Différences cérébrales entre hommes et femmes, que montrent réellement les neurosciences ?

Différences cérébrales entre hommes et femmes, que montrent réellement les neurosciences ?

Existe-t-il réellement des différences entre le cerveau des hommes et celui des femmes ? La question fascine autant qu’elle expose aux raccourcis. Une différence observée dans une image cérébrale peut rapidement devenir, dans le langage courant, la preuve que les hommes et les femmes penseraient, ressentiraient ou décideraient de manière fondamentalement différente.

Les neurosciences apportent une réponse beaucoup plus nuancée. Des différences de fonctionnement cérébral peuvent être détectées statistiquement entre des groupes masculins et féminins. Elles ne permettent pourtant pas de déduire simplement les capacités, la personnalité ou le comportement d’une personne à partir de son sexe.

Que montrent réellement les différences cérébrales entre hommes et femmes ?

Une étude dirigée par Srikanth Ryali et publiée en 2024 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences a analysé l’organisation fonctionnelle du cerveau chez de jeunes adultes. Les chercheurs se sont intéressés à l’activité spontanée de différents réseaux cérébraux lorsque les participants étaient au repos.

Leur analyse a mis en évidence des configurations permettant de distinguer les données provenant des participants masculins et féminins. Les différences les plus marquées concernaient notamment le réseau du mode par défaut, le striatum et certaines régions du réseau limbique. Ces ensembles participent à de nombreuses fonctions complexes et ne correspondent pas à une aptitude unique que l’on pourrait facilement attribuer à un sexe.

Le résultat est donc plus précis que l’idée souvent résumée par l’expression « cerveau masculin » ou « cerveau féminin ». Les chercheurs ont identifié des caractéristiques de l’organisation fonctionnelle associées au sexe dans les populations étudiées. Ils n’ont pas découvert deux architectures cérébrales entièrement différentes fonctionnant selon des règles opposées.

Cette distinction est essentielle. Une différence moyenne entre deux groupes renseigne sur une population étudiée, mais elle ne permet pas de dresser le portrait psychologique d’un homme ou d’une femme en particulier.

Comment l’imagerie cérébrale et l’intelligence artificielle repèrent-elles ces différences ?

Les chercheurs ont utilisé des données obtenues par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle au repos. Cette technique permet d’étudier les variations d’activité de différentes régions et la manière dont elles évoluent simultanément. Ces avancées en imagerie cérébrale donnent aujourd’hui accès à des organisations fonctionnelles difficiles à observer avec les méthodes plus anciennes.

L’équipe de Ryali a associé ces données à un modèle d’apprentissage profond capable d’analyser les dynamiques cérébrales dans le temps et dans l’espace. Le modèle a été entraîné sur une première cohorte puis évalué sur d’autres ensembles de données indépendants afin de vérifier si les résultats pouvaient être reproduits.

Au total, les analyses ont porté sur environ 1 500 jeunes adultes âgés de 20 à 35 ans. La classification obtenue dépassait 90 pour cent de précision dans plusieurs analyses, y compris lors de l’utilisation de cohortes indépendantes. Cette reproductibilité constitue précisément l’un des intérêts majeurs de ce travail.

Une telle performance ne signifie cependant pas que l’on pourrait regarder une image du cerveau et connaître immédiatement la personnalité, les goûts ou les compétences de quelqu’un. Le modèle reconnaît des configurations statistiques complexes dans des données fonctionnelles. Il ne lit ni les pensées ni les comportements futurs.

Ces résultats expliquent-ils des différences de capacités entre hommes et femmes ?

C’est à cet endroit que la prudence devient indispensable. Détecter une différence dans l’organisation fonctionnelle du cerveau ne permet pas de conclure automatiquement que les hommes seraient naturellement meilleurs dans certaines activités et les femmes dans d’autres.

La précédente version de cet article allait trop loin en reliant directement ces différences cérébrales aux capacités visuospatiales, aux aptitudes motrices, à la reconnaissance des expressions faciales ou encore aux compétences sociales. L’étude de Ryali ne permet pas de construire un tel catalogue de facultés masculines et féminines.

Les chercheurs ont bien examiné les relations entre certaines caractéristiques cérébrales et différents profils cognitifs. Leur travail suggère que des caractéristiques fonctionnelles associées au sexe peuvent également être liées à certaines mesures cognitives. Ces résultats restent des associations observées dans les populations étudiées et non des règles permettant de prévoir les performances d’un individu.

Les différences entre personnes restent considérables. Deux hommes peuvent présenter des profils cognitifs très éloignés, tout comme deux femmes. Le sexe constitue une variable biologique importante en neurosciences sans devenir pour autant une grille capable d’expliquer à elle seule l’intelligence, les émotions ou les comportements humains.

Différences moyennes ne signifie pas deux cerveaux complètement opposés

L’expression « cerveau câblé différemment » donne facilement l’impression de deux systèmes séparés dès la naissance. Le cerveau humain est pourtant beaucoup plus complexe. Les caractéristiques mesurées par l’imagerie sont nombreuses et chaque individu possède une combinaison particulière de traits biologiques, fonctionnels et développementaux.

L’étude de Ryali montre qu’un modèle informatique peut reconnaître des informations associées au sexe dans les dynamiques cérébrales. Elle ne signifie pas que chaque région du cerveau possède une version masculine et une version féminine. Les différences identifiées concernent certains motifs d’organisation et leurs relations au sein de plusieurs réseaux.

Cette nuance évite également de transformer une observation scientifique en explication déterministe des comportements. Constater une différence cérébrale entre deux groupes ne permet pas de décider quelle part provient directement du sexe biologique, des hormones, du développement ou de l’ensemble des expériences vécues au cours de la vie.

Parler de différences cérébrales entre hommes et femmes reste donc pertinent à condition de conserver l’échelle à laquelle elles sont observées. Les neurosciences décrivent des tendances mesurables dans des populations. Elles ne distribuent pas des aptitudes individuelles en fonction du sexe.

Pourquoi les différences liées au sexe intéressent-elles la recherche médicale ?

L’un des enjeux les plus sérieux de ces travaux concerne moins la comparaison des capacités quotidiennes que la compréhension des maladies neurologiques et psychiatriques. Certaines pathologies ne présentent pas la même fréquence, le même âge d’apparition ou les mêmes manifestations selon le sexe.

Les réseaux mis en évidence par Ryali et ses collègues sont également impliqués dans plusieurs troubles étudiés en psychiatrie et en neurologie. Les auteurs considèrent donc que mieux caractériser les différences fonctionnelles associées au sexe pourrait contribuer à étudier plus finement certaines vulnérabilités et leurs manifestations.

Il serait prématuré d’en déduire que les examens cérébraux permettront bientôt de proposer systématiquement un traitement différent aux hommes et aux femmes. Le travail constitue surtout une étape méthodologique qui montre que le sexe mérite d’être pris en compte comme variable dans certaines recherches sur le cerveau et les troubles qui l’affectent.

La question n’est finalement pas de savoir si les hommes possèdent un cerveau d’un type et les femmes un cerveau d’un autre. Elle consiste plutôt à déterminer quelles différences moyennes sont réellement reproductibles, quelle importance elles possèdent et jusqu’où il est raisonnable de les interpréter.

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