Les nouvelles drogues dans les études supérieures, que cache le dopage cognitif ?

Les nouvelles drogues dans les études supérieures, que cache le dopage cognitif ?

Réviser plus longtemps, repousser la fatigue, rester concentré pendant plusieurs heures ou affronter une période d’examens particulièrement dense. Dans l’enseignement supérieur, ces objectifs peuvent conduire certains étudiants à chercher une aide pharmacologique alors qu’ils ne souffrent d’aucun trouble nécessitant le médicament utilisé. Méthylphénidate, modafinil et autres psychostimulants deviennent alors des outils supposés améliorer les performances intellectuelles.

L’expression « nouvelles drogues » décrit imparfaitement cette réalité. Une partie des produits concernés sont en effet des médicaments connus depuis longtemps et prescrits dans des indications médicales précises. Leur particularité réside plutôt dans leur détournement à des fins de performance. Ce phénomène porte un nom plus juste, le dopage cognitif ou neuroamélioration pharmacologique.

Pourquoi parle-t-on de dopage cognitif dans les études supérieures ?

Le dopage cognitif désigne l’utilisation d’une substance par une personne en bonne santé dans l’espoir d’améliorer certaines capacités comme l’attention, l’éveil, la mémoire ou l’endurance intellectuelle. Le contexte universitaire lui donne une dimension particulière puisque le produit est utilisé non pour soigner, mais pour tenter de mieux répondre à une exigence académique.

La logique est différente d’une consommation recherchée principalement pour l’euphorie ou pour une expérience récréative. L’étudiant peut prendre un produit avant une longue session de révision, pendant une période de concours ou lorsqu’il estime ne plus pouvoir maintenir seul le rythme imposé par son travail. Le médicament devient alors un instrument de performance.

Une revue systématique publiée en 2021 dans la revue Brain Sciences a analysé 48 travaux consacrés aux substances utilisées comme facilitateurs cognitifs dans l’enseignement supérieur. Les auteurs retrouvent régulièrement parmi les produits étudiés le méthylphénidate, le modafinil et les préparations à base d’amphétamines. Les principales motivations évoquées concernent notamment la concentration, l’éveil et l’amélioration supposée du travail universitaire.

Le phénomène ne doit cependant pas être présenté comme une pratique généralisée à l’ensemble des étudiants. Les estimations varient considérablement selon les pays, les filières, les produits inclus et la définition retenue. Cette diversité rend peu crédibles les chiffres spectaculaires lorsqu’ils sont présentés sans préciser la population étudiée.

Quels produits sont détournés pour rester éveillé ou mieux se concentrer ?

Le méthylphénidate figure parmi les substances les plus souvent citées dans la littérature sur le dopage cognitif. Il s’agit d’un médicament notamment utilisé dans la prise en charge du trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Son statut de médicament ne signifie évidemment pas qu’il soit destiné à améliorer les performances d’un étudiant ne présentant pas cette indication.

Le modafinil apparaît lui aussi régulièrement dans les pratiques de neuroamélioration. Ce médicament est utilisé médicalement dans certaines situations liées à une somnolence excessive, mais sa réputation de produit permettant de rester éveillé plus longtemps a favorisé son détournement dans certains milieux universitaires.

La revue de 2021 montre également que la notion de cognitive enhancer recouvre des produits extrêmement différents. Elle inclut aussi bien des médicaments délivrés sur prescription que des substances beaucoup plus banales comme certains produits contenant de la caféine. Cette diversité explique pourquoi parler indistinctement de « drogues intelligentes » entretient une certaine confusion.

Le point commun n’est donc pas une catégorie pharmacologique unique. Il réside dans l’intention avec laquelle le produit est utilisé. L’étudiant cherche à modifier temporairement ses capacités d’éveil, sa concentration ou sa résistance à la fatigue afin de répondre à une demande académique.

Les psychostimulants améliorent-ils vraiment les performances universitaires ?

La réputation des smart drugs repose sur une promesse particulièrement séduisante. Prendre une substance permettrait de travailler plus longtemps et, par extension, d’obtenir de meilleurs résultats. La seconde partie du raisonnement est pourtant beaucoup moins évidente que la première.

Un produit capable d’augmenter l’éveil ne transforme pas automatiquement les capacités d’apprentissage. Rester réveillé plusieurs heures supplémentaires ne signifie pas nécessairement mieux mémoriser, mieux raisonner ou mieux restituer des connaissances pendant un examen. La sensation de productivité peut également différer de la performance réellement obtenue.

La revue systématique de Sharif et ses collègues souligne précisément cette difficulté. Les bénéfices cognitifs observés chez les personnes en bonne santé restent variables selon les produits, les fonctions évaluées et les individus. Les auteurs rappellent que les effets attendus par les utilisateurs peuvent dépasser les améliorations réellement mesurées.

Cette différence entre performance ressentie et performance réelle est centrale. Un étudiant peut avoir l’impression d’être plus énergique, plus motivé ou capable de travailler davantage tout en surestimant l’effet du produit sur ses capacités intellectuelles. La promesse d’un raccourci pharmacologique vers la réussite universitaire mérite donc d’être sérieusement relativisée.

Pourquoi la pression universitaire peut-elle rendre ces produits attractifs ?

Le dopage cognitif ne peut pas être expliqué uniquement par l’existence des médicaments. Il prend aussi sens dans un environnement où le manque de temps, la compétition, l’accumulation des examens et la crainte de ne pas être suffisamment performant peuvent rendre particulièrement attractive la promesse de quelques heures supplémentaires de concentration.

La période des examens constitue un moment révélateur. Sommeil raccourci, journées de révision prolongées et impression de ne jamais avoir terminé créent un contexte dans lequel rester éveillé devient parfois presque aussi important que réellement apprendre. Le produit peut alors apparaître comme un moyen de repousser temporairement les limites physiques.

La revue de 2021 retrouve régulièrement parmi les motivations déclarées l’amélioration des performances académiques, de la concentration et de l’éveil. Elle relève également que l’accès aux substances peut passer par l’entourage ou par Internet, ce qui montre que la pratique ne dépend pas uniquement d’une prescription personnelle.

La pression universitaire n’explique évidemment pas à elle seule le recours à ces produits. De nombreux étudiants affrontent des périodes très exigeantes sans jamais utiliser de psychostimulants. Elle permet néanmoins de comprendre pourquoi l’idée du médicament destiné à « tenir » peut devenir séduisante dans certains parcours particulièrement compétitifs.

Comment prévenir le dopage cognitif dans les universités et les grandes écoles ?

Répondre uniquement par l’interdiction risque de manquer une partie du problème. Un étudiant qui cherche un psychostimulant pour préparer un concours ne se représente pas nécessairement comme un consommateur de drogue. Il peut au contraire penser qu’il utilise rationnellement un médicament afin de mieux travailler.

La prévention doit donc s’attaquer à cette représentation particulière. Expliquer la différence entre rester éveillé et réellement améliorer ses capacités intellectuelles est probablement plus pertinent qu’un discours général sur les dangers des drogues. Il importe aussi de rappeler qu’un médicament destiné à traiter une pathologie possède un rapport bénéfice-risque évalué dans cette indication, pas comme outil de performance chez une personne en bonne santé.

Les établissements d’enseignement supérieur ont également intérêt à prendre au sérieux les périodes où la pression académique devient particulièrement intense. Médecine universitaire, services de santé étudiante et dispositifs de prévention peuvent offrir des espaces où parler du sommeil, de l’épuisement et de l’usage détourné de médicaments sans réduire immédiatement la situation à une faute disciplinaire.

La question posée par le dopage cognitif dépasse finalement celle d’un produit particulier. Elle interroge une culture de la performance dans laquelle dormir moins, travailler davantage et repousser ses limites peuvent être valorisés jusqu’au moment où le médicament paraît devenir un outil supplémentaire pour tenir le rythme. Prévenir ces usages suppose donc aussi de rappeler une évidence parfois oubliée dans les périodes de forte compétition universitaire, les capacités intellectuelles ne sont pas indépendantes des limites du corps.

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