Un fonctionnement marqué par une très forte grandiosité ne se modifie pas à l’aide d’une méthode capable de faire disparaître une personnalité excessive en quelques séances. Une psychothérapie cherche plutôt à travailler les difficultés qui accompagnent cette représentation de soi lorsqu’elles deviennent rigides, provoquent des conflits répétés ou empêchent la personne de remettre certaines situations en perspective.
Il n’existe donc pas un traitement unique de la mégalomanie applicable de la même façon à tous. La mégalomanie doit être replacée dans l’ensemble du fonctionnement psychologique de la personne. Le choix de l’approche dépend notamment de la demande de soin, des difficultés rencontrées et de la possibilité d’engager un travail thérapeutique suffisamment stable.
Pourquoi l’entrée en psychothérapie peut-elle être difficile ?
Une psychothérapie suppose de pouvoir examiner ses difficultés, accepter qu’une autre lecture de la situation soit possible et revenir sur certains épisodes qui ont créé des conflits ou de la souffrance. Cette démarche peut être délicate lorsqu’une personne éprouve peu le besoin de modifier son propre fonctionnement.
La consultation peut alors commencer à l’occasion d’une difficulté concrète plutôt qu’à partir d’une demande portant directement sur la grandiosité. Une rupture, des conflits répétés ou une situation devenue difficile à gérer peuvent conduire à demander de l’aide. Le premier travail consiste alors à identifier ce que la personne souhaite réellement changer et ce qui peut constituer un objectif thérapeutique commun.
Le thérapeute n’a pas besoin d’obtenir immédiatement une reconnaissance complète de tous les problèmes pour commencer à travailler. Une confrontation brutale risquerait au contraire de déplacer les séances vers une lutte destinée à savoir lequel des deux possède la bonne interprétation. La relation thérapeutique doit permettre d’examiner progressivement les situations plutôt que d’imposer une conclusion.
Quelles psychothérapies peuvent être envisagées face à une forte grandiosité ?
Les approches psychodynamiques peuvent chercher à travailler la manière dont la personne se représente elle-même et vit ses relations. Le déroulement des séances devient alors lui-même une source d’informations. Une difficulté à accepter une limite, un désaccord avec le thérapeute ou une attente particulière dans la relation peuvent être examinés dans le cadre du travail clinique.
Des approches cognitives et comportementales peuvent également être mobilisées dans certains contextes. Elles peuvent aider à examiner certaines interprétations rigides, à confronter une anticipation aux résultats réellement obtenus ou à observer les conséquences d’un comportement dans une situation précise. Le travail reste individualisé et ne consiste pas à appliquer mécaniquement une liste d’exercices à toute personne présentant une forte grandiosité.
Pour le trouble narcissique de la personnalité, le Manuel MSD cite notamment la psychothérapie psychodynamique, le traitement basé sur la mentalisation et la psychothérapie focalisée sur le transfert. Il précise également que les approches cognitivo-comportementales peuvent convenir à certains patients. Ces données montrent surtout que plusieurs voies thérapeutiques peuvent être envisagées selon le tableau clinique, plutôt qu’un traitement standard portant spécifiquement le nom de « thérapie de la mégalomanie ».
Quels objectifs thérapeutiques sont réalistes dans le traitement de la mégalomanie ?
L’objectif d’une psychothérapie n’est pas de faire perdre toute confiance à une personne ni de lui démontrer qu’elle n’a aucune qualité particulière. Une confiance en soi élevée n’est pas en elle-même un problème. Le travail devient pertinent lorsque certaines représentations sont si rigides qu’elles rendent les désaccords, les limites ou les relations difficiles à supporter.
Un premier objectif peut être de développer davantage de souplesse dans la manière d’examiner une situation. Il devient alors possible de reconnaître une erreur sans que toute la valeur personnelle semble remise en question, ou d’admettre qu’une autre personne possède une compétence particulière sans vivre cette reconnaissance comme une diminution de soi.
La psychothérapie peut également chercher à améliorer la capacité à observer les effets de ses propres comportements. Une personne peut progressivement distinguer ce qu’elle souhaitait obtenir de ce qui s’est réellement produit dans la relation. Ce décalage fournit un matériau concret pour travailler sans réduire la séance à un jugement sur la personnalité.
Les progrès sont donc rarement mesurés par la disparition soudaine de toute grandiosité. Ils peuvent apparaître dans une meilleure capacité à supporter la contradiction, à considérer plusieurs interprétations, à reconnaître davantage la contribution d’autrui ou à maintenir une relation malgré un désaccord. L’évolution porte davantage sur la flexibilité du fonctionnement que sur l’effacement d’un trait de caractère.
Pourquoi l’alliance thérapeutique et le cadre comptent-ils autant ?
Une psychothérapie ne repose pas uniquement sur une technique. La qualité de la relation thérapeutique compte particulièrement lorsqu’il devient difficile de parler d’une erreur, d’une frustration ou d’une représentation de soi sans que l’échange se transforme en confrontation.
Le cadre donne des repères stables. Les séances ont une durée, des règles et des objectifs qui ne changent pas simplement parce qu’un désaccord apparaît. Cette continuité permet d’examiner ce qui se produit dans la relation sans que chaque difficulté conduise automatiquement à interrompre le travail.
Le thérapeute doit également trouver une position qui ne consiste ni à entretenir systématiquement une représentation grandiose ni à chercher à la briser. Le travail repose davantage sur l’examen de situations concrètes, leurs conséquences et les différentes manières de les interpréter. Une relation thérapeutique suffisamment solide permet progressivement d’aborder des sujets qui auraient été rejetés au début du suivi.
La durée du travail dépend alors largement de la situation individuelle. Certaines difficultés peuvent évoluer plus rapidement que d’autres et les objectifs peuvent être révisés au fil des séances. La psychothérapie ne promet pas de transformer une personnalité en modèle idéal. Elle cherche à rendre le fonctionnement suffisamment souple pour diminuer les difficultés qui ont conduit la personne à consulter.
