Un adolescent peut cacher une grande partie de son mal-être à sa famille tout en laissant apparaître certains changements auprès de ses amis. Un message inhabituel envoyé tard le soir, des invitations régulièrement refusées ou une confidence plus sombre que d’habitude peuvent alors placer un camarade dans une position délicate. Il comprend que son ami traverse quelque chose de difficile, sans toujours savoir jusqu’où intervenir.
Les amis occupent une place particulière face à la dépression d’un adolescent. Ils partagent les journées de cours, les conversations, les sorties et une partie de la vie sociale qui échappe parfois aux adultes. Cette proximité peut maintenir un lien précieux, mais elle peut aussi devenir lourde lorsqu’un jeune commence à se sentir responsable de l’état de son camarade.
Les amis peuvent remarquer un changement chez un adolescent dépressif
Un ami connaît souvent des habitudes très précises. Il sait comment son camarade participe aux conversations, à quelle fréquence il répond aux messages, quelles activités l’intéressent ou dans quelles situations il aime habituellement rejoindre le groupe.
Un changement durable peut donc attirer son attention. Un adolescent très présent peut devenir plus distant, multiplier les refus ou paraître inhabituellement absent dans les échanges. L’important tient moins à un comportement isolé qu’à l’écart avec sa manière habituelle d’être avec ses amis.
Cette proximité donne surtout l’occasion d’ouvrir une conversation. Dire que l’on a remarqué un changement ou que l’on s’inquiète permet au camarade de comprendre que son mal-être n’est pas passé totalement inaperçu.
Il peut répondre immédiatement, minimiser ce qu’il traverse ou avoir besoin de temps avant de parler. L’ami n’a pas à obtenir des confidences à tout prix. Sa présence peut déjà créer un point de contact auquel l’adolescent pourra revenir lorsqu’il se sentira capable de s’exprimer.
Soutenir un ami adolescent dépressif sans lui imposer de parler
Le soutien amical passe souvent par des gestes ordinaires. Continuer à envoyer occasionnellement un message, proposer une sortie sans insister après un refus ou maintenir une place dans le groupe permet de préserver le lien avec un adolescent qui a de plus en plus de mal à participer à la vie sociale.
Une invitation peut garder de la valeur même lorsqu’elle est refusée. Elle rappelle au jeune qu’il continue d’être attendu sans lui demander de fournir immédiatement l’énergie nécessaire pour rejoindre les autres. Une promenade, un trajet partagé ou un moment calme peuvent aussi être plus accessibles qu’une longue soirée.
L’écoute prend une autre importance lorsqu’une confidence arrive. Un adolescent n’a pas besoin de trouver immédiatement une solution à tout ce que son ami lui raconte. Il peut écouter, reconnaître que la situation paraît difficile et montrer qu’il reste disponible pour reparler.
Une étude australienne publiée en 2022 par Laura M. Hart et ses collègues a suivi des lycéens formés au programme teen Mental Health First Aid. Parmi les 1 624 élèves ayant participé à l’évaluation initiale, 894 ont répondu douze mois plus tard. Les adolescents formés formulaient alors des intentions d’aide plus adaptées face à un camarade présenté comme souffrant de dépression avec un risque suicidaire. Ils se montraient également davantage disposés à demander l’aide d’un adulte ou d’un professionnel.
Ces résultats montrent que soutenir un camarade ne consiste pas seulement à rester disponible. Une aide adaptée suppose aussi de reconnaître les situations dans lesquelles l’intervention d’un adulte devient nécessaire.
Une confidence inquiétante d’un ami adolescent dépressif doit être transmise à un adulte
Recevoir une confidence grave peut placer un adolescent dans un conflit de loyauté. Son ami peut lui demander de garder le secret et lui faire comprendre que leur relation dépend de cette promesse. La peur de perdre sa confiance peut alors empêcher de parler à un adulte.
Une inquiétude concernant la sécurité du jeune change pourtant la situation. Des propos évoquant le suicide, l’intention de se faire du mal ou une menace suffisamment préoccupante ne doivent pas rester uniquement entre deux adolescents.
Le camarade peut transmettre ce qu’il a entendu à un parent, à l’infirmière scolaire, à un professeur, au conseiller principal d’éducation ou à un autre adulte capable de prendre la situation au sérieux. Il n’a pas besoin de déterminer lui-même la gravité clinique de ce qui lui a été confié ni de choisir le professionnel qui devra intervenir.
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L’étude australienne retrouvait justement, douze mois après la formation, une amélioration des croyances concernant l’aide apportée par les adultes et des intentions de recherche d’aide. Le passage de relais fait donc partie d’une réponse adaptée face à la souffrance d’un camarade.
L’ami dépressif peut mal vivre cette démarche et se sentir trahi dans un premier temps. L’adolescent qui alerte peut alors expliquer qu’il a parlé parce que ce qui lui avait été confié lui semblait trop important pour rester seul à le porter.
Un ami adolescent ne peut pas porter seul la dépression de son camarade
La proximité avec un camarade dépressif peut progressivement créer une responsabilité difficile à supporter. Un jeune peut commencer à surveiller constamment son téléphone, craindre chaque absence de réponse ou penser qu’il doit rester disponible à toute heure pour empêcher la situation de s’aggraver.
Cette place dépasse rapidement ce qu’un adolescent peut assumer. Il peut rester proche, prendre des nouvelles et continuer à partager des moments avec son ami, mais il ne peut pas devenir seul responsable de sa sécurité ou de son rétablissement.
Faire intervenir un adulte permet de répartir cette responsabilité. Le camarade peut alors conserver une place qui reste celle d’un ami, avec des échanges ordinaires, des activités communes et des moments qui ne sont pas entièrement organisés autour de la dépression.
Cette limite protège également la relation. Une amitié devient difficile à préserver si l’un des adolescents doit constamment vérifier l’état de l’autre ou craindre qu’un silence annonce une aggravation. Le soutien reste plus tenable lorsque d’autres personnes peuvent intervenir autour du jeune dépressif.
Soutenir un ami adolescent dépressif consiste ainsi à maintenir un lien sans devenir son unique point d’appui. Une amitié peut permettre qu’une souffrance soit remarquée, qu’une confidence soit entendue et qu’une aide soit recherchée. Transmettre une inquiétude à un adulte fait pleinement partie de ce soutien lorsque la situation devient trop préoccupante pour rester uniquement entre adolescents.
