Une opération mal comprise peut désormais conduire en quelques secondes vers une vidéo explicative. Une photographie d’exercice peut obtenir une correction détaillée. Une application propose des quiz tandis qu’une intelligence artificielle est capable de rédiger une réponse presque instantanément.
Pour les familles, l’aide aux devoirs en ligne n’a jamais été aussi accessible. Cette abondance crée pourtant un nouveau problème. Un outil peut donner la bonne réponse sans avoir réellement aidé l’enfant à apprendre.
Le critère le plus important n’est donc pas de savoir si une application est moderne, amusante ou présentée comme éducative. Il faut observer ce qu’elle demande réellement à l’enfant. Doit-il réfléchir, essayer et corriger son raisonnement ou peut-il simplement suivre les réponses produites devant lui ?
Une application éducative n’est pas forcément un bon outil pour les devoirs
Le mot « éducatif » possède une force rassurante. Sur une application ou une plateforme, il donne immédiatement l’impression que le temps passé devant l’écran sera utile aux apprentissages.
Cette promesse mérite pourtant d’être examinée. Marisa Meyer et ses collègues ont analysé 124 applications éducatives destinées aux jeunes enfants. Les chercheurs se sont intéressés à quatre dimensions considérées comme importantes pour l’apprentissage, notamment l’activité réelle de l’enfant, son engagement dans la tâche, le caractère significatif du contenu et les possibilités d’interaction sociale.
Le bilan était loin d’être uniformément favorable. Les scores obtenus par les applications étaient globalement faibles sur ces différentes dimensions. Les applications gratuites obtenaient également des résultats moins favorables sur certains critères, en partie en raison d’éléments susceptibles de détourner l’attention de l’apprentissage.
Cette étude concerne de jeunes enfants et ne permet pas de juger toutes les ressources scolaires disponibles pour les élèves plus âgés. Elle rappelle néanmoins une règle particulièrement utile pour les parents. Une application ne devient pas pédagogiquement intéressante simplement parce qu’elle propose des additions, du vocabulaire ou des exercices de français.
L’interface peut être séduisante tandis que l’activité cognitive demandée reste pauvre. Pour choisir une ressource d’aide aux devoirs, mieux vaut donc regarder ce que fait l’enfant plutôt que ce que promet la présentation de l’outil.
Le bon outil laisse du temps à l’enfant pour chercher avant de corriger
Une ressource numérique devient intéressante lorsqu’elle intervient au bon moment. Prenons un enfant confronté à un problème de mathématiques. Une application qui affiche immédiatement toutes les étapes de résolution peut supprimer la difficulté, mais également supprimer une grande partie du travail intellectuel nécessaire pour apprendre.
Un autre outil peut commencer par lui demander de choisir une méthode, de saisir une première réponse ou de repérer son erreur avant de lui proposer un indice. L’expérience est très différente.
Dans le premier cas, l’enfant regarde une solution. Dans le second, il doit agir sur le problème. La distinction vaut aussi pour les langues. Une application qui fait simplement défiler des mots avec leur traduction ne sollicite pas l’enfant comme un exercice qui lui demande de retrouver lui-même le terme recherché avant d’obtenir une correction.
L’étude de Meyer et de ses collègues s’appuie justement sur l’idée qu’une expérience numérique éducative gagne à maintenir l’enfant actif et engagé dans l’apprentissage plutôt qu’à accumuler des animations sans rapport direct avec l’objectif pédagogique.
Pour les devoirs, un bon test consiste donc à observer les premières secondes d’utilisation. L’outil demande-t-il quelque chose à l’enfant avant de lui montrer la réponse ?
Si ce n’est jamais le cas, son efficacité apparente peut simplement venir du fait qu’il fait une partie du travail à sa place.
Intelligence artificielle et correction automatique changent la frontière de l’aide
L’arrivée des outils capables de résoudre un exercice à partir d’une photographie ou d’une consigne écrite rend cette question encore plus importante.
Utilisée avec mesure, une intelligence artificielle peut reformuler une consigne, proposer un exemple différent ou aider à identifier une étape mal comprise. Le problème apparaît lorsque l’enfant passe directement de l’énoncé à une réponse déjà construite.
Il devient alors difficile de savoir ce qu’il maîtrise réellement. Une correction automatique peut produire un effet similaire. Voir immédiatement qu’une réponse est fausse est utile si l’enfant dispose ensuite d’une possibilité de reprendre son raisonnement. Recevoir immédiatement la bonne réponse peut, au contraire, encourager une succession rapide de tentatives sans véritable analyse.
Le rôle du parent change donc légèrement. Il n’a pas besoin de connaître tous les outils utilisés, mais il peut s’intéresser à la manière dont son enfant s’en sert.
A-t-il essayé avant d’ouvrir l’application ? Peut-il expliquer la solution après l’avoir consultée ? Serait-il capable de résoudre un exercice comparable sans l’outil ?
Ces questions renseignent davantage sur l’apprentissage réel que le simple fait d’avoir terminé la page demandée. L’outil numérique devrait servir d’appui après ou pendant un effort intellectuel. Il devient beaucoup plus discutable lorsqu’il permet de contourner cet effort.
Publicité, points et animations peuvent éloigner l’enfant de sa leçon
Une application peut contenir de bons exercices et rester mal adaptée au temps des devoirs. Notifications, publicités, récompenses permanentes, animations ou propositions de contenus supplémentaires attirent facilement l’attention hors de la tâche initiale.
Le résultat peut être paradoxal. L’enfant avait besoin de dix minutes pour revoir une notion et se retrouve vingt minutes plus tard à naviguer entre différentes fonctions de l’application.
L’analyse menée par Meyer et ses collègues a justement relevé l’importance des éléments distracteurs dans l’évaluation des applications étudiées. Les applications gratuites obtenaient notamment des scores plus faibles concernant l’engagement dans le processus d’apprentissage et leur qualité globale était également inférieure dans cette étude.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une application payante est automatiquement meilleure ou qu’un outil gratuit est mauvais. Le prix ne constitue pas un critère pédagogique suffisant.
Le parent peut plutôt regarder si l’écran reste centré sur la tâche scolaire. Un exercice de conjugaison a-t-il réellement besoin d’effets sonores permanents, de monnaie virtuelle ou d’une succession de récompenses ?
Plus le décor prend de place, plus il devient utile de vérifier que l’enfant travaille encore la compétence qu’il était venu exercer.
Choisir une ressource selon le devoir plutôt que chercher l’application parfaite
Il n’existe probablement pas un outil idéal pour tous les devoirs. Une vidéo courte peut aider à revoir une explication mal comprise. Un quiz peut être pertinent pour vérifier quelques connaissances. Un exercice interactif peut permettre de s’entraîner. Une intelligence artificielle peut parfois reformuler une notion difficile.
La qualité dépend surtout de l’usage. Avant d’ouvrir une ressource numérique, l’enfant devrait idéalement pouvoir formuler son besoin. Cherche-t-il à comprendre une règle, vérifier une réponse, s’entraîner ou mémoriser une information ?
Cette étape évite de lancer systématiquement une application dès qu’une difficulté apparaît. Le même principe permet aux parents de mieux juger une ressource. Un bon outil ne se contente pas de maintenir l’enfant devant l’écran. Il lui permet de revenir ensuite à son cahier avec davantage de compréhension ou de capacité à travailler seul.
La meilleure application d’aide aux devoirs est parfois celle que l’enfant peut fermer rapidement. Si, après quelques minutes, il reprend son exercice, explique ce qu’il vient de comprendre et poursuit sans assistance, le numérique a probablement rempli sa fonction.
