Impuissance acquise à l’école, comment les échecs répétés peuvent faire renoncer un élève

Impuissance acquise à l’école, comment les échecs répétés peuvent faire renoncer un élève

Il ouvre son exercice, lit les premières lignes puis pose son crayon. « De toute façon, je n’y arriverai pas. » Derrière cette phrase, l’adulte peut voir un manque d’effort ou une absence de motivation. L’élève peut pourtant avoir accumulé plusieurs mois de contrôles ratés, d’exercices abandonnés et de tentatives qui lui ont donné le sentiment de conduire toujours au même résultat.

À force d’échouer, certains élèves ne redoutent plus seulement la prochaine mauvaise note. Ils commencent à douter de leur capacité à modifier ce qui va se passer. Travailler davantage, recommencer ou chercher une autre réponse paraît progressivement moins utile si chaque tentative semble se terminer de la même manière.

À force de vivre les mêmes échecs, l’élève peut finir par croire qu’il n’a presque plus de prise sur le résultat. Le renoncement peut alors apparaître avant même qu’il ait véritablement essayé de résoudre la nouvelle difficulté.

L’impuissance acquise apparaît lorsque l’effort semble ne plus avoir d’effet

Les erreurs et les mauvaises notes font partie de toute scolarité. Leur répétition devient plus préoccupante lorsque l’élève commence à percevoir une absence de lien entre ce qu’il fait et ce qu’il obtient. Il travaille et échoue, recommence autrement puis rencontre une nouvelle difficulté. Peu à peu, l’effort perd sa capacité à représenter une issue crédible.

La transformation se joue dans l’interprétation de ces expériences. Un résultat décevant peut encore laisser une marge d’action si l’élève pense qu’une préparation différente aurait pu changer les choses. Cette marge se réduit lorsqu’il en vient à considérer que ses tentatives ne modifient pratiquement rien.

Rien de spectaculaire ne signale forcément ce basculement. L’élève commence simplement à moins insister. Une difficulté qui aurait autrefois provoqué plusieurs essais entraîne désormais un abandon rapide. La feuille blanche ou la consigne complexe suffit parfois à réactiver le souvenir des échecs précédents.

L’effort paraît alors de moins en moins utile à l’élève. Il ne représente plus aussi clairement un moyen de progresser, puisqu’il est associé à des expériences où travailler davantage n’a pas produit l’amélioration espérée.

Les échecs répétés modifient la manière d’aborder la tâche suivante

Après plusieurs échecs, l’élève n’aborde plus le nouvel exercice avec le même état d’esprit. Une tâche nouvelle est lue à travers les expériences précédentes, parfois avant même que son niveau réel de difficulté soit connu.

Certains élèves commencent très peu avant de demander de l’aide. D’autres attendent que la solution arrive ou évitent les exercices qui leur semblent trop difficiles. Quelques-uns répondent au hasard, comme si consacrer davantage de temps au problème ne pouvait pas véritablement améliorer leurs chances de réussite.

Frank Fincham, Audrey Hokoda et Reliford Sanders ont suivi 82 enfants évalués en troisième année scolaire américaine puis de nouveau deux ans plus tard. Les chercheurs ont mesuré l’impuissance à partir des réponses des enfants et des observations de leurs enseignants. Les comportements d’impuissance présentaient une certaine stabilité au cours de cette période, et les mesures réalisées en troisième année étaient associées aux résultats scolaires observés en cinquième année.

L’étude ne permet pas de prédire à elle seule la trajectoire d’un élève. Elle montre toutefois que ces comportements peuvent s’installer dans la durée et accompagner la manière dont l’enfant aborde les apprentissages suivants. Le renoncement n’apparaît donc pas toujours soudainement. Il peut se construire à travers une succession de situations où l’élève apprend progressivement à attendre peu de ses propres efforts.

Le renoncement scolaire peut s’installer malgré l’envie de réussir

Un élève qui abandonne rapidement peut encore souhaiter obtenir une bonne note. Le désir de réussir peut rester intact alors même que la conviction de pouvoir agir sur le résultat s’affaiblit.

On comprend alors mieux pourquoi certains élèves disent vouloir réussir tout en abandonnant très vite. Ils se montrent déçus par une mauvaise note mais commencent à peine l’exercice suivant. Vu de l’extérieur, ce comportement semble contradictoire. Il devient plus lisible lorsque l’effort lui-même paraît devenu presque inutile.

Le renoncement peut aussi protéger momentanément l’élève d’une nouvelle déception. Ne pas essayer longtemps permet de ne pas investir beaucoup dans une tâche dont l’issue paraît déjà connue. L’abandon réduit alors l’exposition à une expérience familière où l’élève fournit des efforts avant de constater une nouvelle fois son échec.

L’étude de Fincham, Hokoda et Sanders montre que ces comportements peuvent rester visibles sur plusieurs années scolaires. Le phénomène peut donc s’installer bien avant une rupture franche avec le travail scolaire et se manifester dans la manière de commencer, de persévérer ou d’abandonner une tâche.

Chaque nouvel échec peut renforcer l’impression que rien ne changera

Peu à peu, le même scénario peut se répéter. L’élève s’attend à échouer, investit moins longtemps la tâche et renonce plus rapidement devant un obstacle. Cette diminution des tentatives réduit les occasions de résoudre le problème ou de progresser, ce qui augmente ensuite le risque d’un nouveau résultat décevant.

Le nouvel échec semble alors confirmer l’idée de départ. L’élève ne voit pas forcément que son retrait a lui-même modifié les conditions dans lesquelles il travaillait. Il retient surtout qu’une nouvelle tentative s’est terminée comme les précédentes et que son sentiment d’impuissance était, à ses yeux, justifié.

Plus ce scénario se répète, plus il devient difficile pour l’élève d’imaginer qu’un nouvel effort pourrait changer le résultat. Une difficulté qui aurait demandé quelques minutes supplémentaires devient une preuve supplémentaire qu’il ne peut pas réussir.

Les échecs répétés peuvent ainsi modifier l’attente avec laquelle l’élève aborde les tâches suivantes. Le renoncement s’installe lorsque la conviction que « cela ne changera rien » commence à orienter son comportement avant même que la possibilité de réussir ait réellement été éprouvée.

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