Pourquoi l’ennui peut-il mener à des comportements addictifs ?

Pourquoi l’ennui peut-il mener à des comportements addictifs ?

Une heure peut sembler passer en quelques minutes lorsque l’attention est absorbée par une activité, puis paraître interminable lorsque rien ne réussit réellement à la retenir. L’ennui modifie ainsi notre expérience du temps. Il ne correspond pas seulement au fait de ne rien avoir à faire, mais à une situation dans laquelle ce qui est disponible ne procure pas suffisamment d’intérêt ou de stimulation.

Cette expérience peut être passagère et parfaitement ordinaire. Elle devient plus intéressante dans la compréhension des comportements addictifs lorsqu’elle se répète et que certaines conduites permettent presque systématiquement de faire disparaître la monotonie. Une consommation, un jeu ou une activité très stimulante peuvent alors créer immédiatement une variation là où les minutes semblaient jusque-là toutes semblables.

L’ennui ne provoque pas automatiquement une addiction. Il peut toutefois constituer une vulnérabilité particulière lorsque le besoin de retrouver rapidement de l’intensité rend certaines expériences très attractives et qu’elles deviennent, avec le temps, une réponse fréquemment utilisée pour rompre les périodes de sous-stimulation.

Pourquoi l’ennui augmente-t-il le besoin de stimulation ?

L’ennui apparaît souvent lorsque l’attention ne parvient pas à s’engager durablement dans ce qui est en train de se passer. L’activité paraît trop répétitive, trop prévisible ou insuffisamment stimulante. Le temps semble alors ralentir parce que peu d’événements viennent lui donner du relief.

Cette situation n’est pas nécessairement douloureuse au sens habituel. Elle peut plutôt produire une forme d’impatience diffuse. La personne cherche quelque chose qui réveille son attention, crée une surprise ou modifie suffisamment l’expérience présente pour que la monotonie cesse d’occuper toute la place.

Certaines conduites répondent particulièrement bien à cette attente parce qu’elles provoquent un changement perceptible très rapidement. L’intérêt peut venir de l’excitation, de la nouveauté, de l’incertitude ou simplement du contraste avec les minutes précédentes. Le comportement devient alors attirant moins parce qu’il promet un bonheur durable que parce qu’il garantit qu’il va enfin se passer quelque chose.

Le suivi longitudinal publié en 2015 par Elizabeth Weybright et ses collègues apporte un éclairage intéressant sur cette relation. Les chercheurs ont suivi 2 580 adolescents sud-africains entre la huitième et la onzième année de scolarité. Les adolescents généralement plus sujets à l’ennui consommaient davantage de substances et, au sein d’une même personne, les périodes où l’ennui était plus élevé étaient également associées à davantage de consommation.

Ennui et vide intérieur désignent-ils la même expérience ?

Les deux sensations peuvent se ressembler dans le langage courant, mais elles ne désignent pas nécessairement la même expérience psychologique. Le vide intérieur concerne davantage une impression de manque interne, de difficulté à ressentir une consistance émotionnelle ou personnelle. L’ennui concerne ici surtout l’impossibilité de trouver suffisamment d’engagement ou de stimulation dans la situation présente.

Une personne peut donc avoir des projets, des relations satisfaisantes et une idée assez claire de ce qu’elle souhaite dans sa vie tout en étant très sensible aux situations monotones. Elle n’essaie pas nécessairement de combler un manque identitaire. Elle cherche plutôt à échapper à une expérience qu’elle juge trop pauvre en événements ou en variations.

Cette distinction permet de mieux comprendre certaines conduites. Une activité très stimulante peut devenir attirante parce qu’elle introduit immédiatement du mouvement dans un moment qui semblait figé. Le mécanisme n’est pas forcément une tentative de remplir quelque chose à l’intérieur de soi. Il peut simplement correspondre à une recherche de stimulation suffisamment forte pour mobiliser de nouveau l’attention.

Les résultats de Weybright et de ses collègues vont dans le sens de cette prudence. Leur étude distingue notamment une tendance générale à s’ennuyer et l’ennui réellement éprouvé à certains moments. Ces deux dimensions étaient liées à la consommation, ce qui suggère que le contexte immédiat compte autant que la simple idée d’une personnalité qui serait naturellement incapable de supporter l’ennui.

Comment un comportement addictif peut-il créer une rupture avec la monotonie ?

Une conduite capable de transformer rapidement l’expérience d’un moment possède un avantage évident face à l’ennui. Elle introduit un événement. Une partie commence, une consommation modifie les sensations, une activité devient suffisamment absorbante pour faire oublier le temps ou une expérience plus intense remplace temporairement la monotonie.

La répétition ne dépend donc pas toujours d’un plaisir exceptionnel. Une activité peut conserver son attrait parce qu’elle fonctionne de manière fiable comme interrupteur de l’ennui. La personne sait qu’elle peut produire rapidement un contraste avec l’état précédent, même si la satisfaction obtenue devient moins importante qu’au début.

Cette fonction particulière permet de distinguer l’ennui de la recherche de plaisir immédiat. Dans la préférence pour une gratification rapide, la question porte surtout sur la valeur accordée à une récompense disponible maintenant par rapport à un bénéfice futur. Face à l’ennui, le problème se situe davantage dans le niveau de stimulation du moment présent. L’objectif principal peut être de créer une variation plutôt que d’obtenir la récompense la plus proche.

L’étude menée auprès des 2 580 adolescents ne permet pas de décrire exactement ce mécanisme pour chaque participant. Elle montre néanmoins que l’ennui n’était pas seulement associé à des différences entre individus. Les variations d’ennui au cours du temps étaient elles aussi liées à des variations de consommation, ce qui renforce l’intérêt d’examiner les situations concrètes dans lesquelles l’envie de stimulation apparaît.

L’ennui suffit-il à provoquer une addiction ?

Non. Tout le monde s’ennuie et la grande majorité des épisodes d’ennui ne débouchent évidemment pas sur une conduite addictive. Même une personne qui supporte difficilement la monotonie ne développera pas nécessairement de dépendance.

L’ennui doit plutôt être considéré comme une situation susceptible de modifier momentanément l’attractivité de certaines conduites. Une expérience capable de produire beaucoup de stimulation peut sembler particulièrement intéressante à un moment où l’environnement en fournit très peu. Cela ne dit encore rien de la place qu’elle prendra ensuite dans la vie de la personne.

Les données de Weybright et de ses collègues doivent elles aussi être interprétées dans ces limites. Leur étude porte sur des adolescents et mesure la consommation de substances. Elle ne démontre pas que l’ennui provoque une dépendance et ne permet pas de transposer automatiquement ses résultats au jeu, aux écrans ou à toutes les autres conduites répétitives.

L’intérêt de l’ennui réside finalement dans la fonction très particulière qu’il peut donner à un comportement. Certaines conduites apaisent une surcharge, d’autres réduisent un malaise, tandis que celles recherchées face à la monotonie peuvent surtout remettre de l’intensité là où l’expérience semblait trop pauvre. Cette différence aide à comprendre pourquoi une même conduite ne remplit pas nécessairement la même fonction chez toutes les personnes.

Besoin d’aide ?

Trouvez un psy près de chez vous

L’équipe de rédaction de Mon-Psychotherapeute.Com regroupe des professionnels passionnés et expérimentés dans le domaine de la psychologie, de la psychothérapie et du développement personnel. Nos rédacteurs sont dédiés à fournir des articles informatifs et des ressources précieuses pour vous accompagner dans votre parcours émotionnel et mental.

Inscription newsletter

Vous avez aimé cet article ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Êtes-vous humain ? Veuillez résoudre ce problème :Captcha