L’hypnose humaniste est parfois présentée comme une manière différente d’utiliser l’hypnose en thérapie. Sa particularité revendiquée tient à la place accordée à la conscience et à la participation active de la personne. Plutôt que de rechercher un état marqué par le lâcher-prise et la suggestion, cette approche propose de rester impliqué dans l’expérience et d’utiliser notamment des représentations mentales, des images et un travail symbolique.
Cette méthode est également proposée à des personnes confrontées à une addiction. Alcool, tabac ou comportements devenus difficiles à contrôler peuvent ainsi conduire certains patients à s’intéresser à l’hypnose humaniste. Une question essentielle demeure toutefois derrière l’attrait de cette approche. Que peut-elle réellement apporter et jusqu’où peut-on parler d’efficacité sans dépasser ce que les données scientifiques permettent d’affirmer ?
Qu’est-ce qui distingue l’hypnose humaniste des autres formes d’hypnose ?
Toutes les pratiques regroupées sous le mot hypnose ne reposent pas exactement sur la même manière de conduire une séance. L’hypnose humaniste se présente comme une approche dans laquelle la personne conserve une implication volontaire importante et participe activement au travail réalisé avec le praticien.
Le vocabulaire utilisé par cette méthode diffère également de celui d’autres traditions hypnotiques. Ses praticiens parlent notamment d’un état de conscience élargi ou augmenté et accordent une place importante au travail symbolique. Une difficulté peut par exemple être représentée mentalement par une image, une forme ou une scène que la personne est ensuite invitée à transformer au cours de la séance.
Cette orientation permet de comprendre pourquoi l’hypnose humaniste ne doit pas être confondue avec l’ensemble de l’hypnothérapie. L’hypnose ericksonienne, les approches plus directives et l’hypnose humaniste peuvent utiliser des techniques et des conceptions différentes, même si elles appartiennent toutes à un univers thérapeutique faisant appel à l’expérience hypnotique.
Cette distinction est importante face aux addictions. Les résultats obtenus avec une forme d’hypnose ne peuvent pas être automatiquement attribués à toutes les autres. Parler de l’efficacité de « l’hypnose » ne permet donc pas, à lui seul, de conclure à l’efficacité spécifique de l’hypnose humaniste.
Perd-on le contrôle pendant une séance d’hypnose humaniste ?
La crainte de ne plus maîtriser ses actes reste l’une des idées les plus persistantes autour de l’hypnose. L’image du sujet endormi ou entièrement soumis aux instructions d’un hypnotiseur vient largement de l’hypnose de spectacle et correspond mal à la réalité d’un accompagnement thérapeutique.
L’hypnose humaniste insiste encore davantage sur cette différence. La personne est invitée à suivre ce qui se déroule, à décrire ses perceptions et à intervenir volontairement dans les exercices proposés. Elle peut parler, réfléchir et signaler ce qu’elle ressent pendant la séance.
Cette participation possède une importance particulière lorsqu’une personne consulte en raison d’une dépendance. L’addiction est déjà associée à l’expérience désagréable de ne plus parvenir à contrôler aussi facilement qu’on le souhaiterait certains comportements. Une méthode présentée comme respectant fortement l’autonomie peut donc sembler rassurante à quelqu’un qui redoute précisément de perdre davantage la maîtrise de la situation.
Cette caractéristique ne signifie cependant pas que la personne contrôle consciemment chaque phénomène psychologique qui apparaît pendant la séance. Elle indique surtout qu’elle ne devient pas passive et qu’elle conserve la possibilité d’interrompre, de commenter ou de refuser une proposition.
Comment l’hypnose humaniste est-elle utilisée face à une addiction ?
Dans ce contexte, le praticien ne cherche pas nécessairement à provoquer une aversion immédiate pour un produit ou à faire disparaître une envie par une simple suggestion. Le travail peut davantage porter sur la manière dont la personne représente intérieurement sa dépendance et sur les situations dans lesquelles elle ressent le comportement comme particulièrement envahissant.
Des images mentales ou des mises en scène symboliques peuvent alors être utilisées. Une envie de consommer peut être représentée d’une certaine manière, tout comme la sensation d’être prisonnier d’une habitude. Le patient est ensuite invité à intervenir sur ces représentations pendant l’expérience hypnotique.
Il faut cependant distinguer cette pratique de son interprétation. Le fait qu’une personne ressente une séance comme intense, apaisante ou éclairante ne démontre pas automatiquement que son addiction sera durablement réduite. Une expérience subjective positive et une efficacité thérapeutique mesurable à long terme répondent à deux questions différentes.
L’hypnose humaniste doit donc être présentée pour ce qu’elle peut être dans ce domaine, une approche complémentaire proposée par certains praticiens. Elle ne constitue pas une méthode dont il serait actuellement possible de garantir qu’elle fera disparaître une dépendance ou empêchera une rechute.
L’hypnose humaniste est-elle réellement efficace contre les addictions ?
C’est sur cette question que la prudence devient indispensable. Les données scientifiques spécifiquement consacrées à l’hypnose humaniste dans le traitement des addictions sont insuffisantes pour établir une efficacité propre à cette méthode. Les travaux disponibles sur l’hypnose concernent principalement l’hypnothérapie au sens large et ne permettent pas d’attribuer leurs résultats à une approche particulière simplement parce qu’elle utilise elle aussi l’hypnose.
Le tabagisme fournit l’un des exemples les mieux documentés. Une revue Cochrane publiée en 2019 a rassemblé 14 études portant au total sur 1 926 participants. Les auteurs n’ont pas trouvé de preuve fiable montrant que l’hypnothérapie permettait davantage d’arrêts durables du tabac que d’autres interventions comportementales comparables. La qualité des données disponibles était jugée faible à très faible.
Cette revue ne signifie pas que personne ne puisse retirer un bénéfice personnel de l’hypnose. Elle montre quelque chose de plus précis. Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que son efficacité contre la dépendance au tabac est supérieure à celle des autres formes de soutien étudiées. La conclusion doit être encore plus prudente pour l’hypnose humaniste, puisque la revue ne l’évalue pas comme méthode distincte.
Présenter l’hypnose humaniste comme une technique scientifiquement démontrée contre les addictions serait donc excessif. À l’inverse, affirmer qu’elle ne peut avoir aucun intérêt individuel dépasserait également les données disponibles. La position la plus rigoureuse consiste à reconnaître l’intérêt que certaines personnes lui trouvent tout en séparant clairement témoignage personnel et efficacité démontrée.
Quelle place l’hypnose humaniste peut-elle avoir dans un parcours de soin des addictions ?
La question devient particulièrement importante pour les dépendances qui nécessitent une prise en charge médicale. Certains sevrages peuvent entraîner des complications physiques et ne doivent pas être entrepris en considérant une séance d’hypnose comme une alternative au suivi nécessaire.
L’hypnose humaniste peut éventuellement trouver une place complémentaire lorsque la personne souhaite explorer cette approche et que celle-ci s’intègre de manière cohérente à son accompagnement. Elle ne remplace cependant ni l’évaluation de la dépendance, ni les traitements dont l’efficacité est établie, ni le suivi médical lorsqu’il est indiqué.
La revue Cochrane sur le tabagisme illustre bien cette nécessité de ne pas opposer artificiellement les méthodes. Les résultats disponibles ne permettent pas de présenter l’hypnose comme supérieure aux interventions comportementales évaluées. Le choix d’y recourir devrait donc reposer sur des attentes réalistes plutôt que sur la promesse d’une méthode plus rapide ou plus puissante.
L’intérêt de cette approche se situe finalement moins dans une promesse de « supprimer » une addiction que dans l’expérience thérapeutique particulière qu’elle propose. Une personne peut apprécier sa participation active, son utilisation de l’imaginaire ou sa manière spécifique d’aborder certaines représentations. Ces caractéristiques peuvent justifier son intérêt pour la méthode sans qu’il soit nécessaire de lui attribuer une efficacité qui n’est pas encore démontrée.
