Ressentir de la peur devant une situation inquiétante puis avoir honte d’avoir eu peur ne correspond pas exactement à deux réactions de même nature. La première émotion répond directement à ce qui vient de se produire. La seconde apparaît à partir de la manière dont la personne interprète sa propre réaction.
Cette différence se retrouve dans certaines classifications psychologiques qui distinguent émotions primaires et émotions secondaires. Les frontières ne sont pas identiques dans tous les modèles, mais cette grille permet de comprendre pourquoi notre vie émotionnelle peut devenir plus complexe après la première réaction ressentie.
Une émotion n’est donc pas seulement liée à l’événement extérieur. Nous pouvons également ressentir quelque chose à propos de notre propre émotion, de ce qu’elle signifie pour nous ou de la manière dont nous pensons qu’elle sera jugée.
Quelle différence entre une émotion primaire et une émotion secondaire ?
Une émotion primaire désigne généralement une réaction émotionnelle relativement immédiate à une situation que la personne perçoit comme importante. Elle peut apparaître face à un danger, une perte, une frustration, une satisfaction ou un événement inattendu. Dans plusieurs modèles, la peur, la colère, la tristesse ou la joie peuvent notamment entrer dans cette catégorie.
Le mot primaire ne signifie pas que l’émotion serait plus forte ou plus importante. Il indique surtout qu’elle se situe au plus près de la première évaluation de la situation. Une personne apprend une mauvaise nouvelle et ressent de la tristesse. Elle se sent menacée et éprouve de la peur. Elle rencontre une situation qu’elle juge profondément injuste et ressent de la colère.
Une émotion secondaire implique généralement une étape supplémentaire. La personne interprète ce qu’elle vient de vivre, évalue sa propre réaction ou la replace dans ses valeurs et ses représentations. La honte, la culpabilité, certaines formes de fierté ou de jalousie sont souvent citées parmi les émotions plus dépendantes de ces évaluations.
La frontière n’est cependant pas une règle absolue. Les classifications diffèrent selon les approches psychologiques. L’intérêt de cette distinction est surtout de montrer qu’une première réaction émotionnelle et ce que nous ressentons ensuite à propos de cette réaction ne répondent pas toujours au même mécanisme.
Comment une émotion secondaire apparaît-elle après une première réaction ?
Une situation peut produire une première émotion, puis déclencher une seconde réaction lorsque la personne commence à donner un sens à ce qu’elle a ressenti. La succession peut être très rapide et donner l’impression d’un seul état émotionnel alors que plusieurs étapes ont eu lieu.
Une personne peut par exemple avoir peur au cours d’une situation difficile, puis ressentir de la honte parce qu’elle considère cette peur comme un signe de faiblesse. La honte ne signifie pas que la peur n’existait pas. Elle apparaît parce que la personne porte ensuite un jugement sur sa propre réaction.
Le même mécanisme peut se produire avec la colère. Quelqu’un peut se sentir profondément irrité pendant une discussion puis éprouver de la culpabilité après avoir considéré cette colère comme injuste ou excessive. La seconde émotion dépend alors moins du conflit initial que de l’évaluation portée sur la première réaction.
Il est donc préférable de ne pas parler systématiquement de transformation. Une émotion secondaire ne remplace pas nécessairement l’émotion primaire. Elle peut apparaître après elle, s’y ajouter ou devenir momentanément plus présente dans l’expérience consciente. Cette succession explique pourquoi un ressenti peut sembler beaucoup plus complexe que la situation qui l’a déclenché.
Pourquoi l’éducation et les normes influencent-elles les émotions secondaires ?
Nous n’apprenons pas seulement à reconnaître des situations. Nous apprenons aussi, au fil de notre histoire, quelles émotions semblent acceptables, valorisées ou au contraire mal considérées dans notre environnement. Ces représentations peuvent ensuite modifier la manière dont nous réagissons à nos propres émotions.
Une personne à qui l’on a souvent répété qu’il ne fallait jamais avoir peur peut ressentir une réaction particulière lorsqu’elle se découvre anxieuse ou inquiète. Une autre, habituée à considérer la colère comme totalement inacceptable, peut éprouver de la culpabilité dès qu’elle ressent de l’irritation, même sans avoir adopté de comportement agressif.
Les normes sociales interviennent également dans certaines émotions qui nécessitent une représentation de soi ou du regard d’autrui. La honte suppose par exemple que la personne évalue d’une certaine manière ce qu’elle est, ce qu’elle a fait ou l’image qu’elle pense renvoyer. La fierté implique elle aussi une appréciation de soi et de ce que représente une réussite.
Cela ne signifie pas que toutes les émotions secondaires seraient simplement apprises ou imposées par l’entourage. Leur apparition dépend d’une interaction plus complexe entre la situation, l’histoire personnelle, les valeurs et la manière dont chacun interprète son expérience. L’éducation contribue surtout à construire les critères utilisés pour juger certaines réactions.
Pourquoi distinguer émotions primaires et secondaires aide-t-il à comprendre un ressenti complexe ?
La distinction devient particulièrement utile lorsqu’une personne semble ressentir quelque chose de très différent de sa première réaction. Après une dispute, elle peut identifier principalement de la culpabilité sans percevoir immédiatement la colère qui a précédé. Après avoir réussi quelque chose d’important, elle peut ressentir de la gêne ou de la honte alors que la situation avait d’abord suscité de la satisfaction.
Séparer les différentes étapes permet de comprendre que toutes les émotions présentes ne répondent pas nécessairement au même objet. Une première réaction peut concerner directement l’événement, tandis qu’une seconde porte sur la façon dont cette réaction est évaluée.
Cette lecture évite aussi de chercher une émotion qui serait forcément plus authentique que toutes les autres. La culpabilité ressentie après une colère est bien une émotion réelle. Elle répond simplement à une autre question psychologique. La colère concerne ce qui s’est produit, tandis que la culpabilité peut concerner ce que la personne pense de sa propre réaction.
Distinguer émotions primaires et secondaires ne sert donc pas à établir une hiérarchie entre de bonnes et de mauvaises émotions. Cette classification permet surtout de mieux décrire la succession de certaines réactions émotionnelles et de comprendre pourquoi un événement relativement simple peut produire un vécu intérieur beaucoup plus élaboré.
Une émotion secondaire peut ainsi renseigner sur les valeurs, les attentes ou les jugements que nous appliquons à notre propre expérience. Elle ajoute une nouvelle couche de signification sans effacer nécessairement la réaction apparue auparavant.
