peut aussi être vivante, parfois bruyante, tout en offrant suffisamment de sécurité pour permettre aux élèves d’apprendre sans consacrer une partie de leur énergie à se protéger.

Le climat émotionnel de la classe se joue dans les interactions ordinaires

Le sentiment de sécurité à l’école ne dépend pas seulement de l’absence de violence ou de harcèlement. À l’intérieur d’une classe, il se construit aussi dans une accumulation de scènes beaucoup plus discrètes.

La façon dont une erreur est reprise compte. Le ton utilisé devant une réponse maladroite compte également. Les réactions des camarades, la possibilité de demander une nouvelle explication et la manière dont les différences de niveau sont exposées participent toutes à l’atmosphère du groupe.

Un élève observe très rapidement ces règles informelles. Il comprend s’il est possible de se tromper sans perdre la face, si certaines questions provoquent des moqueries ou si seuls les élèves les plus rapides prennent facilement la parole.

Cette observation influence ensuite son comportement. Celui qui ne se sent pas suffisamment en sécurité peut apprendre à rester discret. Il ne signale plus qu’il a perdu le fil, évite les exercices où il risque d’échouer publiquement ou attend qu’un autre donne la réponse.

Vu de l’extérieur, il semble parfois peu impliqué. Son retrait peut pourtant être une manière de contrôler son exposition au regard du groupe.

Se sentir en sécurité permet davantage d’essais et donc davantage d’apprentissage

L’école demande en permanence de montrer ce que l’on ne maîtrise pas encore. Lire devant les autres, présenter un raisonnement, répondre à une question ou rendre un travail place l’élève dans une situation où ses compétences deviennent visibles. Cette exposition est normale. Elle devient problématique si chaque erreur risque d’être vécue comme une humiliation.

L’étude menée par Maria R. Reyes, Marc A. Brackett, Susan E. Rivers, Mark White et Peter Salovey apporte un éclairage particulièrement intéressant. Les chercheurs ont étudié 1 399 élèves répartis dans 63 classes de cinquième et sixième années du système américain. Ils ont combiné observations des classes, questionnaires remplis par les élèves et résultats scolaires.

Leurs analyses ont montré une association positive entre le climat émotionnel de la classe et les résultats scolaires. Surtout, cette relation passait par l’engagement des élèves. Autrement dit, le climat émotionnel n’apparaissait pas simplement comme une ambiance agréable autour de l’apprentissage. Il était lié à la manière dont les élèves s’investissaient effectivement dans celui-ci.

Cette distinction est importante. Se sentir suffisamment en sécurité ne rend pas automatiquement meilleur en mathématiques ou en français. Cela peut en revanche faciliter des comportements indispensables pour progresser, comme participer, persévérer et accepter de ne pas réussir immédiatement.

La peur du jugement peut rendre une classe silencieuse sans la rendre attentive

Le silence constitue un indicateur particulièrement trompeur. Une classe très silencieuse peut donner l’impression que tous les élèves sont concentrés. Certains peuvent pourtant être surtout occupés à ne pas attirer l’attention.

L’élève qui craint les réactions de ses camarades réfléchit aussi à ce qui se passera s’il donne une mauvaise réponse. Celui qui redoute une remarque blessante surveille la manière dont l’enseignant s’adresse à lui. Une partie de son attention est ainsi consacrée à l’environnement social plutôt qu’au problème scolaire qui lui est présenté.

À l’inverse, un climat émotionnel positif ne signifie pas que toutes les émotions désagréables disparaissent. Un exercice difficile peut frustrer. Une évaluation peut inquiéter. Une correction peut décevoir. La sécurité tient davantage à la possibilité de traverser ces moments sans être personnellement dévalorisé.

Une différence essentielle apparaît alors entre « ma réponse est fausse » et « je vais avoir l’air ridicule parce que ma réponse est fausse ». Dans les deux situations, l’élève fait une erreur. Dans la seconde, il doit en plus gérer les conséquences sociales qu’il lui attribue.

L’étude de Reyes et de ses collègues va dans ce sens en montrant que l’engagement occupe une place centrale entre climat émotionnel et réussite scolaire. La qualité de l’atmosphère ne remplace donc pas le travail pédagogique. Elle peut déterminer dans quelle mesure l’élève ose réellement y prendre part.

Un climat sécurisant n’exige pas une classe sans exigences

Associer sécurité émotionnelle et indulgence serait une erreur. Les élèves peuvent se sentir en sécurité dans un environnement exigeant, à condition que les attentes soient suffisamment lisibles et que l’échec ne se transforme pas en jugement personnel.

Un professeur peut signaler qu’un devoir est insuffisant, demander davantage d’efforts ou reprendre fermement un comportement. La question est plutôt de savoir si l’élève conserve la possibilité de revenir dans le travail après cette intervention.

La sécurité se fragilise davantage lorsque les règles relationnelles deviennent imprévisibles. Une réponse tolérée un jour provoque une remarque humiliante le lendemain. Certains élèves semblent pouvoir se tromper alors que d’autres sont rapidement tournés en dérision. Une mauvaise note paraît confirmer publiquement une réputation déjà installée.

Le climat de classe ne dépend d’ailleurs pas uniquement de l’enseignant. Les élèves produisent eux aussi leurs propres normes. Une classe dans laquelle les camarades se soutiennent ne fonctionne pas de la même façon qu’un groupe où chaque prise de parole devient une occasion de se comparer.

L’adulte conserve néanmoins une responsabilité particulière puisqu’il peut rendre certaines réactions acceptables ou, au contraire, leur fixer des limites.

La sécurité émotionnelle devient visible dans la manière dont les élèves apprennent

Un climat de classe favorable ne se reconnaît pas nécessairement à des élèves constamment détendus ou enthousiastes. Il apparaît dans des comportements beaucoup plus concrets.

Un élève peut dire qu’il n’a pas compris. Un autre propose une réponse alors qu’il n’en est pas certain. Une erreur peut être corrigée sans provoquer plusieurs minutes de gêne. Après une mauvaise note, le travail peut reprendre au lieu de devenir une preuve définitive d’incompétence.

Ces scènes ordinaires disent quelque chose d’important sur la psychologie de l’éducation. Apprendre n’est jamais une activité entièrement isolée. Dans une classe, les connaissances se construisent sous le regard d’autres personnes.

Les méthodes pédagogiques restent essentielles, tout comme la qualité des explications et la progression des exercices. Pourtant, même une excellente méthode perd une partie de son efficacité si certains élèves préfèrent cacher leurs difficultés plutôt que risquer de les montrer.

L’équipe de rédaction de Mon-Psychotherapeute.Com regroupe des professionnels passionnés et expérimentés dans le domaine de la psychologie, de la psychothérapie et du développement personnel. Nos rédacteurs sont dédiés à fournir des articles informatifs et des ressources précieuses pour vous accompagner dans votre parcours émotionnel et mental.

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Un élève apprend-il vraiment dans les mêmes conditions s’il doit constamment éviter le regard ou le jugement des autres ?

La sécurité émotionnelle ne supprime ni les difficultés ni les exigences scolaires. Elle permet surtout à l’élève de consacrer davantage d’énergie à apprendre plutôt qu’à déterminer comment ne pas se tromper devant la classe.

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