Comment utiliser l’intelligence émotionnelle pour mieux comprendre et gérer ses émotions ?

Comment utiliser l’intelligence émotionnelle pour mieux comprendre et gérer ses émotions ?

Une remarque nous agace plus que prévu, une inquiétude revient plusieurs fois dans la journée ou une déception continue de peser alors que l’événement semble déjà passé. Dans ces moments, le problème n’est pas toujours l’existence de l’émotion. Il tient souvent à la difficulté de savoir quelle place lui donner.

L’intelligence émotionnelle apporte justement une manière de travailler avec ce que l’on ressent. Elle ne promet pas de supprimer les émotions désagréables et ne transforme pas chaque réaction en analyse interminable. Elle correspond plutôt à une capacité à repérer une information émotionnelle, à la comprendre avec suffisamment de précision et à l’intégrer avant de choisir comment agir.

Le point essentiel tient dans cette distinction. Gérer ses émotions ne signifie pas les faire taire. Il s’agit davantage de ne pas laisser une émotion décider seule de la suite, tout en évitant l’erreur inverse qui consisterait à l’ignorer.

Comment l’intelligence émotionnelle aide-t-elle à mieux comprendre ce que l’on ressent ?

Une émotion apporte d’abord une information sur notre état intérieur. La colère, la peur, la tristesse ou la joie signalent qu’un événement, une relation ou une perspective possède une importance particulière pour nous. L’intelligence émotionnelle commence par la capacité à prendre cette information au sérieux sans la considérer immédiatement comme une vérité complète sur la situation.

Les psychologues John Mayer, Peter Salovey et David Caruso ont proposé une conception de l’intelligence émotionnelle fondée sur des capacités mentales. Dans une publication parue en 2008 dans American Psychologist, ils la décrivent notamment comme la faculté de traiter des informations liées aux émotions et de les utiliser pour orienter la pensée et le comportement.

Une telle conception change la manière de considérer le ressenti. Une émotion n’est plus uniquement quelque chose qui arrive et qu’il faudrait ensuite calmer. Elle devient une donnée psychologique à intégrer. La frustration peut par exemple indiquer qu’une situation compte davantage qu’on ne le pensait, tandis qu’une inquiétude persistante peut signaler qu’un enjeu mérite une attention particulière.

L’objectif n’est toutefois pas de rechercher immédiatement une explication définitive. Une bonne compréhension émotionnelle demande aussi d’accepter qu’un ressenti puisse rester partiellement ambigu. L’intelligence émotionnelle permet alors de gagner en précision sans transformer chaque émotion en diagnostic sur soi ou sur les autres.

Pourquoi nommer précisément une émotion change-t-il la manière de la gérer ?

Se contenter de dire que l’on va mal apporte peu d’informations sur ce qui se passe réellement. Irritation, déception, honte, inquiétude ou découragement peuvent produire un malaise général tout en appelant des réponses très différentes. Plus le ressenti reste vague, plus il devient difficile de savoir comment l’intégrer.

La précision émotionnelle permet de distinguer ce qui est ressenti de l’intensité globale du moment. Une personne peut par exemple se croire simplement en colère alors qu’elle perçoit aussi de la déception ou de l’impuissance. Cette distinction ne fait pas disparaître l’émotion, mais elle évite de traiter plusieurs ressentis différents comme un seul bloc.

Le modèle défendu par Mayer, Salovey et Caruso accorde justement une place importante à la compréhension des émotions. Il ne s’agit pas seulement de constater qu’un ressenti existe, mais de différencier les états émotionnels, leurs évolutions possibles et les informations qu’ils peuvent apporter à la réflexion.

Identifier plus finement le ressenti devient particulièrement utile lorsque l’émotion est forte. Une réaction globale pousse facilement vers une réponse globale. Une émotion mieux identifiée laisse davantage de possibilités. La personne peut alors tenir compte de son ressenti sans réduire toute la situation à ce qu’elle éprouve sur le moment.

Comment gérer une émotion intense sans laisser l’impulsion décider à sa place ?

Une émotion forte crée souvent un sentiment d’urgence. La colère pousse à répondre, la peur à éviter et la frustration à vouloir agir immédiatement. Cette impulsion fait partie de l’expérience émotionnelle, mais elle n’est pas forcément la réponse la plus adaptée à la situation.

L’intelligence émotionnelle introduit une étape supplémentaire entre le ressenti et l’action. La personne reconnaît l’émotion, tient compte de l’information qu’elle apporte puis examine si la première réaction envisagée correspond réellement à ce qu’elle souhaite obtenir. Cette marge peut être brève, mais elle change profondément la manière de gérer ses émotions.

Une contrariété professionnelle peut par exemple donner envie d’envoyer immédiatement un message très ferme. Reconnaître la colère ne signifie ni l’étouffer ni lui obéir. L’enjeu consiste plutôt à comprendre ce qu’elle signale, puis à décider si la réponse spontanée sert réellement l’objectif poursuivi.

Le recours à cette information émotionnelle rejoint directement la conception de Mayer, Salovey et Caruso. L’intelligence émotionnelle n’est pas présentée comme une collection de qualités positives. Elle renvoie à la capacité de raisonner avec les émotions et d’utiliser ces informations pour guider plus finement la pensée et le comportement.

Pourquoi gérer ses émotions ne signifie-t-il pas les contrôler en permanence ?

L’expression « gérer ses émotions » peut laisser croire qu’une personne émotionnellement compétente devrait rester calme, mesurée et parfaitement lucide en toutes circonstances. Cette représentation est trompeuse. L’intelligence émotionnelle n’empêche ni les réactions intenses ni les moments où le ressenti prend provisoirement beaucoup de place.

Chercher à tout contrôler risquerait même de réduire l’émotion à un problème de discipline personnelle. Or certaines émotions dérangeantes apportent une information utile. Une colère peut attirer l’attention sur une limite importante, une tristesse sur une perte et une inquiétude sur une incertitude que l’on ne peut pas simplement supprimer.

La gestion émotionnelle devient alors une question de proportion. Il s’agit de reconnaître la valeur informative d’une émotion sans lui accorder automatiquement toute l’autorité. Une émotion peut compter beaucoup dans une décision sans devenir l’unique critère de cette décision.

Utiliser son intelligence émotionnelle revient finalement à maintenir ce dialogue entre ressenti et réflexion. L’émotion apporte une information, la compréhension lui donne davantage de précision et la décision détermine la place qu’elle prendra dans la réponse. C’est cette articulation, davantage que la recherche d’un contrôle permanent, qui permet de mieux comprendre et gérer ses émotions.

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