Électrostimulation à domicile contre la dépression, quels résultats après dix semaines ?

Électrostimulation à domicile contre la dépression, quels résultats après dix semaines ?

Un dispositif portable de stimulation transcrânienne à courant continu, ou tDCS, a été testé à domicile pendant dix semaines chez 174 adultes présentant un épisode dépressif d’intensité au moins modérée. Les participants utilisaient eux-mêmes l’appareil tout en bénéficiant d’une supervision à distance par l’équipe chargée du protocole.

Les résultats publiés dans Nature Medicine montrent une diminution plus importante des symptômes dépressifs avec la stimulation active qu’avec le dispositif factice. L’écart entre les deux groupes reste toutefois plus mesuré que ne le suggèrent certaines présentations de cette technologie. L’intérêt de l’essai tient surtout à son cadre contrôlé et à la possibilité d’utiliser la tDCS à domicile pendant plusieurs semaines.

La tDCS à domicile applique un faible courant sur le cortex préfrontal

La stimulation transcrânienne à courant continu repose sur deux électrodes positionnées sur le cuir chevelu. Dans l’essai dirigé par Rachel Woodham, l’électrode positive était placée au niveau du cortex préfrontal dorsolatéral gauche et l’électrode négative au niveau de la région correspondante à droite. Le dispositif actif délivrait un courant de 2 milliampères pendant trente minutes.

La tDCS n’est pas utilisée pour provoquer une décharge électrique intense. Le faible courant vise à modifier l’excitabilité des régions cérébrales situées sous les électrodes. Dans le protocole étudié, l’appareil avait surtout la particularité de pouvoir être employé par les participants chez eux, selon un programme défini à l’avance et sous contrôle à distance.

Cette organisation permettait d’éviter des déplacements répétés vers un centre médical, mais elle ne correspondait pas à une utilisation totalement autonome. Les séances étaient intégrées à un suivi organisé par l’équipe de recherche.

Dix semaines d’électrostimulation ont été suivies par 174 participants

L’essai a inclus 174 adultes répartis au hasard entre deux groupes de 87 personnes. Tous présentaient un trouble dépressif majeur avec un épisode en cours d’intensité au moins modérée. L’âge moyen était proche de 38 ans et les participants pouvaient continuer les traitements qu’ils recevaient déjà, notamment un antidépresseur ou une psychothérapie.

Le programme comportait cinq séances par semaine pendant les trois premières semaines, puis trois séances hebdomadaires pendant les sept semaines suivantes. Chaque séance durait trente minutes. Le groupe actif recevait une stimulation de 2 milliampères, tandis que le dispositif utilisé dans le groupe témoin reproduisait brièvement certaines sensations au début et à la fin de la séance sans délivrer ensuite la stimulation active.

L’ensemble du protocole était réalisé à distance. Les participants bénéficiaient de rendez-vous en visioconférence et pouvaient contacter l’équipe de recherche en cas de problème lié au dispositif ou à leur état clinique.

Les symptômes dépressifs ont davantage diminué avec la stimulation active

Après dix semaines, le score moyen sur l’échelle de dépression de Hamilton avait diminué de 9,41 points dans le groupe recevant la tDCS active, contre 7,14 points dans le groupe utilisant le dispositif factice. La différence entre les deux groupes était statistiquement significative.

Les taux de réponse allaient dans le même sens. Une réponse clinique a été observée chez 58,3 % des participants du groupe actif, contre 37,8 % dans le groupe témoin. La rémission concernait 44,9 % des personnes ayant reçu la stimulation active, contre 21,8 % avec le dispositif factice.

Ces résultats portent sur ce protocole précis de dix semaines. Ils montrent que l’évolution observée avec la tDCS active a été supérieure à celle enregistrée avec une intervention comparable sans stimulation continue. Ils ne signifient pas pour autant que chaque personne souffrant de dépression répondra de la même manière à une électrostimulation pratiquée à domicile.

La tolérance de l’électrostimulation à domicile nécessite une surveillance

Aucun événement indésirable grave lié au dispositif n’a été signalé pendant les dix premières semaines. Certains effets cutanés étaient cependant nettement plus fréquents avec la stimulation active. Des rougeurs ont été rapportées chez 63,5 % des participants du groupe actif, contre 18,5 % dans le groupe témoin. Une irritation cutanée a également été signalée chez 6,9 % des participants recevant la tDCS active.

Deux personnes ont décrit des lésions ressemblant à des brûlures au niveau de l’électrode. Les chercheurs ont estimé qu’elles pouvaient être liées à des éponges insuffisamment humidifiées. Elles n’ont pas laissé de cicatrice, mais ces incidents montrent l’importance des conditions d’utilisation du dispositif.

Le caractère domestique de la tDCS ne signifie donc pas que la stimulation peut être réalisée sans encadrement. Dans cet essai, la sécurité reposait notamment sur des évaluations régulières en visioconférence et sur la possibilité de joindre l’équipe de recherche à tout moment.

La place de la tDCS à domicile dans le traitement de la dépression reste à préciser

Cet essai apporte des données intéressantes sur une utilisation prolongée de la stimulation transcrânienne à courant continu hors d’un établissement de soins. Après dix semaines, la tDCS active était associée à une amélioration plus importante des symptômes ainsi qu’à des taux de réponse et de rémission supérieurs à ceux du groupe témoin.

Ces résultats ne suffisent toutefois pas à faire de l’électrostimulation à domicile un traitement standard de la dépression. L’essai concernait un dispositif, un positionnement des électrodes et un programme de séances précis, avec une supervision clinique à distance. Les chercheurs ont également relevé que certains participants avaient correctement deviné s’ils recevaient la stimulation active, ce qui constitue un élément à prendre en compte dans l’interprétation d’un essai utilisant un dispositif factice.

La tDCS à domicile apparaît ainsi comme une option thérapeutique dont les résultats cliniques justifient de poursuivre l’évaluation. Son intérêt à plus long terme, les profils de patients susceptibles d’en bénéficier et les conditions nécessaires à une utilisation sûre devront encore être précisés avant de déterminer sa place dans la prise en charge de la dépression.

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