Recherche qualitative et recherche quantitative ne sont pas deux versions concurrentes de la psychologie. Elles répondent surtout à des questions différentes. L’une cherche généralement à mesurer l’ampleur, la fréquence ou l’association entre plusieurs phénomènes. L’autre cherche davantage à comprendre comment une expérience est vécue, décrite ou organisée par les personnes concernées.
La différence ne se résume donc pas à opposer des chiffres à des mots. Elle concerne la manière de construire la question, de choisir les participants, de produire les données et de déterminer ce qui constituera une conclusion suffisamment solide.
Une question quantitative cherche à mesurer tandis qu’une question qualitative cherche à comprendre
Une recherche quantitative peut demander si le niveau d’anxiété varie selon la durée de sommeil, si une intervention produit une différence moyenne entre deux groupes ou quelle proportion d’une population rapporte une difficulté précise. Pour répondre, le chercheur définit des variables qui pourront être mesurées et comparées.
Une recherche qualitative poserait une autre question. Comment des personnes décrivent-elles l’expérience d’une première crise de panique ? Comment comprennent-elles le regard des autres après un diagnostic ? Quelles significations donnent-elles à un changement important dans leur vie ?
Les deux approches peuvent étudier le même sujet sans produire le même type de connaissance. Connaître la fréquence d’une expérience ne permet pas nécessairement de comprendre comment elle est vécue. À l’inverse, comprendre finement quelques parcours ne suffit pas à connaître leur fréquence dans l’ensemble d’une population.
Les données ne sont pas produites de la même manière
La recherche quantitative utilise des données pouvant être comparées numériquement. Il peut s’agir de scores, de temps de réponse, de fréquences de comportements ou de mesures physiologiques. La standardisation permet que les participants soient évalués selon des conditions suffisamment comparables.
La recherche qualitative travaille davantage avec des entretiens, des observations, des récits ou d’autres matériaux permettant d’examiner la manière dont les personnes donnent du sens à leur expérience. Le chercheur ne cherche pas simplement à compter la présence d’un thème. Il examine également le contexte dans lequel il apparaît et la manière dont il est formulé.
Cette différence explique pourquoi un entretien qualitatif n’est pas un questionnaire plus long et pourquoi un questionnaire quantitatif n’est pas une version simplifiée d’un entretien. Les deux produisent des données conçues pour des objectifs différents.
La taille de l’échantillon n’a pas la même fonction dans les deux approches
Les études quantitatives travaillent souvent avec davantage de participants parce qu’elles cherchent à estimer un effet ou une tendance avec une précision suffisante. Un grand échantillon ne garantit toutefois pas automatiquement que les résultats puissent être généralisés. La manière dont les participants ont été recrutés et la population réellement représentée restent déterminantes.
Les recherches qualitatives utilisent généralement des groupes plus restreints afin de pouvoir examiner les données en profondeur. Leur objectif n’est pas nécessairement de produire une proportion applicable à toute la population. Elles cherchent plutôt à identifier des expériences, des mécanismes de sens ou des variations qui permettent de mieux comprendre le phénomène étudié.
La qualité d’une recherche ne peut donc pas être évaluée en comparant simplement le nombre de participants. Une étude quantitative trop petite peut manquer de précision, tandis qu’une recherche qualitative avec trop de données peut devenir superficielle si celles-ci ne peuvent plus être analysées avec suffisamment de profondeur.
La rigueur scientifique prend des formes différentes
Dans une étude quantitative, la rigueur passe notamment par la qualité des mesures, la maîtrise des biais, la pertinence des analyses statistiques et la précision avec laquelle les résultats sont rapportés. Le chercheur doit pouvoir expliquer comment les variables ont été définies et pourquoi la conclusion correspond réellement aux données obtenues.
Dans une étude qualitative, la rigueur repose davantage sur la transparence du recueil, la cohérence de l’analyse, la prise en compte du rôle du chercheur et la possibilité de comprendre comment les interprétations ont été construites à partir du matériau étudié.
La subjectivité n’est donc pas simplement laissée libre. Elle doit être documentée et contrôlée autant que possible. De la même manière, la présence de chiffres ne rend pas automatiquement une étude objective si la mesure utilisée est mal choisie ou si l’interprétation dépasse les données.
Les méthodes mixtes répondent aux questions qui nécessitent les deux regards
Certaines recherches ont besoin de mesurer un phénomène tout en comprenant comment il est vécu. Une étude peut commencer par des entretiens afin d’identifier des dimensions importantes, puis construire une enquête quantitative permettant d’examiner leur fréquence dans un groupe plus large.
Le mouvement inverse est également possible. Des résultats quantitatifs peuvent révéler une différence inattendue, puis des entretiens aider à comprendre les situations qui pourraient l’expliquer. Les méthodes mixtes ne servent donc pas à ajouter artificiellement deux techniques. Elles sont utiles lorsqu’une seule forme de données laisse une partie importante de la question sans réponse.
Choisir entre qualitatif et quantitatif ne revient finalement pas à décider quelle méthode serait la plus scientifique. Le bon choix dépend de ce que le chercheur souhaite savoir. Mesurer une tendance, comprendre une expérience ou articuler les deux demandent des stratégies différentes mais également exigeantes.
Question
Pour comprendre une difficulté psychologique, vous semble-t-il plus important de savoir combien de personnes la vivent ou comment elles la décrivent ? Selon la question, ces deux informations peuvent être impossibles à remplacer l’une par l’autre.
