Un enfant dépressif ne paraît pas nécessairement triste à chaque instant. Chez certains, le changement le plus visible concerne l’irritabilité. Une attente devient plus difficile à supporter, une demande ordinaire provoque davantage d’agacement ou une contrariété déclenche une réaction beaucoup plus vive qu’auparavant. L’enfant semble avoir perdu une partie de sa capacité habituelle à absorber les petites frustrations du quotidien.
Cette irritabilité peut apparaître dans un ton plus sec, une impatience inhabituelle ou une humeur qui se tend rapidement. Ce qui attire surtout l’attention est le changement par rapport au tempérament de l’enfant avant l’épisode dépressif.
L’irritabilité peut prendre une place importante dans la dépression infantile
L’irritabilité correspond à une plus grande facilité à éprouver de l’agacement ou de la colère face à une contrariété. Pendant une dépression infantile, cette réaction peut devenir plus présente dans l’humeur quotidienne. L’enfant paraît plus facilement contrarié, supporte moins bien les interruptions ou répond plus vivement à des situations qu’il gérait auparavant sans difficulté particulière.
Une étude publiée en 2013 par Argyris Stringaris et ses collègues s’est intéressée à la place de l’irritabilité chez des jeunes souffrant de dépression. Les chercheurs se sont appuyés sur la Great Smoky Mountains Study, une cohorte de 1 420 jeunes, et ont analysé les observations réalisées entre 9 et 16 ans.
Parmi les jeunes dépressifs étudiés, 58,7 % présentaient une humeur dépressive sans irritabilité comme humeur principale associée. Une humeur dépressive accompagnée d’irritabilité concernait 35,6 % des cas. L’irritabilité sans humeur dépressive ne représentait que 5,7 % des observations.
Ces résultats montrent que l’irritabilité peut occuper une place importante pendant un épisode dépressif sans remplacer systématiquement l’humeur dépressive. Chez certains enfants, elle devient néanmoins particulièrement visible parce qu’elle modifie directement les réactions aux événements ordinaires.
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L’irritabilité dépressive réduit la tolérance aux frustrations ordinaires
Une attente de quelques minutes, l’arrêt d’un jeu ou un changement de programme font partie des frustrations habituelles de l’enfance. Chez un enfant devenu plus irritable pendant une dépression, ces situations peuvent provoquer une réaction plus rapide et plus intense.
Le changement se remarque parfois dans des scènes très simples. L’enfant attend qu’un adulte soit disponible et commence à s’agacer beaucoup plus tôt qu’auparavant. Une activité doit être interrompue et sa contrariété monte immédiatement. Un projet ne se déroule pas comme prévu et la déception reste présente plus longtemps.
L’impression donnée à l’entourage est souvent celle d’un seuil de tolérance devenu plus bas. L’enfant n’est pas nécessairement en colère en permanence. Il atteint plutôt plus rapidement le point à partir duquel une attente, une remarque ou un obstacle devient difficile à supporter.
Le retour au calme peut également demander davantage de temps. Une contrariété qui aurait auparavant été rapidement dépassée continue à influencer son humeur après la disparition de l’événement. Plusieurs frustrations rapprochées peuvent ainsi s’accumuler au cours de la journée et rendre la réaction suivante beaucoup plus vive.
Cette transformation peut rester relativement discrète. Certains enfants deviennent surtout plus impatients, susceptibles ou facilement agacés. L’élément central reste la facilité nouvelle avec laquelle l’irritabilité apparaît pendant l’épisode dépressif.
Le changement d’humeur distingue l’irritabilité dépressive du tempérament habituel
Tous les enfants n’ont pas la même tolérance à la frustration. Certains ont toujours été impatients ou particulièrement expressifs lorsqu’ils sont contrariés. L’irritabilité associée à une dépression prend davantage de sens lorsqu’elle constitue une modification perceptible du fonctionnement habituel.
Un enfant auparavant capable d’attendre peut commencer à vivre chaque délai comme particulièrement pénible. Celui qui acceptait facilement une modification du programme familial devient beaucoup plus susceptible. Un autre, généralement souple dans les échanges, répond désormais avec agacement à des demandes qui ne provoquaient auparavant aucune réaction particulière.
Cette évolution permet de replacer l’irritabilité dans le changement d’humeur lié à l’épisode dépressif. L’étude de Stringaris et de ses collègues apporte également une nuance importante. Dans leur échantillon, l’irritabilité n’était pas davantage présente chez les plus jeunes que chez les adolescents dépressifs. L’idée selon laquelle la dépression du jeune enfant s’exprimerait principalement par la colère apparaît donc trop simplificatrice.
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L’irritabilité peut ainsi devenir l’une des transformations les plus perceptibles pendant une dépression infantile. Elle se manifeste surtout par une humeur plus facilement traversée par l’agacement, une tolérance réduite aux contrariétés et un changement suffisamment net pour être remarqué par rapport au tempérament habituel de l’enfant.
