Aimer les animaux tout en souffrant d’une phobie animale, une contradiction seulement en apparence

Aimer les animaux tout en souffrant d’une phobie animale, une contradiction seulement en apparence

Adorer son chien et paniquer devant une araignée. Défendre la protection des serpents tout en étant incapable d’en regarder un de près. S’émerveiller devant la faune sauvage et changer pourtant de trottoir dès qu’un chien inconnu approche.

Ces situations peuvent sembler incohérentes. Elles ne le sont pas forcément. Une phobie animale ne constitue pas un jugement global porté sur les animaux. Elle correspond à une réaction de peur intense associée à un stimulus précis. Une personne peut donc avoir des valeurs très favorables au monde animal, éprouver de l’affection pour plusieurs espèces et voir son corps réagir de façon incontrôlable devant une seule d’entre elles.

C’est justement ce décalage entre ce que l’on pense et ce que l’on ressent qui rend parfois la phobie si déroutante.

Une phobie animale ne dit pas si l’on aime ou non les animaux

Aimer les animaux relève d’une attitude générale. La phobie fonctionne à un autre niveau. Une personne peut se sentir profondément attachée à son chat, apprécier les promenades en forêt et soutenir des associations de protection animale tout en ressentant une peur très forte des serpents. Ces différentes réactions ne concernent ni les mêmes espèces ni les mêmes situations.

Le National Institute of Mental Health classe d’ailleurs la peur de certains animaux parmi les phobies spécifiques. Le terme est important puisque la peur vise un objet ou une situation déterminée plutôt qu’une catégorie entière de la vie quotidienne.

La personne n’a donc pas nécessairement peur de « l’animal » en général. Elle peut tolérer un chien derrière une clôture mais pas lorsqu’il s’approche. Elle peut aimer observer les oiseaux tout en paniquant si un pigeon s’envole brusquement à proximité de son visage. Elle peut trouver les serpents fascinants dans un documentaire et être incapable d’en approcher un vivant. L’affection et la peur ne se situent alors tout simplement pas au même endroit.

Savoir qu’un animal mérite d’être protégé n’empêche pas le corps de déclencher l’alarme

La contradiction devient particulièrement visible lorsque les convictions de la personne restent positives. Elle sait qu’une araignée joue un rôle dans l’écosystème. Elle ne souhaite pas qu’un serpent soit tué. Elle comprend qu’un chien rencontré dans un parc n’a probablement aucune intention agressive.

Pourtant, cette connaissance n’arrête pas forcément la réaction physique. Le rythme cardiaque peut accélérer. La distance paraît soudain insuffisante. L’attention se fixe sur l’animal et l’envie de s’éloigner s’impose avant qu’un raisonnement plus posé ait réellement eu le temps de prendre le dessus.

Une recherche menée par Vasilios Liordos et ses collègues offre une illustration intéressante de cette coexistence entre peur et attitude favorable, même si elle ne portait pas sur des personnes diagnostiquées avec une phobie.

Les chercheurs ont demandé à 1 080 adultes en Grèce d’évaluer différentes espèces menacées selon plusieurs dimensions, notamment la peur ressentie et leur volonté de soutenir leur conservation. Certaines personnes pouvaient considérer des espèces comme effrayantes tout en restant favorables à leur protection. Les auteurs relevaient notamment que certaines femmes très diplômées jugeaient plusieurs espèces du groupe le moins apprécié comme effrayantes tout en soutenant malgré tout leur conservation.

L’étude ne démontre donc pas qu’une personne peut être cliniquement phobique et aimer l’animal qu’elle redoute. Elle montre néanmoins quelque chose de plus général et très utile ici. Une émotion de peur et une attitude favorable envers une espèce peuvent coexister chez la même personne.

On peut aimer une espèce et avoir peur d’un individu dans certaines situations

La frontière devient encore plus subtile avec les animaux familiers. Une personne peut aimer les chiens et vivre depuis des années avec l’un d’eux, tout en étant extrêmement anxieuse face aux chiens inconnus qui courent sans laisse. Elle ne rejette ni l’espèce ni la relation humain-animal. Elle redoute surtout une situation dans laquelle elle ne peut pas anticiper le comportement de l’animal.

La familiarité change beaucoup de choses. Son propre chien possède des habitudes connues. Sa manière de jouer, d’aboyer ou de s’approcher est devenue lisible. Un animal inconnu ne bénéficie pas de cette histoire commune.

La peur peut donc s’attacher moins au chien en tant qu’espèce qu’à l’incertitude créée par un chien que la personne ne connaît pas.

Le même phénomène peut apparaître avec les chats ou les chevaux. Une personne se sent parfaitement en sécurité avec un animal particulier mais perd ses repères dès qu’elle en rencontre un autre.

Cette distinction permet d’éviter un raisonnement trop simple. Être capable d’aimer un animal ne prouve pas que la peur est inexistante. Avoir peur dans certaines circonstances ne prouve pas non plus que l’affection était superficielle.

La culpabilité peut rendre la phobie animale encore plus difficile à vivre

Le paradoxe n’est pas toujours vécu avec légèreté. Une personne très attachée à la cause animale peut se sentir honteuse de sa propre réaction. Elle souhaiterait rester calme devant une araignée mais demande malgré elle à quelqu’un de la retirer. Elle défend les serpents lorsqu’ils sont inutilement tués et ressent pourtant un mouvement de panique devant une photographie prise de près.

Cette incohérence apparente peut produire une forme de culpabilité. La personne se demande comment elle peut prétendre aimer les animaux tout en éprouvant une envie aussi forte de fuir l’un d’entre eux.

Elle peut également se juger durement parce qu’elle connaît le risque réel. Le raisonnement devient alors particulièrement frustrant. « Je sais qu’il ne va rien me faire » se transforme presque en reproche adressé à soi-même.

Or, reconnaître qu’une réaction phobique n’est pas une déclaration morale sur l’animal permet déjà de séparer deux problèmes.

La peur concerne ce qui se produit chez la personne. La valeur de l’animal, son utilité ou le respect qu’elle lui porte constituent une autre question.

Cette séparation est également importante dans la manière de réagir. La peur n’oblige pas à écraser l’araignée, à chasser brutalement le chat ou à souhaiter la disparition de l’espèce. Une personne peut chercher à mettre de la distance tout en souhaitant que l’animal soit traité sans violence.

Dépasser une phobie ne signifie pas devoir apprendre à aimer davantage l’animal

La confusion entre peur et affection crée parfois un objectif thérapeutique inutilement exigeant. Une personne qui travaille sur sa phobie des serpents n’a pas besoin de finir par les trouver beaux. Quelqu’un qui redoute les chiens n’est pas obligé d’avoir envie de les caresser. Une personne arachnophobe peut progresser considérablement tout en continuant à préférer ne pas avoir d’araignées dans sa chambre.

L’enjeu se situe ailleurs. Il concerne surtout la capacité à ne plus laisser la peur imposer systématiquement une fuite, une panique ou une restriction importante de la vie quotidienne. Le NIMH souligne justement que les phobies peuvent entraîner une forte anxiété et des démarches actives pour éviter le stimulus redouté.

Le changement peut donc être très concret. Pouvoir rester dans une pièce le temps qu’une araignée soit retirée calmement. Continuer une promenade malgré la présence d’un chien tenu en laisse. Observer un serpent derrière une vitre sans devoir quitter immédiatement le lieu.

Aucune de ces situations n’oblige à transformer la peur en amour. Pour certaines personnes, l’affection pour les animaux était même déjà là depuis longtemps. Ce n’est pas elle qui devait changer. C’était la place excessive prise par une réaction de peur très précise.

Voilà pourquoi aimer les animaux et souffrir d’une phobie animale ne constitue pas une contradiction psychologique. Nous ne ressentons pas une émotion unique envers tout le vivant. Nous pouvons protéger, admirer ou aimer une espèce et conserver face à elle, ou face à certaines situations, une alarme que notre raisonnement ne parvient pas toujours à faire taire.

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