TCC par téléphone et dépression, que montre la comparaison avec le face-à-face ?

TCC par téléphone et dépression, que montre la comparaison avec le face-à-face ?

Un thérapeute au bout du fil, sans caméra et sans rendez-vous au cabinet. L’idée peut aujourd’hui sembler banale tant les consultations à distance se sont développées, mais elle soulevait une véritable question clinique au début des années 2010. Une thérapie cognitivo-comportementale menée uniquement par téléphone pouvait-elle obtenir les mêmes résultats qu’une TCC réalisée face à face chez des personnes souffrant de dépression ?

La réponse apportée par un essai mené par l’université Northwestern s’est révélée moins simple qu’un choix entre deux formats. Le téléphone semblait faciliter l’entrée et le maintien dans la thérapie. À la fin du traitement, l’amélioration des symptômes était proche de celle obtenue en cabinet. Six mois plus tard, un écart apparaissait pourtant en faveur du face-à-face.

Cette évolution dans le temps donne tout son intérêt à la comparaison. La TCC téléphonique ne semblait pas empêcher le travail thérapeutique, mais le mode de consultation pouvait influencer différemment l’adhésion pendant les séances et le maintien des bénéfices après leur arrêt.

La TCC par téléphone étudiée dans la dépression reposait sur un véritable protocole thérapeutique

La thérapie par téléphone évaluée par David Mohr et son équipe ne consistait pas en quelques appels de soutien ou en une permanence psychologique. Les participants recevaient une véritable thérapie cognitivo-comportementale structurée. Le protocole prévoyait dix-huit séances, avec les mêmes principes thérapeutiques que dans le groupe reçu en cabinet.

L’essai a concerné 325 patients de la région de Chicago présentant un trouble dépressif majeur. Ils ont été répartis entre deux groupes. L’un suivait une TCC classique en face à face tandis que l’autre recevait cette même approche par téléphone. La différence principale résidait donc dans le mode de rencontre avec le thérapeute.

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Ce point distingue nettement cette intervention des formes actuelles de psychothérapie en ligne. Il n’y avait ni visioconférence ni plateforme permettant au patient et au thérapeute de se voir. La voix constituait le principal support de la relation pendant la séance.

Cette particularité permet d’examiner une question précise. Une psychothérapie structurée peut-elle conserver son efficacité contre la dépression lorsque le patient et le thérapeute travaillent ensemble sans partager le même espace et sans se voir ?

Les patients dépressifs abandonnaient moins souvent la thérapie par téléphone

La première différence notable concernait la poursuite du traitement. Parmi les participants suivis par téléphone, 20,9 % ont interrompu leur TCC avant la dix-huitième séance. Cette proportion atteignait 32,7 % parmi ceux qui devaient se rendre aux consultations en face à face.

L’écart apparaissait surtout au début du parcours. Avant la cinquième séance, 4,3 % des participants du groupe téléphonique avaient abandonné contre 13 % dans le groupe reçu en cabinet. Une fois les premières semaines franchies, la différence entre les deux formats devenait beaucoup moins nette.

Les patients suivis par téléphone assistaient également à davantage de séances en moyenne. Ils en réalisaient 15,5 contre 13,7 dans le groupe face à face. Le téléphone semblait donc surtout faciliter l’engagement initial et réduire le risque qu’une thérapie commencée soit rapidement interrompue.

Ce résultat ne signifie pas que le téléphone motive davantage chaque personne dépressive. Il montre plutôt que, dans les conditions de cet essai, supprimer la nécessité d’une rencontre physique a permis à davantage de participants d’aller suffisamment loin dans leur TCC pour recevoir l’essentiel du programme prévu.

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Les symptômes dépressifs s’amélioraient dans les deux groupes après les séances

L’adhésion au traitement ne suffit pas pour juger une psychothérapie. Une intervention plus facile à suivre n’a d’intérêt thérapeutique que si les symptômes évoluent également. Les chercheurs ont donc mesuré la dépression avec plusieurs outils avant et après le programme.

Au terme des dix-huit séances, les deux groupes avaient connu une amélioration importante. Les différences observées entre la TCC par téléphone et la TCC en face à face n’étaient pas significatives sur les deux principales mesures de la dépression utilisées par l’équipe.

L’analyse statistique permettait alors de considérer la TCC téléphonique comme non inférieure au face-à-face immédiatement après le traitement. Autrement dit, l’absence de rencontre physique n’avait pas empêché les participants d’obtenir une diminution substantielle de leurs symptômes pendant la période thérapeutique.

Les taux de rémission allaient dans le même sens à ce stade. Environ 27 % des participants de chaque groupe répondaient au critère de rémission complète utilisé par les chercheurs à la fin du programme. Observer uniquement ce moment aurait donc donné une image particulièrement favorable du téléphone.

Six mois après la TCC, le face-à-face conservait mieux son avantage

Le suivi réalisé six mois plus tard modifie cette première impression. Les participants des deux groupes restaient globalement moins déprimés qu’avant leur traitement, mais ceux qui avaient suivi leur TCC en face à face présentaient alors des scores de dépression plus faibles.

La différence apparaissait avec les deux instruments utilisés pour mesurer les symptômes. Elle se retrouvait également dans les données concernant la rémission complète. Six mois après le traitement, 32 % des participants du groupe face à face répondaient au critère de rémission contre 19 % de ceux qui avaient reçu leur TCC par téléphone.

L’étude ne permet pas d’affirmer que l’absence de contact visuel explique directement cet écart. Plusieurs interprétations sont possibles. Le téléphone ayant permis de conserver dans le traitement davantage de personnes qui auraient peut-être abandonné une thérapie classique, les deux groupes n’étaient plus nécessairement comparables de la même manière au terme du parcours.

Le constat reste néanmoins important. Une efficacité proche immédiatement après les séances ne garantit pas que deux modalités thérapeutiques produisent exactement la même évolution une fois le traitement terminé. Le maintien des acquis constitue donc un critère distinct de l’amélioration obtenue pendant la thérapie.

Le téléphone facilite l’accès à la TCC sans rendre le face-à-face inutile

L’essai de Northwestern montre surtout qu’une TCC peut réellement être menée par téléphone auprès de personnes dépressives. Les participants ne recevaient pas une version symbolique ou simplifiée de la thérapie. Leur amélioration pendant le traitement était proche de celle observée chez les patients reçus en cabinet.

Le téléphone possédait même un avantage manifeste pendant les premières semaines. Moins de personnes abandonnaient et davantage allaient au bout d’une grande partie des séances prévues. Pour une psychothérapie qui n’est utile que si elle est effectivement suivie, ce résultat compte.

La situation devient plus nuancée après l’arrêt des séances. L’avantage observé six mois plus tard en faveur du face-à-face empêche de conclure que le support utilisé serait totalement interchangeable. L’accessibilité immédiate et la stabilité des bénéfices thérapeutiques ne mesurent pas exactement la même chose.

La TCC par téléphone apparaît ainsi moins comme une concurrente destinée à remplacer le cabinet que comme une modalité capable de rendre une psychothérapie structurée accessible à certains patients. L’étude rappelle surtout qu’évaluer une thérapie demande d’observer à la fois qui parvient à la suivre, l’évolution obtenue pendant les séances et la manière dont cette amélioration résiste au temps.

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