L’échec du dispositif « Mon soutien psy » : analyse d’un programme aux ambitions contrariées

L'échec du dispositif « Mon soutien psy » : Analyse d’un programme aux ambitions contrariées

Rendre les consultations chez un psychologue plus accessibles constituait une promesse forte. Lancé à l’échelle nationale en avril 2022, le dispositif aujourd’hui appelé Mon soutien psy devait notamment réduire le renoncement aux soins et ouvrir une première possibilité de remboursement de séances réalisées auprès de psychologues libéraux conventionnés.

Les premières années ont pourtant été marquées par un paradoxe. Le besoin de soins psychologiques était considérable, mais le dispositif peinait à convaincre suffisamment de professionnels et son parcours apparaissait trop contraignant à une partie du public. La question n’était donc pas tant celle de l’utilité d’un remboursement que celle du cadre choisi pour l’organiser.

Parler aujourd’hui de « l’échec de Mon soutien psy » demande cependant une précision. Le programme n’a pas été abandonné. Il a été profondément réformé à partir du 15 juin 2024. L’échec concerne surtout la capacité de sa première version à atteindre rapidement les ambitions annoncées.

Le premier Mon soutien psy a rencontré des difficultés dès son déploiement

Le fonctionnement initial reposait sur un parcours beaucoup plus encadré qu’aujourd’hui. Le patient devait être adressé par un médecin et pouvait bénéficier d’un entretien d’évaluation puis de sept séances de suivi. La première consultation était tarifée 40 euros et les suivantes 30 euros. L’Assurance Maladie prenait en charge 60 % du montant, le complément pouvant relever de la complémentaire santé.

Sur le papier, le dispositif créait donc une possibilité nouvelle de remboursement des consultations psychologiques en ville. Dans les faits, la montée en charge est restée plus lente qu’espéré.

L’Assurance Maladie indique qu’en 2023, environ 2 150 psychologues étaient partenaires du programme. Ce chiffre doit être lu avec prudence puisqu’il ne signifie pas que le dispositif était absent de tout le territoire. Il montre néanmoins que l’offre conventionnée restait limitée au regard de l’ambition nationale du programme. Après la réforme, cette participation a nettement progressé.

Cette difficulté avait également atteint le débat parlementaire. En novembre 2023, le Sénat discutait déjà de la nécessité d’une évaluation qualitative et financière du dispositif afin d’examiner son fonctionnement et ses modalités d’accès. Les interrogations portaient notamment sur la satisfaction des patients et des praticiens.

Des tarifs et un parcours médical qui concentraient une partie des critiques

La rémunération proposée aux psychologues a constitué l’un des points sensibles de la première version. Le tarif des séances de suivi était fixé à 30 euros sans possibilité pour le professionnel de déterminer librement ses honoraires dans le cadre du dispositif. Cette contrainte pouvait rendre le conventionnement moins attractif pour certains psychologues libéraux, notamment lorsque leurs tarifs habituels étaient sensiblement supérieurs.

Le parcours imposait également un adressage médical préalable. Une personne souhaitant utiliser le dispositif ne pouvait donc pas simplement sélectionner un psychologue partenaire et prendre rendez-vous directement. Elle devait d’abord passer par un professionnel de santé.

Ces deux choix avaient une logique. Le tarif encadré devait permettre un remboursement homogène et l’adressage médical devait inscrire l’accompagnement psychologique dans un parcours de soins. Mais ils produisaient également des contraintes au moment même où le programme cherchait à faciliter l’accès à la psychologie.

Le fait que la réforme de juin 2024 ait précisément augmenté les tarifs et supprimé l’obligation d’adressage montre que ces paramètres étaient devenus des leviers importants pour relancer le dispositif. Il serait toutefois excessif d’attribuer à eux seuls toutes les difficultés rencontrées pendant les premières années.

Huit séances ne pouvaient pas répondre à toutes les formes de souffrance psychologique

Une autre limite tenait au positionnement même de Mon soutien psy. Le dispositif n’a jamais été conçu pour couvrir toutes les situations nécessitant une psychothérapie. Il vise principalement les personnes confrontées à une souffrance psychique d’intensité légère à modérée. Une prise en charge psychiatrique ou spécialisée reste nécessaire dans certaines situations plus sévères.

Cette frontière est importante mais parfois difficile à faire comprendre au grand public. L’existence de séances remboursées chez un psychologue pouvait donner l’impression qu’un nouveau système universel de psychothérapie remboursée venait d’être créé. Or le programme constituait plutôt une offre de première ligne encadrée.

Le nombre initial de huit rendez-vous renforçait cette limite. Quelques séances peuvent apporter une aide adaptée dans certaines situations, tandis que d’autres difficultés nécessitent un accompagnement plus long ou une organisation différente.

Le problème n’était donc pas que huit séances soient nécessairement inutiles. Il venait davantage du décalage possible entre une communication générale sur l’accès aux soins psychologiques et un dispositif volontairement limité dans son champ d’intervention.

La réforme de juin 2024 a corrigé plusieurs faiblesses de la première version

Le 15 juin 2024 marque une rupture importante. L’accès direct au psychologue partenaire devient possible sans courrier médical obligatoire. Le nombre maximal de séances passe de huit à douze par année civile. Le tarif devient également uniforme avec 50 euros pour l’entretien initial comme pour chacune des séances de suivi, sans dépassement d’honoraires.

Les effets sur le conventionnement ont été rapides. L’Assurance Maladie recensait un peu plus de 4 500 psychologues partenaires à la fin de 2024, contre environ 2 150 en 2023. Elle indique également que le nombre de nouveaux bénéficiaires avait presque doublé entre la fin de 2023 et celle de 2024.

Lire également : Le dispositif « Mon soutien psy » évolue en 2025 : ce qu’il faut savoir pour accéder à un accompagnement psychologique remboursé

L’évaluation gouvernementale publiée en 2025 apporte une autre photographie. Au 28 février 2025, le dispositif comptabilisait 5 217 psychologues conventionnés, près de 587 000 patients accompagnés depuis sa création et environ 3,1 millions de séances réalisées. Le ministère précise lui-même que les chiffres avaient fortement évolué après les modifications apportées au programme.

Ces résultats n’effacent pas toutes les interrogations concernant Mon soutien psy. Ils rendent néanmoins difficile de parler d’un « échec » continu depuis 2022 sans distinguer les différentes périodes.

Les difficultés de Mon soutien psy ont surtout révélé les limites d’un premier modèle

L’histoire du dispositif illustre la difficulté de créer rapidement une nouvelle porte d’entrée vers les soins psychologiques.

Sa première version a rencontré plusieurs obstacles en même temps. L’adhésion des professionnels était encore limitée, la rémunération suscitait des réticences, l’adressage médical ajoutait une étape et le nombre de séances réduisait nécessairement le champ des accompagnements possibles.

La réponse publique n’a finalement pas été d’abandonner Mon soutien psy, mais d’en modifier plusieurs paramètres essentiels.

Ce retournement est probablement l’enseignement le plus intéressant. Un dispositif peut répondre à un besoin réel tout en être initialement mal calibré. Son utilité théorique ne garantit ni l’adhésion des professionnels ni la simplicité du parcours pour les patients.

L’expression « échec de Mon soutien psy » décrit donc mieux les difficultés de la première architecture du programme que sa situation actuelle. Depuis sa réforme, l’offre conventionnée s’est développée et davantage de patients l’utilisent, même si la question de la place exacte de ce dispositif dans l’ensemble de l’offre de santé mentale reste ouverte.

L’équipe de rédaction de Mon-Psychotherapeute.Com regroupe des professionnels passionnés et expérimentés dans le domaine de la psychologie, de la psychothérapie et du développement personnel. Nos rédacteurs sont dédiés à fournir des articles informatifs et des ressources précieuses pour vous accompagner dans votre parcours émotionnel et mental.

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L’accès direct au psychologue, les douze séances et la revalorisation du tarif ont changé son fonctionnement, mais votre expérience permet aussi de mesurer ce que ces évolutions ont réellement apporté sur le terrain.

2 réponses

  1. le nombre de psychologues ayant rejoint le dispositif « Mon soutien psy » est bien inférieur à 20% des psychologues en exercice.

    Selon les informations actualisées :

    En octobre 2024, 3 550 psychologues étaient inclus dans le dispositif « Mon soutien psy »13.

    Le nombre de psychologues rejoignant le dispositif augmente d’environ 500 par mois depuis l’été 20241.

    Au 23 février 2025 (date actuelle), on peut estimer qu’environ 5 000 à 6 000 psychologues participent au dispositif, en tenant compte de la croissance mensuelle.

    Pour mettre ces chiffres en perspective, il faut considérer qu’il y a environ 70 000 psychologues en exercice en France. Ainsi, le pourcentage de psychologues participant au dispositif « Mon soutien psy » serait plutôt de l’ordre de 7% à 8,5%, bien loin des 20% !!

  2. Bonjour,

    Vous oubliez deux points primordiaux :
    – le dispositif était réservé aux personnes en faible souffrance psychique. Excluant donc les personnes les plus en détresse, et
    – il induisait un rétablissement possible en 8 séances maximum, avec une temporalité elle aussi décidée par le dispositif et non par l’humain en bénéficiant ou l’humain soignant.

    Par ailleurs, la vraie solution serait plutôt de ne pas pousser les gens à tomber malade par une société et un marché du travail toujours plus anxiogènes et maltraitants.

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