Dépression et miR-1202, ce microARN peut-il aider à prédire la réponse aux antidépresseurs ?

Dépression et miR-1202, ce microARN peut-il aider à prédire la réponse aux antidépresseurs ?

En 2014, une équipe dirigée par des chercheurs de l’Université McGill et de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas attire l’attention sur une petite molécule jusque-là peu connue du grand public. Son nom est miR-1202. Présent chez les primates et particulièrement exprimé dans le cerveau humain, ce microARN semble présenter des caractéristiques différentes chez les personnes souffrant de dépression.

La découverte suscite rapidement de l’intérêt parce qu’elle ne concerne pas seulement la compréhension biologique du trouble dépressif. Les chercheurs observent également une relation entre miR-1202 et la manière dont certains patients répondent à un traitement antidépresseur.

Il serait pourtant trompeur de parler d’un nouveau médicament contre la dépression. MiR-1202 n’est pas un antidépresseur. La piste ouverte en 2014 concerne davantage la recherche de biomarqueurs capables de renseigner sur certains mécanismes de la maladie et, éventuellement, sur la probabilité qu’une personne réponde à un traitement.

MiR-1202 est un microARN et non un nouveau médicament contre la dépression

Les microARN sont de petites molécules qui participent à la régulation de l’expression des gènes. Ils n’agissent donc pas comme les molécules actives présentes dans les médicaments. Leur rôle se situe davantage dans la manière dont certaines informations génétiques sont utilisées par les cellules.

L’équipe de Juan Pablo Lopez et Gustavo Turecki s’est intéressée à miR-1202 parce que ce microARN présentait plusieurs caractéristiques particulières. Les chercheurs l’ont décrit comme spécifique aux primates et fortement représenté dans le cerveau humain, deux éléments qui en faisaient un candidat intéressant pour explorer certains mécanismes biologiques associés à la dépression.

L’étude publiée dans Nature Medicine en juin 2014 s’appuyait notamment sur des tissus cérébraux humains, des expériences cellulaires et des échantillons provenant de patients souffrant de dépression. Les résultats montraient une expression différente de miR-1202 chez les personnes dépressives par rapport aux personnes non dépressives.

Cette observation ne signifie pas que le niveau de miR-1202 suffit à diagnostiquer une dépression. Elle suggère plutôt qu’une variation de ce microARN pourrait être associée à certains processus biologiques présents dans le trouble dépressif.

Le niveau de miR-1202 a attiré l’attention dans la réponse aux antidépresseurs

L’aspect le plus intrigant de la découverte concernait la réponse au traitement. Tous les patients recevant un antidépresseur ne connaissent pas la même évolution. Pour la recherche médicale, identifier à l’avance des indicateurs biologiques associés à une meilleure réponse représente donc un enjeu important.

Dans les données analysées en 2014, les chercheurs ont observé que le niveau de miR-1202 avant le traitement différait selon la réponse ultérieure des patients. Chez certaines personnes répondant favorablement aux antidépresseurs, son expression évoluait également pendant le traitement.

Cette association a conduit l’équipe à envisager miR-1202 comme un biomarqueur potentiel de la réponse aux antidépresseurs. Le terme « potentiel » reste essentiel. Les résultats montraient une relation intéressante, mais ils ne permettaient pas de transformer immédiatement ce microARN en test permettant de déterminer quel médicament prescrire à chaque patient.

La distinction est importante pour éviter une interprétation excessive. Une association biologique observée dans une étude constitue une piste de recherche. Avant qu’un marqueur puisse entrer dans la pratique médicale courante, sa fiabilité doit être suffisamment établie et son utilité clinique démontrée dans des conditions adaptées.

MiR-1202 apporte aussi une piste sur les mécanismes biologiques de la dépression

L’intérêt de miR-1202 ne reposait pas uniquement sur sa capacité éventuelle à renseigner sur la réponse thérapeutique. Les chercheurs ont également étudié son interaction avec un gène appelé GRM4, qui code pour un récepteur métabotropique du glutamate.

Le glutamate joue un rôle majeur dans la communication entre les neurones. La relation observée entre miR-1202 et GRM4 suggérait ainsi qu’une partie de l’intérêt de ce microARN pouvait se situer dans la régulation de mécanismes liés à la transmission glutamatergique.

L’étude montrait que miR-1202 pouvait réguler l’expression de GRM4. Cette interaction offrait une piste biologique permettant de relier les variations du microARN aux mécanismes cérébraux étudiés dans la dépression et dans la réponse aux traitements.

Il serait néanmoins excessif d’en déduire qu’un mécanisme biologique unique expliquerait la dépression. Le trouble dépressif résulte d’interactions beaucoup plus complexes. MiR-1202 représente une pièce possible de cet ensemble, et non une explication générale de la maladie.

Un biomarqueur pourrait un jour aider à mieux personnaliser les traitements

La perspective qui rend miR-1202 particulièrement intéressante concerne la psychiatrie personnalisée. Aujourd’hui encore, la réponse à un traitement ne peut pas être déduite avec certitude à partir d’un seul indicateur biologique. La recherche tente donc d’identifier des marqueurs susceptibles d’apporter des informations supplémentaires sur les différences entre patients.

Un biomarqueur suffisamment fiable pourrait théoriquement aider les médecins à mieux anticiper certaines réponses thérapeutiques. Une telle possibilité réduirait l’incertitude entourant le choix initial d’un traitement et permettrait d’adapter plus précisément certaines décisions médicales au profil biologique du patient.

MiR-1202 s’inscrivait précisément dans cette perspective dans l’étude de 2014. Les chercheurs suggéraient qu’il pourrait contribuer à prédire la réponse aux antidépresseurs et constituer éventuellement une cible pour le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Cette perspective ne signifie pas que le dosage de miR-1202 permette actuellement à un patient de connaître à l’avance l’antidépresseur qui fonctionnera pour lui. L’intérêt de la découverte réside davantage dans la direction qu’elle ouvre pour la recherche sur les marqueurs biologiques de la dépression.

La découverte de miR-1202 doit rester une piste scientifique et non une promesse thérapeutique

Les annonces autour des découvertes biologiques en psychiatrie peuvent rapidement donner l’impression qu’un nouveau traitement est sur le point d’arriver. Entre l’identification d’une molécule intéressante et son utilisation concrète auprès des patients, les étapes scientifiques restent pourtant nombreuses.

L’étude sur miR-1202 apportait principalement trois informations. Ce microARN présente une expression particulière dans la dépression, il interagit avec un système biologique intéressant pour la compréhension de la maladie et son niveau semble associé à la réponse aux antidépresseurs chez les patients étudiés.

Ces résultats suffisent à faire de miR-1202 une piste scientifique remarquable sans lui attribuer des capacités qu’elle n’a pas démontrées. Il ne s’agit ni d’un nouveau médicament contre la dépression ni d’un outil permettant à lui seul de choisir un antidépresseur.

La véritable avancée réside ailleurs. La découverte montre qu’au-delà des symptômes visibles, la recherche tente d’identifier des signatures biologiques susceptibles d’expliquer pourquoi des personnes présentant un même diagnostic peuvent évoluer différemment face à un traitement. MiR-1202 illustre ainsi l’une des voies explorées pour rendre un jour la prise en charge de la dépression plus individualisée.

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