Un enfant qui redoute les chiens semble plus détendu avec celui de ses grands-parents. Une personne très méfiante envers les animaux finit par accepter la présence du chat de son conjoint. De telles situations peuvent donner l’impression qu’un animal domestique possède, à lui seul, une sorte de pouvoir thérapeutique.
La réalité mérite davantage de prudence. La présence régulière d’un animal calme peut effectivement modifier la manière dont certaines personnes perçoivent une espèce. Elle offre des expériences ordinaires qui ne se terminent ni par une attaque ni par la catastrophe anticipée. Pourtant, vivre avec un animal n’équivaut pas à traiter une phobie. Tout dépend de l’animal redouté, de l’intensité de la peur et surtout des conditions dans lesquelles les rencontres se produisent.
Vivre avec un animal familier ne constitue pas en soi un traitement de la phobie
Un chien de famille peut devenir extrêmement prévisible pour les personnes qui vivent avec lui. Elles connaissent ses habitudes, savent à quel moment il cherche à jouer et reconnaissent progressivement certains de ses comportements.
Cette familiarité peut diminuer une part de l’incertitude. Une personne qui redoute surtout les mouvements imprévisibles des chiens peut ainsi se sentir progressivement moins tendue devant un animal dont elle connaît les réactions. Il en va parfois de même avec un chat que l’on croise quotidiennement dans un environnement rassurant.
Ce phénomène ne permet cependant pas de conclure que l’animal « soigne » la phobie. Une personne peut devenir parfaitement à l’aise avec un chien particulier et continuer à traverser la rue dès qu’elle rencontre un chien inconnu. Elle peut accepter le chat familial tout en restant incapable d’entrer dans une maison où vit un autre chat.
La sécurité ressentie peut donc s’attacher à l’individu connu plutôt qu’à toute l’espèce. Cette différence est essentielle. Réussir à côtoyer un animal familier représente parfois une évolution importante, mais une phobie se caractérise aussi par la manière dont la peur se manifeste dans d’autres situations. La progression mérite donc d’être observée au-delà du salon familial.
La familiarité avec un chien peut modifier la manière dont une rencontre est vécue
L’idée qu’un contact ordinaire avec un animal puisse compter n’est pas totalement spéculative. Sharon Doogan et Glyn Thomas ont étudié en 1992 la peur des chiens auprès de 100 adultes et 30 enfants. Parmi leurs observations, les adultes craintifs rapportaient plus souvent avoir eu peu de contacts avec des chiens avant l’apparition de leur peur que les adultes non craintifs.
Les auteurs ont avancé l’hypothèse que des expériences précoces et sans incident avec des chiens pourraient avoir un effet protecteur face à certains apprentissages ultérieurs de la peur. Leur étude ne montrait cependant pas qu’acquérir un chien permettait de traiter une cynophobie déjà installée.
La nuance change tout. La familiarité peut apporter des informations que la peur laisse habituellement peu de place à observer. La personne découvre qu’un chien peut dormir plusieurs heures, ignorer quelqu’un qui entre dans la pièce ou s’éloigner lorsqu’il n’a pas envie d’interagir.
L’animal cesse progressivement d’être uniquement représenté par les moments qui inquiètent. Cette expérience répétée peut contribuer à rendre son comportement plus lisible. Elle ne garantit cependant pas que cette nouvelle perception se transférera à un berger allemand croisé dans un parc, à un chien qui aboie derrière un portail ou à un animal courant sans laisse.
Être rassuré par son propre animal ne signifie pas ne plus avoir peur des autres
La phobie possède parfois une remarquable capacité à créer des exceptions. « Celui-là, je le connais » devient une règle de sécurité. Le chien du foyer n’est plus considéré comme appartenant exactement à la même catégorie que les chiens inconnus. Le chat d’un proche est toléré parce que la personne connaît ses habitudes, tandis qu’un chat rencontré dans une location de vacances déclenche de nouveau l’inquiétude.
La progression est réelle, mais elle reste très spécifique. Cette situation permet de comprendre pourquoi adopter un animal dans l’espoir de supprimer une peur serait une stratégie particulièrement incertaine. La personne peut apprendre à vivre avec cet individu sans modifier suffisamment ce qu’elle anticipe face aux autres animaux.
La nature de la phobie compte également. Quelqu’un qui a peur des chiens ne bénéficiera pas automatiquement de la présence rassurante d’un chat. Apprendre qu’un chat peut être calme ne remet pas nécessairement en question les scénarios associés aux chiens. De la même manière, aimer profondément son chien n’empêche évidemment pas une personne d’être arachnophobe. Parler d’une peur générale « des animaux » peut donc masquer des réactions très ciblées.
Adopter l’animal que l’on redoute pour se forcer peut créer une situation impossible
L’idée paraît parfois séduisante. Puisque la peur se maintient en partie par l’évitement, pourquoi ne pas adopter directement un chien ou un chat afin de ne plus pouvoir l’éviter ?
Cette logique comporte plusieurs problèmes. Un animal domestique n’est pas un outil thérapeutique que l’on peut mettre de côté si l’expérience devient trop difficile. Il possède ses propres besoins, demande des soins et s’engage dans une relation durable avec le foyer.
Si la peur reste trop intense, le quotidien peut rapidement devenir pénible pour tout le monde. La personne évite certaines pièces, refuse de rester seule avec l’animal ou demande constamment à un proche de le contrôler. L’animal peut lui-même être confronté à des réactions brusques ou à une relation extrêmement distante qu’il ne comprend pas.
La rencontre ne se déroule surtout plus dans un cadre choisi étape par étape. Une approche thérapeutique permet normalement d’adapter la difficulté à ce que la personne est capable de tolérer. Adopter un animal supprime une grande partie de cette maîtrise puisque sa présence se poursuit le matin, le soir et dans les moments où la personne n’a aucune envie de travailler sur sa peur.
L’étude de Doogan et Thomas ne justifie d’ailleurs nullement une telle démarche. Elle suggère un rôle possible de la familiarité antérieure avec les chiens dans l’histoire de la peur. Elle ne transforme pas la possession d’un animal en traitement.
Un animal familier peut devenir un repère sans remplacer un accompagnement adapté
La présence d’un animal peut néanmoins avoir une valeur intéressante dans certaines situations. Un chien calme appartenant à un proche peut offrir des rencontres répétées dans lesquelles la personne connaît l’environnement et peut garder une distance confortable. Elle peut observer son comportement sans que chaque contact prenne la forme d’une épreuve.
La différence réside dans l’objectif. Il ne s’agit pas d’attendre que l’animal guérisse la peur. Sa présence devient plutôt une occasion de constater que toutes les interactions ne correspondent pas au scénario redouté.
Certaines personnes commencent ainsi par supporter la présence du chien à distance. Plus tard, elles restent dans la même pièce sans surveiller constamment ses mouvements. Ce changement peut être significatif même si elles ne souhaitent jamais le toucher.
Face à une phobie réellement invalidante, un accompagnement psychologique reste néanmoins plus cohérent qu’une adoption décidée dans un but thérapeutique. Il permet de travailler précisément sur les situations évitées et de vérifier si les progrès dépassent la relation avec un seul animal connu.
Un animal domestique peut donc participer à une nouvelle expérience de l’espèce. Il peut devenir familier, prévisible et moins menaçant. Il ne possède cependant aucun statut de remède automatique.
La différence entre les deux idées est importante. L’animal peut parfois accompagner le changement. Il ne doit pas porter sur lui la responsabilité de le produire.
