Musique et écrans pendant les devoirs, la concentration ne réagit pas de la même façon

Musique et écrans pendant les devoirs, la concentration ne réagit pas de la même façon

Certains enfants réclament leur playlist avant même d’ouvrir le cahier. D’autres gardent leur téléphone posé à côté de la trousse, écran retourné mais notifications toujours actives. Pour les parents, la tentation est grande de trancher simplement en imposant le silence et en éloignant tous les appareils.

La réalité est moins binaire. Une musique discrète n’occupe pas nécessairement l’attention de la même manière qu’un message qui apparaît, qu’une vidéo ouverte dans un autre onglet ou qu’un téléphone consulté toutes les trois minutes. Tout dépend de ce que l’enfant doit faire et de la quantité d’attention que l’environnement lui réclame en parallèle.

L’enjeu n’est donc pas de rendre les devoirs parfaitement silencieux. Il consiste à éviter qu’une seconde activité entre constamment en concurrence avec la première.

Écouter de la musique en faisant ses devoirs n’est pas toujours une distraction

La musique de fond est souvent présentée comme l’ennemie naturelle de la concentration. Pourtant, son effet n’est pas uniforme. Une étude de Susan Hallam, John Price et Georgia Katsarou publiée dans Educational Studies a examiné les performances d’enfants de 10 à 12 ans dans des tâches d’arithmétique et de mémoire. Une musique jugée calme et relaxante était associée à de meilleures performances que la condition sans musique. À l’inverse, une musique perçue comme stimulante, agressive et désagréable perturbait les performances lors de la tâche de mémoire.

Ces résultats ne signifient évidemment pas qu’une playlist améliore automatiquement les devoirs. L’étude portait sur des conditions musicales précises et sur des tâches déterminées. Elle montre surtout qu’il est trop rapide de classer toutes les musiques dans une même catégorie.

Chez certains enfants, un fond sonore stable peut rendre une tâche répétitive plus supportable et limiter la sensation d’ennui. Chez d’autres, le moindre refrain devient un événement auquel l’attention revient régulièrement.

Le meilleur indicateur reste alors le travail lui-même. L’enfant avance-t-il normalement, comprend-il ce qu’il lit et retrouve-t-il facilement le fil de son raisonnement ?

Les paroles prennent davantage de place pendant la lecture et la rédaction

Toutes les matières ne mobilisent pas les mêmes ressources. Recopier quelques éléments, effectuer un exercice déjà maîtrisé ou colorier une carte ne demande pas la même attention verbale que lire un texte complexe, rédiger une réponse ou apprendre une définition.

La musique comportant des paroles mérite alors davantage de prudence. Les mots entendus peuvent entrer en concurrence avec ceux que l’enfant cherche à lire, retenir ou produire. Il peut continuer à travailler tout en devant fournir un effort supplémentaire pour ignorer la chanson.

Cette difficulté se remarque parfois de manière très concrète. L’enfant recommence plusieurs fois une phrase, perd l’endroit où il lisait ou écrit quelques mots avant de s’arrêter au moment où arrive son passage préféré.

La musique n’a pas besoin d’être interdite définitivement pour autant. Il peut être plus intéressant de modifier l’environnement selon la tâche. Une activité mécanique peut être réalisée avec un fond musical que l’enfant tolère bien, tandis qu’un texte exigeant peut justifier quelques minutes de silence.

L’expérience menée par Hallam et ses collègues invite justement à regarder la nature du son plutôt qu’à opposer simplement musique et absence de musique.

Téléphone et notifications fragmentent le travail d’une autre manière

Le téléphone pose un problème différent. Il n’est pas seulement un bruit de fond. Une notification possède une signification. Quelqu’un a écrit, une application demande une réaction ou un nouveau contenu est disponible. Même sans ouvrir immédiatement le message, l’enfant sait qu’une information l’attend.

Son attention doit alors choisir entre poursuivre le problème commencé et vérifier ce qui vient d’arriver.

Un téléphone placé à côté du cahier peut ainsi transformer les devoirs en succession de petites interruptions. L’enfant lit une consigne, regarde un message puis revient au cahier. Quelques minutes plus tard, il consulte une vidéo envoyée par un ami avant de reprendre son exercice.

Le temps perdu ne correspond pas uniquement aux secondes passées sur l’écran. Il faut aussi retrouver la consigne, se rappeler l’étape précédente et reconstruire le raisonnement interrompu.

La différence avec une musique stable devient importante. Une chanson peut rester en arrière-plan pendant plusieurs minutes. Une messagerie demande au contraire régulièrement de décider s’il faut regarder, répondre ou attendre.

Pour cette raison, couper les notifications ou éloigner temporairement le téléphone constitue souvent une mesure plus pertinente qu’interdire systématiquement toute musique.

Un écran utile aux devoirs doit rester un outil et non devenir une seconde activité

Supprimer tous les écrans serait également difficile à défendre puisque le travail scolaire lui-même peut nécessiter un ordinateur ou une tablette.

Une recherche documentaire, un manuel numérique, un exercice en ligne ou un document envoyé par l’établissement impose parfois de travailler directement sur écran.

La véritable question devient alors celle de la coexistence des usages. Un ordinateur utilisé pour rédiger un exposé ne pose pas le même problème si seuls le document et les ressources nécessaires sont ouverts. La situation change lorsqu’un réseau social reste accessible dans un onglet, qu’une messagerie fonctionne en arrière-plan ou qu’une plateforme vidéo attend à quelques clics.

L’enfant peut avoir l’impression de faire deux choses sans difficulté parce qu’il revient rapidement à son travail. Cette rapidité ne signifie pourtant pas que les deux activités sont réellement traitées simultanément. Il passe surtout de l’une à l’autre.

Le cadre le plus simple consiste à rendre l’écran aussi monotâche que possible durant les devoirs. Les applications inutiles peuvent être fermées, les notifications suspendues et les contenus de loisir laissés pour plus tard.

L’objectif n’est pas de transformer l’ordinateur en environnement austère. Il s’agit de réduire le nombre de décisions concurrentes pendant une période où l’enfant doit déjà gérer les exigences scolaires.

Le silence total n’est pas une règle universelle pour bien se concentrer

Les habitudes individuelles comptent enfin beaucoup. Un enfant peut travailler efficacement dans un silence complet tandis qu’un autre trouve ce silence inconfortable et préfère un léger fond sonore. Imposer une règle identique à toute la fratrie peut donc créer des contraintes inutiles.

Les parents disposent d’un moyen assez simple pour juger la situation. Ils peuvent observer le résultat sur plusieurs séances plutôt que se fier uniquement aux préférences déclarées.

Avec de la musique, l’enfant travaille-t-il aussi précisément ? Relit-il davantage ses consignes ? Ses devoirs durent-ils beaucoup plus longtemps ? Peut-il expliquer ce qu’il vient d’apprendre sans couper plusieurs fois sa musique ou consulter son téléphone ?

Si le travail reste fluide et correctement compris, il n’existe pas forcément de raison de supprimer un fond sonore simplement par principe. Si l’enfant saute d’une chanson à l’autre, répond aux messages et perd constamment le fil de son exercice, l’environnement mérite en revanche d’être simplifié.

Les travaux de Hallam et de ses collègues rappellent d’ailleurs qu’une même étiquette, « musique », recouvre des environnements sonores très différents. Une ambiance calme et un morceau fortement stimulant n’ont pas produit les mêmes résultats chez les enfants étudiés.

La bonne règle familiale n’est donc probablement ni « aucun son » ni « fais comme tu veux ». Elle consiste à protéger les tâches qui demandent le plus de concentration et à retirer en priorité les sollicitations qui interrompent réellement le travail.

L’équipe de rédaction de Mon-Psychotherapeute.Com regroupe des professionnels passionnés et expérimentés dans le domaine de la psychologie, de la psychothérapie et du développement personnel. Nos rédacteurs sont dédiés à fournir des articles informatifs et des ressources précieuses pour vous accompagner dans votre parcours émotionnel et mental.

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Derrière deux scènes qui paraissent également connectées se cachent parfois des conditions de concentration très différentes.

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