Trouble panique et cerveau, une voie cérébrale précise identifiée chez la souris

Trouble panique et cerveau, une voie cérébrale précise identifiée chez la souris

Une attaque de panique donne souvent l’impression que tout le système d’alarme de l’organisme s’est déclenché sans prévenir. Le cœur accélère, la respiration change et une peur extrêmement intense peut surgir alors qu’aucune menace immédiate n’est visible. Depuis longtemps, les chercheurs tentent de déterminer quels circuits cérébraux peuvent participer à cet emballement si particulier.

Une équipe du Salk Institute a apporté en 2024 une pièce nouvelle à ce puzzle. En travaillant sur des souris, les scientifiques ont identifié une voie reliant deux régions du cerveau et utilisant un messager appelé PACAP. Cette découverte ne fournit pas une explication définitive du trouble panique humain. Elle permet néanmoins d’observer avec une précision inhabituelle un circuit capable de provoquer des réactions comportementales et physiques proches de celles associées à la panique.

Une voie cérébrale différente des circuits classiques de la peur

La panique est souvent rapprochée de la peur, mais les deux phénomènes ne semblent pas pouvoir être réduits exactement aux mêmes mécanismes cérébraux. Cette distinction intéresse particulièrement les neuroscientifiques, car le trouble panique peut être marqué par des attaques soudaines dont le déclencheur n’est pas toujours identifiable.

L’équipe dirigée par le neuroscientifique Sung Han s’est intéressée à une région située dans le tronc cérébral appelée noyau parabrachial latéral. Cette zone participe notamment à la transmission d’informations provenant du corps et intervient dans plusieurs fonctions physiologiques. Les chercheurs ont observé plus précisément des neurones qui produisent le PACAP, un neuropeptide impliqué dans différentes réponses au stress.

L’étude publiée dans Nature Neuroscience le 4 janvier 2024 montre que l’activité de certains de ces neurones augmentait chez les souris placées dans des conditions destinées à provoquer des réactions de type panique. Leur activité diminuait au contraire pendant des situations d’anxiété ou lors du rappel d’une peur conditionnée. Cette opposition constitue l’un des résultats les plus intéressants du travail, car elle suggère que la panique expérimentale ne mobilise pas simplement une version plus intense d’un circuit classique de peur.

L’enjeu scientifique change alors de perspective. Il ne s’agit plus seulement de rechercher un hypothétique centre unique de la panique, mais de cartographier les voies capables de relier une alerte cérébrale aux manifestations corporelles qui l’accompagnent.

Le circuit PACAP relie le noyau parabrachial au raphé dorsal

Les neurones étudiés ne fonctionnent pas isolément. Les chercheurs ont identifié une projection allant du noyau parabrachial latéral vers une autre région appelée raphé dorsal. Les neurones du premier groupe libèrent le PACAP, tandis que certaines cellules situées dans le raphé dorsal possèdent un récepteur sensible à ce messager nommé PAC1R.

Le schéma mis en évidence peut donc être résumé comme une chaîne de communication. Des neurones produisant le PACAP dans le noyau parabrachial transmettent un signal au raphé dorsal. Celui-ci contient des neurones portant les récepteurs capables de recevoir ce message. C’est l’activité de cet ensemble, davantage que celle d’une seule structure cérébrale, qui a retenu l’attention des scientifiques.

La distinction avec le fonctionnement général du système nerveux pendant une crise de panique est importante. L’étude ne cherche pas à réexpliquer toute la réaction d’alarme de l’organisme. Elle isole un circuit neuronal particulier susceptible de participer au passage entre un signal cérébral et plusieurs manifestations de type panique.

Le Salk Institute souligne également que cette voie se situe en dehors de l’amygdale, région souvent associée à la peur. Les chercheurs rappellent que des personnes présentant certaines lésions de l’amygdale peuvent malgré tout connaître des attaques de panique. Cette observation avait déjà conduit les neuroscientifiques à rechercher d’autres circuits capables de participer à ce phénomène.

L’activation du circuit provoque des réactions de type panique chez la souris

L’intérêt de l’expérience ne repose pas uniquement sur l’observation de neurones actifs. Les scientifiques ont aussi cherché à déterminer ce qui se produisait lorsqu’ils intervenaient directement sur cette voie.

L’activation expérimentale des neurones PACAP reliant le noyau parabrachial au raphé dorsal entraînait chez les souris des comportements défensifs marqués ainsi qu’une augmentation rapide de l’activité cardiorespiratoire. Fait notable, cette activation ne semblait pas créer la mémoire aversive attendue dans un modèle classique de peur conditionnée. Cette différence renforce l’hypothèse d’un mécanisme particulier pour les réactions de type panique.

Le mouvement inverse a également été testé. L’inhibition des neurones concernés atténuait les manifestations observées. Les chercheurs ont ensuite agi plus loin dans le circuit en bloquant les neurones du raphé dorsal exprimant le récepteur PAC1R. Là encore, les réactions de type panique diminuaient. L’étude a donc exploré plusieurs maillons de la même voie plutôt que de se limiter à une simple corrélation entre une région cérébrale et un comportement.

Ces résultats offrent un niveau de précision intéressant pour la recherche sur les mécanismes biologiques de la panique. Ils ne signifient toutefois pas que chaque attaque chez l’être humain serait provoquée par l’activation d’un seul circuit. Les raisons expliquant pourquoi des crises de panique peuvent apparaître restent multiples et peuvent faire intervenir des dimensions biologiques, psychologiques et environnementales.

Une découverte prometteuse qui doit encore être confirmée chez l’être humain

Le mot essentiel reste ici celui de modèle expérimental. Les chercheurs ont travaillé sur des souris et ont provoqué des manifestations qualifiées de « panic-like », c’est-à-dire ressemblant à certains comportements et changements physiologiques associés à la panique. Ils n’ont pas observé directement cette voie cérébrale pendant une attaque de panique chez des patients.

Cette limite évite de transformer une découverte importante en certitude prématurée. Un modèle animal permet de manipuler des circuits neuronaux avec une précision impossible à reproduire de la même manière chez l’être humain. Il constitue un outil puissant pour formuler des hypothèses, mais le passage d’un mécanisme observé chez la souris à une application clinique demande d’autres travaux.

Le PACAP et son récepteur PAC1R attirent néanmoins l’attention parce que l’équipe est parvenue à réduire les manifestations expérimentales en interrompant cette communication. Cette piste pourrait aider à rechercher, à plus long terme, des traitements spécifiquement dirigés vers certains mécanismes de la panique. Elle ne constitue pas aujourd’hui un nouveau traitement disponible et ne remplace pas les solutions utilisées pour traiter le trouble panique.

La portée de cette découverte réside donc autant dans les réponses qu’elle apporte que dans les nouvelles questions qu’elle ouvre. Identifier une voie cérébrale ne revient pas à découvrir une cause unique du trouble panique. Cela permet plutôt d’affiner progressivement la carte biologique d’un phénomène dont les manifestations corporelles et psychiques restent particulièrement complexes.

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