Comment travailler sa mémoire et mieux retenir ce que l’on apprend ?

Comment travailler sa mémoire et mieux retenir ce que l’on apprend ?

Relire trois fois une information donne parfois l’impression de la connaître parfaitement. Pourtant, quelques heures ou quelques jours plus tard, elle devient difficile à retrouver. À l’inverse, chercher activement un nom, une notion ou une idée demande davantage d’effort sur le moment, mais cet effort peut justement participer à la mémorisation.

Travailler sa mémoire ne consiste donc pas nécessairement à multiplier les jeux cérébraux ou à essayer de rendre son cerveau plus performant dans tous les domaines. Une stratégie plus réaliste consiste à agir sur la façon dont une information est apprise, rappelée et retrouvée.

Certaines méthodes sont particulièrement utiles pour retenir un cours, un nom, une liste, un discours ou une connaissance nouvelle. Elles ne répondent pas toutes au même besoin et leur intérêt dépend aussi de ce que l’on cherche à mémoriser.

Pour mieux mémoriser, essayer de retrouver l’information plutôt que la relire

La relecture rassure. Une phrase déjà vue devient familière et cette familiarité peut facilement être confondue avec une véritable maîtrise. Le problème apparaît lorsque le texte disparaît et qu’il faut retrouver l’information sans aide.

Une manière simple de travailler sa mémoire consiste donc à fermer son support et à tenter de restituer ce que l’on vient d’apprendre. Il peut s’agir de réciter une définition, de reformuler une idée avec ses propres mots ou de répondre à une question sans regarder la réponse. La difficulté ressentie n’est pas nécessairement le signe que la méthode fonctionne mal. Elle révèle au contraire ce qui peut réellement être retrouvé en mémoire.

Jeffrey Karpicke et Althea Bauernschmidt ont étudié cette récupération répétée dans une expérience consacrée à la mémorisation à long terme. Les participants apprenaient des informations puis devaient les récupérer plusieurs fois. Les résultats ont montré l’intérêt de répéter les rappels et de les répartir dans le temps plutôt que de concentrer toutes les tentatives au même moment.

Cette logique peut être appliquée très simplement. Après avoir lu une information, il suffit de détourner les yeux et de se demander ce que l’on est capable d’en restituer. La vérification vient ensuite. L’erreur devient alors une indication précise de ce qui doit encore être travaillé plutôt qu’un échec à éviter.

La répétition espacée évite de tout réapprendre au dernier moment

Une information parfaitement disponible juste après l’avoir apprise peut devenir beaucoup moins accessible quelques jours plus tard. Réviser uniquement lorsqu’elle est encore très présente donne donc une vision trompeuse de sa solidité.

La répétition espacée repose sur une idée différente. L’information est rappelée à plusieurs reprises avec un intervalle entre les tentatives. Le but n’est pas d’attendre qu’elle soit totalement oubliée, mais de revenir dessus lorsque sa récupération commence à demander davantage d’effort.

L’étude de Karpicke et Bauernschmidt montre justement que l’espacement total entre plusieurs tentatives de récupération joue un rôle important dans la rétention ultérieure. Elle apporte aussi une nuance utile. Les auteurs n’ont pas trouvé qu’un schéma précis, avec des intervalles augmentant systématiquement selon une formule particulière, était nécessairement meilleur que tous les autres.

Il n’est donc pas indispensable de transformer ses révisions en calcul complexe. Une notion peut être rappelée après l’apprentissage, puis à nouveau plus tard, avant d’être testée une nouvelle fois quelques jours après. L’important reste de retrouver réellement l’information au lieu de simplement la revoir.

Cette différence permet aussi d’éviter une erreur courante. Lire cinq fois la même page dans la même soirée ne produit pas la même situation mentale que devoir retrouver son contenu après une interruption suffisamment longue pour que la réponse ne soit plus immédiatement disponible.

La méthode des loci aide à retenir des informations dans un ordre précis

Certaines informations se prêtent mal à une mémorisation abstraite. Une succession de points, les différentes parties d’une présentation ou une liste peuvent devenir plus faciles à retrouver lorsqu’elles sont associées à une structure déjà familière.

La méthode des loci, souvent appelée palais de mémoire, utilise précisément ce principe. Une personne imagine un lieu qu’elle connaît très bien, par exemple son logement, puis associe chaque information à un emplacement particulier. Le parcours mental sert ensuite de fil conducteur pour retrouver les éléments.

Une présentation comportant cinq idées principales peut ainsi être répartie entre l’entrée, la cuisine, le salon, une chambre et une autre pièce. Chaque emplacement reçoit une représentation suffisamment distinctive pour rappeler l’idée correspondante. Au moment de restituer le contenu, la personne parcourt mentalement le lieu dans le même ordre.

Cette technique n’est toutefois pas adaptée à toutes les connaissances. Elle peut être très pratique pour une succession d’éléments ou un discours structuré, mais elle devient moins naturelle lorsqu’il faut comprendre un raisonnement complexe. Travailler sa mémoire implique aussi de choisir une méthode compatible avec la nature de ce que l’on souhaite retenir.

Créer des associations rend une information plus facile à retrouver

Une information isolée dispose de peu de chemins permettant de la retrouver. Elle devient souvent plus accessible lorsqu’elle est reliée à quelque chose que l’on connaît déjà.

Pour retenir le nom d’une personne, par exemple, il peut être utile de l’associer à un détail réellement observé lors de la rencontre, à une sonorité familière ou à une autre personne portant le même prénom. Pour une notion plus abstraite, reformuler avec ses propres mots oblige à réfléchir à son sens plutôt qu’à mémoriser mécaniquement une phrase.

Les images mentales peuvent également servir d’association, mais elles ne constituent pas une obligation. Une analogie, un exemple personnel ou une relation logique entre plusieurs concepts peut jouer le même rôle. La question utile reste de savoir quelles informations permettront de retrouver celle que l’on cherche plus tard.

Cette façon de travailler évite de réduire la mémorisation à une accumulation de répétitions. Une nouvelle connaissance devient progressivement intégrée à un ensemble déjà organisé. Elle possède davantage de repères et peut être récupérée dans plusieurs contextes.

Cela explique aussi pourquoi apprendre une notion sans l’avoir comprise est souvent fragile. On peut parfois réciter une formulation exacte pendant quelques heures, puis être incapable de l’expliquer autrement. Chercher un exemple, une comparaison ou une conséquence oblige au contraire à manipuler l’information et à lui donner davantage de points d’ancrage.

Travailler sa mémoire ne signifie pas entraîner indistinctement tout son cerveau

Les mots croisés, puzzles, sudokus et applications d’entraînement cognitif peuvent être agréables et solliciter différentes capacités. Ils ne doivent toutefois pas faire oublier une distinction essentielle. Devenir meilleur à une tâche précise ne signifie pas automatiquement que toutes les formes de mémoire vont progresser de la même manière.

Pour retenir davantage de vocabulaire dans une langue étrangère, il est plus logique de travailler la récupération de ce vocabulaire que d’effectuer un exercice sans rapport direct. Pour préparer une présentation, retrouver régulièrement son plan sans support sera généralement plus proche du besoin réel que de réaliser une série de jeux numériques.

Le sommeil, l’activité physique ou l’état psychologique peuvent également influencer le fonctionnement cognitif, mais ils ne constituent pas des techniques de mémorisation en eux-mêmes. Ces dimensions méritent d’être traitées séparément afin de ne pas confondre l’apprentissage d’une information avec l’ensemble des facteurs qui influencent les performances du cerveau.

Une difficulté persistante de mémoire relève encore d’une autre question. Des oublis qui deviennent inhabituels, perturbent la vie quotidienne ou apparaissent brutalement ne doivent pas être considérés comme un simple manque d’entraînement. Dans cette situation, chercher uniquement de meilleurs exercices de mémorisation risque de passer à côté du véritable problème.

Travailler sa mémoire consiste finalement à lui demander de faire ce qu’elle devra accomplir plus tard. Retrouver une information, recommencer après un délai, construire des associations et choisir une stratégie adaptée au contenu sont des méthodes plus précises que la simple volonté de « booster » son cerveau.

L’équipe de rédaction de Mon-Psychotherapeute.Com regroupe des professionnels passionnés et expérimentés dans le domaine de la psychologie, de la psychothérapie et du développement personnel. Nos rédacteurs sont dédiés à fournir des articles informatifs et des ressources précieuses pour vous accompagner dans votre parcours émotionnel et mental.

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